Les aides d'atelier

Parce qu’il fut formé en Languedoc et à Lyon, ou qu’il y reçut des appuis précieux pour son installation à Paris, Rigaud favorisa en premier lieu les artistes issus de ces régions : Charles Viennot (1674-1706), notamment, fils d’Hubert, ancien ami lyonnais, fut un temps hébergé dans l’atelier de Rigaud, en 1705[1]. C’est là, le 24 Juin, qu’il dicte son testament, déclarant demeurer « dans la maison du sieur Rigaud, à l’entrée de la rue Neuve des petits Champs, paroisse Saint Eustache, trouvé au lit malade de corps en une chambre au quatrieme estage ayant vue sur la rue des petits Champs, dépendante de ladite maison où il demeure […] »

 

Signature de Charles Viennot au bas de son testament de 1705. Paris, archives nationales © photo Stéphan Perreau

 

Si Viennot ne nous a pas laissé de nombreux témoignages de son œuvre personnelle Louis-René Vialy (1680-1770) et Joseph-André Cellony (1696-1746) furent plus prolifiques. Natifs d’Aix-en-Provence, où le Catalan avait des clients réguliers, ils se spécialisèrent pour le premier dans le pastel et, pour le second, dans des toiles toutes empruntes de l’esprit de son professeur qu’il fit perdurer dans la capitale aixoise.

Le père de Joseph-André, Joseph Cellony (1662-1731), était déjà connu comme « le peintre en portrait le plus distingué qu’il y eut dans cette ville. La ressemblance qu’il saisissait au point qu’on ne pouvait s’y méprendre, la correction de son dessin et la touche hardie de son pinceau dans le genre de Fauchier, lui donnèrent de la célébrité ». Ses portraits de Pierre de Coriolis de Villeneuve, marquis d’Espinouse, de Philippe Mayronnet ou de Léon Alphonse de Valbelle, respectivement gravés par Coelemans pour les deux premiers et par Cundier pour le troisième, montrent déjà une certaine dette envers Hyacinthe Rigaud.

Il est donc tout naturel que le Catalan ait fait appel au fils pour transcrire à Paris, sur papier, le portrait du marquis de Gueidan avant que de l’envoyer au modèle qui piaffait d’impatience à Aix [PC.1271-1]. Cellony « le jeune » sembla ainsi surpasser son père. On jugeait d’ailleurs que sa touche était plus douce que celle de son père et que les étoffes qu’il peignait imitaient mieux la nature, surtout celles de soie, par le transparent et le glacis qu’il y employait. Nul doute que ce portrait de jeune femme (ci-dessous  à gauche), au port de tête fièrement campé et directement inspiré de l’effigie de Madame Le Gendre par Rigaud [PC.709], confirme à lui seul ces appréciations[2]. C'est aussi le cas de cet autre ovale (ci-dessous à droite), à la construction simple mais tout aussi efficace[3].

 

 

Joseph André Cellony : portraits de femmes. Coll. priv. © photo service de presse

 

Malheureusement, le style pourtant bien tranché selon nous de Joseph Cellony, passe encore inaperçu dans les ventes. Pour preuve cette belle paire de portraits, malheureusement en assez mauvais état de surface, proposés à Avignon le 21 décembre 2014 comme écoles françaises du XVIIIe siècle mais qui doivent sans conteste être redonnés à Cellony fils.

 

Joseph André Cellony : portraits d'un couple, v. 1705. Coll. priv. © service de Presse

 

Fils de Jacques Vialy, peintre sicilien né à Trapani et établi en Provence, Louis-René Vialy débute sa carrière comme décorateur de chaises à porteur ainsi que l’atteste Mariette : « c’étoit un goût très répandu en Province d’avoir des chaises ornées »[4].  Son père avait été naturalisé français par des lettres enregistrées à la cour des comptes d’Aix-en-Provence en 1720[5] et mourut à Aix le 25 décembre 1745, à l'âge de 95 ans. Il fut enseveli le lendemain dans l'ancienne église paroissiale de La Madeleine, auprès de Jean-Baptiste van Loo qui était mort le 29 septembre de la même année.

Louis-René fut tout d’abord élève de son père et fréquenta très tôt les Vernet dont Antoine, peintre décorateur, était un familier de Jacques de Vialy. On prête généralement à Louis-René l’honneur d’avoir formé le jeune peintre de marines Claude Joseph Vernet[6] mais c’est à Jacques que revient en réalité cette formation[7]. Louis-René peindra en 1752 le portrait au pastel de Vernet (Paris, musée de la Marine) et possèdera quelques toiles du paysagiste[8]. Mariette lui attribue également l’orientation professionnelle du graveur Jean-Joseph Balechou. Vialy semble s’être installé à Paris dans les années 1750, rue d’Argenteuil, derrière l’Église Saint-Roch. On trouve sa trace comme peintre de portraits aux salons de l’Académie Royale de Saint-Luc où il expose en 1752, 1753 et 1756 sous le titre de « peintre du Roi » et de membre de l’Académie de Saint-Luc.

Mais auparavant, il avait activement travaillé sous Rigaud dans l’atelier duquel on le retrouve dès 1712 puis en 1714 sous le nom de « Vial ». Il a alors tout juste 32 ans. Ce passage ne nous semble aujourd’hui pas anecdotique car on connaît les relations qu’a eu le peintre catalan avec la famille des Van Loo, lors de son passage lyonnais puis à Paris[9]. À son décès, Louis-René Vialy demeurait rue des Aveugles, sur la paroisse Saint Sulpice à Paris, au-dessus de la boutique d’un perruquier.

 

 

Louis-René Vialy : à gauche portrait d'un homme au manteau rouge prisant du tabac, v. 1730. Coll. priv. ; à droite, portrait de femme en Hébé, v. 1720, coll. priv. © d.r.

 

Il semble que Vialy ait surtout utilisé la technique du pastel, même si l’on connaît aujourd’hui quelques œuvres à l’huile. Dans son Dictionnaire des Pastellistes, Neil Jeffarès décrit les visages de l’artiste comme « facilement reconnaissables : peu expressifs comme ceux de Pierre Allais, ils se distinguent par une certaine douceur. […] Les yeux sont liquides avec la lumière de l’œil en point blanc assez haut à gauche. Il a un traitement caractéristique des tissus avec des plis serrés et des reflets ». La technique au pastel de Vialy correspond au goût de son siècle, héritant ses attitudes en buste de celles de ses contemporains et de Louis Vigée. Par contre, ses toiles adoptent des postures dont la dette est avouée à Rigaud, tel le portrait de femme en Hébé passé en vente en 2007, celui d’un homme en buste au manteau rouge[10] ou à d’autres artistes dont il singe les œuvres[11].

Récemment, deux pastels vendus à Châtellerault le 5 décembre 2010, sont venus témoigner plus encore de la dette avouée par Vialy à Rigaud[12]. L’un d’eux, le portrait masculin, s’avère une réduction en buste du portrait du maréchal de Belle-Isle, peint par le Catalan.

Enfin, et pour terminer ce tour d'horizon, on mentionnera les liens étroits qui unissaient le Catalan au graveur lyonnais Pierre Drevet (1664-1738), à son fils Pierre-Imbert (1697-1739) et à son neveu Claude (1697-1781). Selon d’Argenville, Rigaud « avoit un art particulier à faire valoir la gravure, en retouchant les épreuves avec une patience & une intelligence surprenantes ; on peut même dire qu’il a formé les graveurs de son tems ». La dédicace apposée par Drevet au bas de son estampe d’après l’autoportrait de Rigaud au turban [P.594-6-a] évoque clairement avec éloquence les liens qui existaient entre les deux hommes : « Pierre Drevet de Lyon, graveur du roi, a gravé dans le cuivre ce portrait de Rigaud d’après lui-même ; souvenir durable d’un cœur reconnaissant, en échange de l’aide que celui-ci lui apporta dans l’apprentissage de son art par ses sages conseils » (original en latin). On suppose avec raison que les deux hommes vinrent à Paris à peu d’intervalle l’un de l’autre, Drevet suivant Rigaud. Comme le rappelait récemment Gilberte Levallois-Clavel, et outre son fils et son neveu, le graveur formera à son tour trois autres élèves qui furent des transcripteurs privilégiés de l’œuvre du peintre : François Chéreau (1680-1729), Simon Vallée (1680-ap. 1730) et Michel Dossier (1684-1750). Trois autres burinistes fidèles à Rigaud bénéficièrent quant à eux des conseils de Drevet : Gaspard Duchange (1662-1757), Claude Duflos (1665-1727) et Jean Audran (1667-1756)[13].

Pour terminer, la présence en 1695 et 1696 aux côtés du Catalan de François Taraval (1665-1715), peintre et sculpteur, n’est pas le fruit du hasard. Encore méconnu car éclipsé par son fils qui acquit une notoriété à la cour du roi de Suède, Taraval était le fils d’un orfèvre perpignanais[14]. Rigaud se trouvait donc une fois de plus avec un compatriote à ses côtés…

 


[1] Paris, arch. nat., MC, ET/VII/250. Résumé en partie dans Rambaud, 1971, p. 398.

[2] Huile sur toile, H. 81 ; L. 66. Vente galerie Gilberto Zabert, Dipinti Antichi, Turin, 24 novembre - 23 décembre 1984, n°24 (attribué à Alexis Simon Belle). Un autre portrait de femme, attribué à l’école de Largillière, présente un habillement très similaire (huile sur toile, H. 81 ; L. 65. Vte Paris, hôtel Drouot, Kahn-Dumousset, « Mobilier du Château de la Haichois », 7 novembre 2012, lot. 80).

[3] Huile sur toile, H. 28,5 ; L. 22,5. Vente Tajan, 20 juin 2012, lot 86.

[4] Pierre-Jean Mariette, Abecedario de P.-J. Mariette et autres notes inédites de cet auteur…, ouvrage publié par Ph. de Chennevières et A. de Montaiglon, 6 vol., Paris, 1851-1860.

[5] Reg Papyrus, fol. 216. Cité dans Roux Alphéran, 1846, I, p. 86

[6] N. Jeffarès, 2006, p. 338.

[7] Lagrange, 1864, p. 5-6.

[8] Tel ces deux tableaux exposés au Salon de *1757 : « Deux tableaux de chacun de deux pieds six pouces sur deux pieds – n° 66. L’un représente une Mer par un temps d’orage ; N°67. L’autre un paysage avec une chute d’eau. Ces tableaux appartiennent à M. Viali. » cf. Lagrange, 1864, p. 464.

[9] Rigaud suggérera le nom de Louis-Michel Van Loo, en 1737, lorsqu’il s’agira de trouver un peintre officiel à la cour de Madrid.

[10] Huile sur toile, H. 82,5 ; L. 67. Vente, Paris, hôtel Drouot, Delorme-Collin du Bocage, 17 mars 2005, lot 41.

[11] C’est notamment le cas du portrait du Régent (Vente d’une grande collection princière et divers, Paris, Drouot Montaigne, Picard, 22 juin 1992, lot. 10 reproduit), repris d’après le tableau fait par Jean-Baptiste Santerre en 1717 et dont un exemplaire est actuellement conservé au musée du Prado à Madrid  (Voir le catalogue de l'exposition « L'Art européen à la Cour d'Espagne au XVIIIe siècle », Paris, 1979, n° 79 reproduit).

[12] H. 76 : L. 60 cm, lots 410-411. Stéphan Perreau, « Version Belle-Isle remaniée à Chatellerault », [en ligne], 12 décembre 2010, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com.

[13] G. Levallois-Clavel, « Pierre Drevet, graveur du roi interprète de Hyacinthe Rigaud », Nouvelles de l’estampe, juin 2008, n°218, p. 20.

[14] Voir le contrat de mariage du 19 juillet 1700 entre Taraval demeurant rue Saint-Victor à Paris, et Catherine Masson (Paris, arch. nat., MC, ET/I/215 ; cité par Rambaud, 1964, p. 387). Notons que par un curieux hasard, le peintre et petit-fils de François Taraval, Hugues (1729-1785), se trouva marié sept mois avant sa mort avec une nièce à la fois du peintre Luigi Domenico Soldini (1715-ap. 1775) et du secrétaire des postes Antoine Benoît Soldini, époux de la fille de Jean Ranc…

Dès 1701, Hyacinthe Rigaud s’entoura donc d’une nouvelle équipe, au sein de laquelle on note l’arrivée d’Éloy Fontaine (1678-ap.1747), maître peintre à l’académie de Saint-Luc, dont on ignorait à peu près tout jusqu’ici. Après de longues recherches en archives, nous avons pu reconstituer quelques bribes de son parcours au regard de documents inédits.

Neuvième rejeton du « hautelisseur » Pierre Fontaine (1661-1698) et de Marie Patte (1637-1712), il naquit sur la paroisse Saint-Firmin-le-Confesseur d’Amiens, le 4 juin 1678, dans la maison familiale de la rue du Hocquet. On ne sait à quelle date il s’installa à Paris et de qui il tira primitivement ses leçons, mais on sait qu’il travailla auprès de Rigaud de 1701 à 1705. Le 27 février 1708, par devant Maître Boucher, notaire de la capitale picarde, Éloy Fontaine « de Paris » épousait Marie Charlotte Doeuillet, jeune fille de 24 ans issue d’une famille de marchands originaire de Roye qui s’était établie sur la paroisse Saint-Martin d’Amiens[1]. Le couple vécut rue Contrescarpe, paroisse Saint-André-des-Arts où, le 16 février 1713, il touche le reliquat d’un legs de 3 000 livres stipulé par le testament mutuel de Pierre Fontaine et de Marie Patte, passé à Amiens 19 mars 1698[2]. Éloy Fontaine s’établit rue du Petit-Pont, effectue des expertises[3], place sa fille de 20 ans, Marie Andrée, en apprentissage chez Marie-Catherine Compagnon, maîtresse lingère au Cul-de-sac-Saint-Martial[4], avant de quitter Paris en donnant, le 25 février 1747, une procuration générale pour ses affaires à Pierre Mollandin, contrôleur des rentes de l’Hôtel de ville[5].

Fontaine se démarque des quelques peintres parisiens homonymes en signant « Eligs. Fontaine pinx » sur les planches gravées d’après ses œuvres. Celles-ci nous montrent un continuateur et repreneur de modèles de Rigaud, parvenu à un haut degré de mimétisme comme dans l’effigie de Jean-Louis Coyon de la Bourdonnaye, évêque de Léon en 1701, seulement connue par les gravures de Pierre Drevet (1709) et d'Étienne Grantel (1706). 


À gauche : Étienne Grantel d'après Fontaine, portrait de Louis de La Bourdonnaye © d.r.
À droite : Claude Duflos d'après Fontaine, portrait de François-Honorat Antoine de Beauvilliers de Saint-Aignan © d.r.

 

Celle réalisée par Claude Duflos (1665-1727) du portrait perdu de François-Honorat Antoine de Beauvilliers de Saint-Aignan, évêque de Beauvais, n’est pas sans rappeler les planches d’Edelinck [*P.491-4-b] et de Drevet [P.491-4-a] d’après le portrait peint par Rigaud en 1697 du cardinal de Noailles.

 

Eloy Fontaine, portrait de femme. colL. part. 1733

Éloy Fontaine, portrait de femme. 1735. Coll. priv. © galerie Wladimir Sokoloff

 

En 2017, un nouvel opus produit par Fontaine a réapparu. Daté et signé au verso « Fontaine 1735 » (et non 1733 comme indiqué par la notice de la galerie qui le vendait), ce portrait de femme est resté sur sa toile d'origine et sur son châssis ancien à traverses clouées.

Présenté en buste, habillé d'un ample manteau brun galonné d'or, le modèle porte une robe de velours verte dont l'échancrure décorée de broderies de palmes également d'or se termine vers le bas d'une broche en cabochon.

Cette mode vestimentaire et cet ordonnancement n'étaient pas sans rappeler les mises en scènes d'autres artiste à la même époque, guidés par une certaine mode. Si l'agencement assez nerveux des drapés n'est pas sans rappeler ceux d'un autre aide occasionnel de Rigaud, Robert le Vrac Tournières, l'enchâssement du modèle dans un grand carcan textile renvoyait à certains bustes féminins peints notamment par Jean Ranc. Le récent passage sur le marché de l'art du portrait d'une anonyme est en ce sens assez parlant, même si les drapés si caractéristiques de Ranc accusent un fini plus soigné[6].

 

Notons que Fontaine fut suffisamment lié avec Pierre Benevault (1685-1767), pour qu’il signe comme témoin au mariage de la fille de ce dernier avec le graveur Jean Moyreau (1690-1762), le 31 octobre 1739[6].

 

Travaux réalisés par Éloy Fontaine pour Hyacinthe Rigaud :

 

 Année      Nature du travail    Rémunération (en livres)
 1701 Une Copie de mr De La fontaine
L’habit de mr de baubrian
Une tête de mr de noailles
Une Copie de Mr le Chevaller de pousole
L’habit de loriginal

10
5
5
10
28 (et 16 sols)

1702

1703

Deux têtes du portrait du Roy
Un Roy d’espagne sur un toile de 4 francs
Trois buste du Roy d’Espagne  
Une tête de mr le marechal de ville Roys 
Une Copie de mr Adam
Une tête de mr le Duc de Bourgaugne
Un buste Du Roy d’Espagne
Une tête du Roy 
Une tête de Mr le Duc de Bourgongne
Deux têtes du Roy
Un buste de Mr le prince de Brunsvik 
Deux têtes du Roy
Une buste de Mr Du Casse
Une Cuirasse à Mr Carmant
Une tête de Mr le Mareschal de Noailles
Une cuirasse la perruque de Mr du Tirzenet   
Trois têtes du Roy 
Un beuste de Mr valier  
L’habit de Mr Du Casse 
Un beuste de Mr Mansart
Deux beustes du Roy 
Une grande Copie du Roy
Une tête de Mr le Duc de bourgogne 
Deux têtes de Mr levêque d’autun   
Une tête de Me Coustard    
Un buste de Mr Coustard
Une tête de Mr Coustard  
Habillé de Mr Mansart 
Une tete du Roy 
Un buste de Mr fontenelle
Un buste de Mr De Verû 
Autre de Mr Landois 
Un buste de Mlle Castillon
Une tête de Mr le bourgoune 
Autre du même 
Une du Roy la tête 
Deux têtes de Mr le marel de villeroy
Une Copp. de Mr le Conte de guiscar

10
20
30
5
10
5
3
14
18
10
10
10
5
5
6 14 sols
15
10
10
10
20
30
6
12
6
12
4
20
6
12
12
12
12
6
6
6
12
4

 1705

une tête de mr le marechal de ville Roy  
une tête de me pecoil
deux têtes du Roy
une tête de mr bertier 
Ebauché un portrait du Roy en pied
Habillé de mlle de vieux
Habillé de mlle merault
Copie de mr levêque de maux  
Un buste du Roy   
Portrait du Roy en ovalle    
Autre en grand  
Portrait du Roy d’Espagne
Une tête de mr le Comte de Linieres
Une tête de mr le marquis de marillac
Une tête de mr L’anday
Une tête de mongre le duc de bourgogne
Une de monseigneur
Autre de monsgr
Une de monsgr le duc de Bourgogne
Une tête de mr girardot

7
7
14
14
15
7
7
14
14
25
55
50
7
7
7
7
7
7
7
7

 


   

 

 


[1] Paris, Arch. nat., MC, ET/XXIV/556, quittance du 16 février 1713 à Adrien Fontaine et Catherine Patte, subrogés par François Patte, prêtre, docteur en Sorbonne.

[2] Ibid.

[3] Ibid., ET/XXIII/521, 1er septembre 1742, inventaire après décès de Nicolas Grigé, avocat au Conseil, conseiller secrétaire du roi.

[4] Ibid., ET/XVI/707, 1er avril 1743.

[5] Ibid., ET/XXX/304.

[7] Ibid, ET/XXXI/117. 

La biographie d’Adrien Leprieur (v.1671-1732), souvent noté « Prieur » dans les livres de comptes de Rigaud et auteur de quelques œuvres parvenues jusqu’à nous[1], était assez obscure. Nos recherches aux Archives nationales ont pu dévoiler qu’il était né vers 1671 rue des Deux-Boules, sur la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, d’Henry Leprieur (m. 1690)[2], marchand tapissier originaire par sa mère de Basse-Normandie, et de Jeanne Grandjean.

Adrien Leprieur : portrait de l'intendant Leblanc (à gauche). Dunkerque, musée des beaux-arts © DMBA / portrait de la famille Leblanc (à droite). Coll. priv. © d.r.

Orphelin de père alors qu’il n’avait pas encore 19 ans[3], Leprieur fut probablement mis en apprentissage chez un peintre de son quartier avant d’intégrer l’atelier de Rigaud, dès 1698, date à laquelle il reçoit 125 livres « pour deux quartiers sur les copies qu’il m’a fait » nous dit le maître[4]. Son talent semble avoir été rapidement apprécié pour toutes sortes de tâches[5]. En 1699, il « brode deux revers » et réalise « trois têtes d’un seigneur allemand ». En 1706, on lui confie « une tête d’abbé » et en 1709 « un habillement d’un homme de robe ». Son activité est particulièrement intense entre 1700 et 1707, date à laquelle il reçoit 8 livres pour avoir « ébauché le portrait de M[onsieu]r de Villeroy en pied, deux journées », plus 16 livres supplémentaires pour avoir « finy la cuirasse, les mains, l’écharpe et le casque, quatre journées » et enfin 20 autres pour « avoir coppié une bataille d’après M[onsieu]r Paroussel [Parrocel], 5 journées ». Dès 1699, il est aux côtés de Jean Ranc à œuvrer sur des copies du portrait du duc de Vendôme. Cette année-là, il réalise une copie de la comtesse de Meslay [P.563-1] et est le seul collaborateur à habiller M[ademoise]lle Prudhomme [*PC.577] ou Madame de Milhaud [*PC.584].

Avec Viennot, Monmorency et Fontaine, Leprieur est l’un des duplicateurs de l’effigie de Rigaud lui-même [P.594], preuve de la sûreté de son talent. Mais la liste pourrait s’allonger à l’envi. Durant les quatorze ans qu’il passa aux côtés du Catalan. Il se lia d’amitié avec d’autres aides à l’instar de Charles Viennot lequel, alors qu’il rédige son testament en 1705, fait de Leprieur son exécuteur testamentaire, « le connoissant homme véritable en qui il a toute confiance ». Il lui lègue d’ailleurs « tous ses dessins, estudes, estampes et autres ustensiles concernant la peinture » et le prie « de finir son portrait de la demoiselle Duplat et de la dame Dupré et du sieur Cottin ou de les faire finir par quelque personne capable ». Viennot distribue ses maigres biens notamment à son frère Claude resté à Lyon, lui enjoignant de fournir à Leprieur la somme de 800 livres pour les frais de maladie et l’exécution du testament. Partiront également pour Lyon « son portrait en grand, son crucifix, la magdeleine des anges et le saint Charles de Mr Lebrun estant dans une armoire dans la chambre qu’il occupe avec les deux portraits de deffunt le sieur leur père dont l’un peint par ledit sieur Rigault et l’autre par ledit sieur testateur, et son portrait de luy mesme fait par ledit sieur Leprieur[6]. »  

Signature d'Hyacinthe Rigaud au contrat de mariage d'Adrien Leprieur, 1712. Paris, arch. nat. © photo Stéphan Perreau

Avec Rigaud comme témoin et ami, Leprieur épousa avec contrat en date du 21 février 1712[7], Marie Catherine Bourjat, fille d’un marchand mercier quincaillier de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, lequel était remarié depuis 1706 à Catherine Leprieur, sœur aînée de l’artiste. Le même jour, le peintre fit établir les conditions d’une société de commerce et manufacture de cire d’Espagne, activités dont sa sœur avait hérité de son premier mari, François Louis Cognard. Ayant bénéficié de plusieurs héritages avantageux en 1681, 1688 et 1705, le jeune peintre participa avec ses associés à l’acquisition de la moitié de la maison de la rue des Déchargeurs dans laquelle il vivait déjà et s’émancipa dès lors de Rigaud[8]. Avant de décéder, le 5 mai 1732[9], Leprieur s’était acquis une clientèle fidèle qui le courtisait pour la qualité de ses œuvres[10].

 

Adrien Leprieur, portrait de Jérôme Créon, 1713. Coll. part. © photo d.r.

Si l’effigie qu’il fit du notaire Antoine II Belot ne nous est pas connue[11], son portrait de Jérôme Créon, peint en 1713 et récemment réapparu, offre de bons éléments de comparaison avec les œuvres de son professeur. L’ordonnance et la posture sont certes classiques, mais le traitement très fouillé des boucles de la perruque sur une préparation rouge sous-jacente évoque indéniablement le maître[12]. On reconnaît bien également la manière qu’a Leprieur de traiter les yeux en amande avec des cernes accentuées, indices que l’on retrouve dans l’effigie de Claude Le Blanc, intendant de Dunkerque. Fidèlement gravé en buste par Pierre Drevet et reproduit en buste dans un portrait de sa veuve peint par Leprieur en 1728[13], ce tableau avait longtemps trompé les spécialistes qui l’attribuèrent un peu rapidement à Rigaud[14].

À gauche : Pierre Drevet d'après Adrien Leprieur, portrait de François-Pierre de Calvairac. © d.r.

À droite : Adrien Leprieur, portrait d'ecclésiastique. Angers, musée © cliché documentation des peintures du Louvre

On perçoit de la même façon une profonde influence du Catalan dans le portrait peint par Leprieur de François-Pierre Calvairac (m. 1742), successeur à l’abbaye de Pontigny de Claude Oronce Fine de Brianville (1656-1708), dont Rigaud avait fixé les traits dès 1696. Si Pierre Drevet grava l’œuvre d’Hyacinthe en 1699 [P.487-1], c’est son neveu Claude qui transcrivit au burin l’œuvre de Leprieur. On connaît encore de lui un portrait du procureur François Le Tourneux, peint en 1715[15] et celui d’un ecclésiastique, peint en 1725[16],  très proche dans sa facture du portrait de l’abbé Pucelle, peint par Rigaud en 1721 [P.1290]. Le traitement diaphane du rochet blanc qui laisse transparaître la mozette rouge est particulièrement remarquable, de même que l’aspect libre des cheveux. L’inventaire après décès inédit d’Adrien Leprieur, établi le 26 août 1735 par sa veuve[17], soit trois ans après sa disparition, prouve l’aisance de l’artiste, détaillant dans une petite chambre au quatrième étage ayant vue sur la cour cinquante portraits « tant d’hommes que de femmes faits et non faits, sans bordure, le tout de l’œuvre dudit deffunt Leprieur et que les particuliers n’ont point retirés, de différentes grandeurs ».

Parmi eux, des membres de sa famille (Paul Alamargot, greffier en chef de l’élection de Montluçon) et quelques clients aisément reconnaissables : le duc d’Antin, peint par Rigaud en 1710 [P.1108], le marquis Charles de La Mothe-Houdancourt (m. 1728), lieutenant des armées du roi, Georges-Gaspard de Contades (1666-1735), lieutenant général[18], Louise-Madeleine Bernard, marquise de Basville, les abbés Bonaventure Racine (1708-1755) et Augustin Nadal (1659-1741), l’évêque d’Avranches, François-César Le Blanc (1672-1746), frère de l’intendant de Dunkerque vu plus haut, celui d’Agde, Philibert-Charles de Pas de Feuquières (1657-1726) et celui d’Angers, Michel Poncet de La Rivière (1671-1730), qui apparaît également dans notre catalogue en 1706 [*PC.950][19].

Encore très récemment, une production indépendante de Leprieur, c’est à dire un portrait peint pour sa propre clientèle, montrait à quel point Rigaud avait autorisé certains aides à utiliser pour eux même ses créations[20]. Le 24 juillet 2014 à Clermont Ferrand, la maison Vassy-Jalenques mettait en vente deux paires de portraits pensés en pendant issus, selon une ancienne tradition, d’une famille du Bourdonnais, les Chardon des Roys[21]. Si les trois premiers furent classés comme « écoles françaises du XIXe siècle, peut-être du fait de leur moindre qualité (deux sous le numéro 93 et un sous le 270)[22], le lot 378 semblait nettement se démarquer. Il montrait une jeune femme, représentée à mi-corps, sans mains, coiffée d’une courte perruque « à cruches » finissant par une longue boucle posée sur une épaule. Sa robe de brocard d’argent à large gorge, les manches relevées agrémentées de perles était complétée d’une large écharpe galonnée aux reflets de soie bleue. Tous ces éléments plaçaient d’emblée le portrait dans la première moitié du XVIIIe siècle.

 

Adrien Leprieur, portrait présumé de Madame Chardon des Roys. Coll. priv. © d.r.

Au delà de son évidente qualité, l’élégante effigie présentait un second intérêt en reprenant presqu’à la lettre une posture inventée par Hyacinthe Rigaud dès 1696 pour son portrait de la marquise de Sourches[23]. La méprise d’avec le Catalan eut été totale si, au dos de la toile d’origine, n'avait été conservée la signature d’Adrien Leprieur (v.1671-1736), accompagnée d’une date qu’il reste toutefois difficile d’identifier (1715 ou 1725 ?)[24].

 

Travaux réalisés par Adrien Leprieur pour Htacinthe Rigaud

 
 Année   Nature du travail 

   Rémunération

   (en livres) 

 1695    Une copie de Mr le marechal de bouflairs
   Trois copies en buste du même portrait 
   Habillé Mr De Romeny
   Habillé Mr Du Rufuge
   Une teste de Mr De bouflairs
   Une copie de Mr de vauré
   La draperie de Mr de St Remy                                   
   Celle de Mr De la touche                                           
   Cinq draperies a des copies de mon portrait               
   Une autre copie de Mr le Comte Jugne
   Deux copies de Mr Bégon
   Une de Mr munier                                                        
   Une de Mr de Bouflairs                                                

60
60
60
60
10
20 
5
5
25
20
40
20
20

 

 


[1] Stéphan Perreau, « L’abbé de Rancé et un Adrien Leprieur peu courant », édition numérique, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com, 11 novembre 2010.

[2] Voir son inventaire après décès du 21 février 1690 (Paris, Arch. nat., MC, ET/XXX/117).

[3] Tution d’Adrien Leprieur du 4 janvier 1690 (Paris, Arch. nat. Y4017a).

[4] Ms. 625, 1698, f° 5 v°.

[6] Testament de Charles Viennot, op. cit. (not. 57). Mireille Rambaud fit quelques erreurs dans la lecture de l’acte et dans l’énoncé des tableaux en attribuant un portrait de Hubert Viennot à Leprieur.

[7] Paris, Arch. nat, MC, ET/XXIX/552.

[8] Ibid. MC, ET/LIII/156, 21 novembre 1713 (cité par Wildenstein, 1966, p. 95).

[9] Voir notamment l’acte de tutorat de ses enfants, Louis Adrien né en 1713 et Louis Ambroise né en 1718, en date du 27 mai 1732 (Paris, Arch. nat. Y4479b).

[10] Leprieur avait visiblement signé et reproduit après son départ de l’atelier, un portrait de Louis XIV d’après Rigaud qu’il avait vendu à Jeanne-Marie-Charlotte de Barelier de Saint-Mesmin de Forteville (voir l’état des meubles dans son contrat de mariage avec Raphaël Sauvin, intéressé dans les fermes du roi du 24 juillet 1714, Paris, Arch. nat. MC, ET/XXXVI, 358, cité par Rambaud, 1964, p. 344).

[11] Rapport d’expert dressé par Pierre-Jacques Cazes, peintre ordinaire du roi et André Tremblain, maître peintre, du portrait du sieur Blot, ancien notaire, peint par le feu Leprieur […], 18 juin 1735 (Paris, Arch. nat. Y1900), publié par Wildenstein, 1921, p. 27-28.

[12] Huile sur toile ovale, H. 82 ; L. 65. Vente Paris, hôtel Drouot, Tajan, 20 octobre 2010, lot 95.

[13] Huile sur toile, H. 97 ; L. 73,5. Coll. part. (vte Sotheby’s Monaco, 21 juin 1991, lot 15).

[14] Huile sur toile, H. 145 ; L. 112,5. Dunkerque, musée des Beaux-Arts. Inv. P 522. Mariette, 1740-1770, III, f° 47 v°, n° 69 ; Lelong, 1775, p. 149 ; cat. Dunkerque, 1841, n° 68 (comme Rigaud représentant Vauban) ; cat. Dunkerque, 1854, n° 68 (id.) ; cat. Dunkerque, 1865, n° 68 (id.) ; cat. Dunkerque, 1870, n° 121 (id.) ; cat. Dunkerque, 1880, n° 121 (id.) ; cat. Dunkerque, 1905, n° 278 (id.) ; Vergnet-Ruiz & Laclotte, 1962, p. 250 ; cat. Dunkerque (G. Blazy), 1976, n° 430 (= Rigaud) ; Kuhnmünch, 1983, p. 7 (id.) ; Brême, 2000, p. 32 (id.) ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 31, 87, 210 ; Ibid. II, p. 321-322, cat. P.-I. Dr. n° 28 (= Leprieur).

[15] Revue historique, littéraire et archéologique de l’Anjou, t. XIX, décembre 1877, p. 304. Un autre portrait de jeune femme « à la robe brodée » est également récemment passé en vente publique (huile sur toile, H. 81 ; L. 64. Vte, Paris, hôtel Drouot, Tajan, 25 octobre 2002, lot 143).

[16] Huile sur toile, H. 81,4 ; L. 64,5. Angers, musée des Beaux-Arts. Inv. MBA J 112 (J1881) P. Voir P. Morant, « Peintures datées ou signées du musée des Beaux-Arts. xviiie siècle », Bulletin des musées d’Angers, n° 36, 1970, p. 1-23 (notes : p. 6, n° 112).

[17] Paris, Arch. nat. MC, ET/ XXIV/647.

[18] Huile sur toile, 145 x 111 cm. Château de Montgeoffroy. Reproduit dans cat. exp. Anjou-Sevilla. Tesoros de arte, Séville, Réal Monasterio de San Clemente, 25 juin–2 août 1992, p. 324-325. On l’aperçoit aussi sur une vue d’ensemble du grand salon du château, dans l’ouvrage de Dominique Letellier, « Le Château de Montgeoffroy. Architecture et mode de vie », Angers, Société des études angevines, 1991. On note également au château par Rigaud, une version du Louis XIV en costume de sacre et un portrait en buste du cardinal de Fleury dans sa seconde version.

[19] F° 3 v° : portraits « representant savoir l’un Mr de Contades, l’autre M. le marquis Dherville, un autre M. Fassier, un autre la tête de M. de Cambise, un autre de Chennes, un autre M. Dethoulouse en copie, un autre M. de Lamothe Oudancourt, un autre une copie de M. de Cambise, un autre Mr de Cambise, un autre Mr de la mothe Oudancourt, un autre la tête de Mde la marquise de Basseville, un autre la tete de Mr Degondrin, un autre la tete de M. l’abbé Racine, un autre la tete de M. de Derviller, quatre portrait de la famille de Mr le marquis de Diolere en original et six copies de portrait de la meme famille, la tete de Mr. Alamargot, la tete de Mr Delatour, le portrait du marquis de flavacourt, la mère St Paul feuillantine, deux copies de l’evesque d’avranches, une copie de Mr Riché, une copie de l’abbé Nadal, le portrait de Mr et de Mde Dermand, le portrait original de l’eveque d’Agde et six copies du meme portrait, deux copies de M. Levesque d’Angers, le portrait de Mr Daubigny, cinq portrait de la famille du sr Asselin, de tout lesquels portraits il n’a pu etre fait une juste prisée attendu l’impossibilité de scavoir s’ils seront retirés ou laissés et au cas qu’ils seront laissés, lesdit ouvrages ne seroient regardés que pour la valeur de la toile pour quoy ladite veuve s’estre chargée desdits cinquante portraits soit pour les représenter ou tenir compte de bonne foy ». On notait également dans l’antichambre ayant vue sur la rue (f° 2 v°) « deux petits tableaux représentant une crèche, l’un sur bois l’autre sur toile », prisés 6 livres et « deux tableaux peints sur toile dans leur bordure de bois doré dont l’un representant Louis quinze et l’autre le Roy d’Espagne », sans doute d’après Rigaud et prisés 12 livres.

[20] Perreau, « Adrien Leprieur, ami et bras droit d'Hyacinthe Rigaud », www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com, 20 juillet 2015.

[21] D’après les inscriptions modernes rapportées sur les clés des chassis des tableaux. Cependant, les identifications de la vente donnant ces portraits à des modèles de la seconde moitié du XVIIIe siècle doit être revue, compte tenu du style vestimentaire des modèles proche des années 1690-1700.

[22] Ils furent acquis par la galerie Avignonaise Artmediacom et rétablis sous le vocable « école française du XVIIIe ».

[23] Stéphan Perreau, Catalogue raisonné des œuvres d’Hyacinthe Rigaud, Sète, 2013, cat. P.476, p. 124. La posture sera réemployée au moins jusqu’en 1710.

[24] Nous tenons à remercier le nouveau propriétaire de l’œuvre qui nous transmis ces informations suite à la restauration du tableau.

Parmi les aides de l’atelier de Hyacinthe Rigaud, Pierre Benevault (Paris, 1685 - Vienne, 1767)[1] est l’un des derniers à avoir suivi l’enseignement du maître. Né et baptisé sur la paroisse Saint Eustache à Paris, le 27 mars 1685, il était le fils de Jean Benevault, bourgeois de Paris demeurant rue Montmartre et de Catherine Delamotte. Son parrain fut Pierre Duclos, fermier des domaines du roi et sa marraine, Marie Delahire, épouse du sieur Dumontier. Quelques actes notariés et trop peu d’œuvres témoignent aujourd’hui de son activité. Ainsi, notre lecture inédite de l’inventaire après décès de l’épouse de Benevault, dressé le 19 mai 1740[2], est riche d’enseignements.

 

Signature autographe de Pierre Bennevault en 1738. Paris, arch. Nat., MC © photo Stéphan Perreau

 

Nous y apprenons que le 19 septembre 1706, devant maître Simon de Villaine[3], Benevault avait épousé Marie Madeleine Lemaigre de Lisy, jeune fille, sous tutorat de son oncle, l’entrepreneur des bâtiments, Jean Croquoison. La famille Lemaigre était originaire du Loiret. Ainsi le défunt père de la mariée, André Lemaigre de Lisy officiait comme inspecteur des Ponts et Chaussées de la Généralité d’Orléans. On apprend également que Benevault avait au moins un frère et une sœur, Jean et Geneviève. La jeune promise comptait également à son mariage sa propre sœur, Marie-Anne, future épouse Sarazin et deux de ses frères, Michel et Alexis. Tous demeuraient rue du faubourg Saint Honoré, sur la paroisse Sainte Madeleine de la Ville l’Evêque. Quant aux Croquoison, ils étaient membres d’une dynastie d’entrepreneurs en bâtiment et d’architectes.

« Furent présens sieur Jean Benevault, bourgeois de Paris et Catherine de Lamotte, sa femme, qu’il autorise pour l’effet des présentes, demeurant rue Montmartre, paroisse Saint Eustache, stipulant en cette partie pour sieur Pierre Benevault, leur fils, peintre à Paris, demeurant susdit rue et paroisse, pour ce présent, pour luy et en son nom et de son consentement, d’une part, et sieur Jean Croquoison, entrepreneur des bastimens, bourgeois de Paris, demeurant faubourg Saint Honoré, paroisse Saint Marie Madeleine de la Ville Levesque, au nom et comme tuteur de demoiselle Marie Madeleine Lemaigre de Lisy, fille mineure de deffunt sieur André Lemaigre de Lisy, inspecteur des Ponts et Chaussés de la Généralité d’Orléans, et de damoiselle Madeleine Croquoison, sa femme, ses père et mère, stipulant en cette partie pour ladite demoiselle pour se présente et de son consentement, demeurante susdite rue Montmartre, même paroisse Saint Eustache d’autre part, Lesquelles parties, en la présence et du consentement de leurs parens et amis cy après nommés, sçavoir, de la part du sieur Benevault de Jean Benevault, frère et demoiselle Catherine Antoinette Drimetz, sa femme, de Geneviève Benevault, sœur du futur, et Pierre Delamotte, bourgeois de Paris, cousin, maître Jean Boullard, huissier audiancier en la juridiction des Bastimens du Roy au pallais à Paris, amy, Claude Chevallier, bourgeois de Paris amy et de Nicolas de Meneuray, bourgeois de Paris, aussi amy, et de la part de la demoiselle de Lisy, demoiselle Marianne Lemaigre, sœur de ladite future, de Michel Lemaigre et Alexis Lemaigre, frères et Paul Lepot[4], ancien officier du Roy, grand oncle maternel à cause de demoiselle Marie Le Bouteaux, sa femme, de Bernard Croquoison, architecte, Jacques Croquoison, entrepreneur des bastimens, Barthelemy Bardon[5], maître chandelier et Nicolas Demetre ( ?), employé dans les bastimens du Roy, oncles maternel […] ».

On sait également, grâce aux livres de comptes de Rigaud, que Pierre Benevault, tout jeune membre de l’Académie de Saint Luc, ne travaille qu’un an pour l’atelier du maître : en 1716, date à laquelle il reçoit plusieurs paiements, plus ou moins rétroactifs. Ainsi, 48 livres lui sont attribuées pour avoir « habillé M[onsieu]r le May en grand »[6] puis deux fois 24 livres pour les bustes du président au parlement de Provence, Cardin Le Bret[7], et de son épouse, Marguerite-Henriette de Labriffe[8] pour le même prix. Une « tête » de Julie-Christine-Régine Gorge d’Entraigues, marquise d’Anceny[9] et l’habillement d’un buste de Marie-Anne Colbert, marquise de Montal[10] lui valent deux fois 12 livres. D’ailleurs on ne sait s’il s’agissait du paiement tardif des vêtements du portrait original peint deux ans auparavant… Même remarque concernant l’effigie de Charles XII de Suède[11] dont Benevault reçoit 12 livres pour l’habit « en grand (peut-être la copie destinée au baron de Spaar ?). On note enfin une copie du portrait de Louis XV pour 24 livres[12].

De 1717 à 1721, Benevault est, avec Micheux, aux Gobelins où il retouche des cartons de Charles Coypel[13] : « 8 juin 1713 – 30 janvier 1714 : aux nommés Micheux et Bennevault, pour 650 dessins du Cabinet du Roy qu’ils ont collez sur des cartes fines lissées et bordées de papier d’Hollande bronzé, pendant 1713….538# 10’ 6d ».

 

Pierre Benevault : La danse d'Euterpe. Commerce d'art © d. r.

 

En décembre 1733, le nom de Benevault réapparaît dans les criées de Paris[14] (p. 13). Il y est qualifié de « maître peintre » et de « professeur à l’académie de Saint Luc ». Un an plus tard, le 14 juin 1734, il est cité comme expert, avec Pierre Testard[15] lors « pour donner son avis sur la prisée[16] des tableaux, dessins, estampes et livres trouvés, tant dans l’appartement que le peintre Pierre Cavin occupait dans un atelier situé au troisième étage dépendant d’une maison à lui appartenant, sise rue Montmartre » 17.

Le 31 octobre 1739[18], chez le notaire Alexandre Fortier, la fille de Benevault, Marie Madeleine, épouse le graveur Jean Moyreau (Orléans, 1690 – Paris, 1762[19]). Les témoins de la mariée sont Marie-Catherine Benevault, sa tante, femme du sieur Aubray, employé dans les fermes du Roy, son oncle Michel Lemaigre de Lizy, sculpteur, Marie-Anne Lemaigre de Lisy, femme du sieur Jean Galand, huissier au Grand Conseil, les peintres Eloi Fontaine et Charles Sevin de La Penaye, deux artistes très prisés par Hyacinthe Rigaud et Charlotte Doeuillet, épouse du sieur Fontaine, bourgeois de Paris. Du côté de Moyreau, seuls deux amis sont présent : Chauveau, conseiller, secrétaire du Roy et Jérôme Lubin, bourgeois de Paris. Pierre Benevault constitue une dot à sa fille de 4500 livres (4000 en deniers comptants et 500 en meubles, linges et hardes) dont 3000 livres de deniers comptants et 500 en meubles la veille de noces et les milles restants en paiements égaux d’année en année dont la première commencera le jour de la bénédiction nuptiale, « de laquelle somme de quatre mille cinq cent livres il en entrera en ladite communauté celle de deux mille livres et le surplus sera et demeurera propre à ladite demoiselle future épouze […] ». Moyreau, quant à lui donne en préfixe à sa future de la somme de trois mille livres. On apprend également que les biens du graveur se montent à la somme de 36 745 livres, soit 2000 livres de rentes sur les aydes et gabelles provenant de la succession de Monsieur de Boulogne, 2 400 livres en un contrat sur Madame Choderlos de Laclos, une action intéressée en la Compagnie des Indes de 2 345 livres, 18000 livres pour les fonds de planches gravées de Wouvermans et 4 000 livres en estampes imprimées,  2000 livres en tableaux, 2 000 livres en meubles et argenterie et 4 000 livres en deniers comptants. Entreront dans la communauté, 2 000 livres de ces biens, le reste lui restant en propre. Enfin, le contrat précise que « pour l’amitié que ledit sieur et demoiselle future épouse ont dit se porter, ils se font par ces présentes donation entre vifs, égalle et réciproque et au survivant d’eux respectivement de tout, les biens meubles et immeubles, acquets, conquets, propres et au généralement quelconques qui se trouveront leur appartenir au jour du décès du premier mourant d’eux, pour en jouir par ledit survivant en l’usufruit seulement sa vie durant, pourvu touttes fois qu’il ny ait aucuns enfants venus du présent mariage […], a été expressément convenu que sur les biens dudit sieur futur époux qui composeront et entreront dans ladite donation, il en sera se trouver sur ledit usufruit la somme de cent cinquante livres par chacun un qui seront payées à compter du jour du décès dudit sieur Moyreau à demoiselle Michelle Moyreau, sa sœur, fille majeure et pendant sa vie, pour luy servir de pension alimentaire, […] ».

Le 24 juin 1741, Pierre Benevault passe en l’étude de Fortier pour faire son procurateur Philippe Pénel, conseiller du roi, contrôleur des rentes du Clergé. Benevault y était qualifié de « peintre, ancien adjoint professeur à l’académie de Saint Luc ». Il est très probable que l’artiste ait décidé de quitter Paris dès cette date et de charger un ami de ses affaires.

Grâce à l’inventaire de feue madame Benevault, on constate que la nomination à Vienne de l’artiste, comme peintre officiel en 1752, avait été précédée par des liens étroits avec la Lorraine et la Suisse, par l’intermédiaire du cardinal de Rohan, du prince de Pons ou de la princesse de Guéméné. Le passage du peintre dans l’atelier de Rigaud n’avait donc pas été sans une quelconque utilité puisqu’il y rencontra Eloi Fontaine (auteur du portrait de La Bourdonnaye, évêque de Léon connu par la gravure de Drevet[20]) mais aussi Charles Sevin de La Penaye, aide majeur de Rigaud[21]. On le voit peindre la belle mère d’un des fils du peintre Jean Ranc, Madame Morard de Galles.

Pierre Benevault : portrait des princesses de Saxe, château de Schönbrunn © d.r.

Le château de Schönbrunn conserve quelques œuvres de Benevault « des Mares », tel le double portrait de Jeanne-Gabrielle (1750-1762) et Marie-Josèphe de Saxe (1751-1767), peint en 1759, avant que les princesses ne meurent de la petite vérole. Le 2 décembre 2004 (lot. 1381), passait également en vente à Lindau (Hauktionshaus Zelle) une danse d’Euterpe (huile sur toile, H. 65 ; L. 47 cm). Certains pensent que Benevault était de retour à Paris en 1774, date à laquelle le Mercure de France[22] mentionne la parution d’une estampes faite par Maleuvre : « III. Anthiope, Reine des Amazones, estampe nouvelle, dédiée à S. A. S. Mgr. Louis, Prince de Salm -Salm. Cette estampe a 20 pouces de hauteur & 14 de largeur. Elle est gravée d'après le tableau de Bennevault, par M. P. Maleuvre. Anthiope est debout au milieu de ses femmes, en habit de guerrière & le casque en tête ; elle est suivie d’autres Amazones, dont l’une lui apporte son carquois. Cette composition est imposante, & exécutée par l’Artiste avec beaucoup de talent. Prix 4 liv. A Paris, chez M. Maleuvre, rue des Mathurins, à côté de celle des Maçons. » La planche est également mentionnée en 1788 par Karl Heinrich von Heinecken dans son Dictionnaire des artistes dont nous avons des estampes avec une notice détaillée de leurs ouvrages gravés[23] : « Bennevault. Peintre moderne d’histoire à Paris. On a de lui : Anthiope, reine des Amazones, grande pièce in-folio, gravée par P. Maloeuvre. »

La fille de Benevault, Marie Madeleine, aura deux filles de Moyreau, dont elle deviendra tutrice à la mort de ce dernier. Un acte passé au Châtelet, le 12 novembre 1762, témoigne de cette tution[24] :

« Par devant les notaires au Châtelet de Paris soussignés, furent présens les parents et amis de demoiselle Marie Anne Madeleine Moyreau, âgée de vingt ans ou environ et Marie Charlotte Moyreau, âgée d’environ quatorze ans, filles mineures de deffunt sieur Jean Moyreau, graveur du Roy et de Dame Marie Madeleine Moyreau, son épouse, à présent sa veuve, comparans par la Dame Veuve Moyreau, demeurant à Paris, rue des Mathurins, paroisse Saint Etienne du Mont ; Sieur Jacques Geffrier, maître Bonnelier à Paris, y demeurant rue Saint Honoré, paroisse Saint Eustache, cousin paternel ; Sieur Alexandre Sarazin, employé aux Fermes, demeurant cloître Saint Nicolas, paroisse Saint Germain l’Auxerrois, cousin maternel à cause de demoiselle Marie Anne Françoise Le Maigre de Lizy, sa femme ; sieur Louis Joseph Boullé, bourgeois de Paris, y demeurant rue du Roulle, paroisse Saint Germain l’Auxerrois, cousin maternel ; sieur Jacques Chéreau, marchand d’estampes, demeurant rue Saint Jacques, paroisse Saint Benoît, amy ; sieur Jacques Nicolas Tardieu, graveur ordinaire du roy, demeurant rue du Plastre, paroisse Saint Séverin, amy ; sieur Jacques Aliamet, graveur, demeurant rue des Mathurins, paroisse Saint Etienne du Mont, amy [né à Abbeville le 30 novembre 1726, mort à Paris en 1788, il était connu comme graveur à la pointe sèche] ; et maître Nicolas Etienne Audry, procureur au Parlement, demeurant susdite rue des Mathurins, paroisse Saint Etienne du Mont, amy. Lesquels ont, par ces présentes, fait et constitué pour leur procureur général et spécial, maître [Aubry], procureur au Châtelet de Paris, auquel ils donnent pouvoir de pour eux et en leurs noms, comparôitre en l’Hôtel et par devant messire le lieutenant civil audit Châtelet et la dire et déclarer pour lesdits constituants qu’ils sont d’avis que ladite Dame veuve Moyreau soit nommée et éllue tutrice des dites demoiselles ses filles, mineures, à l’effet de régir et gouverner leurs personnes et biens et que ledit sieur Geffrier soit pareillement nommé et élu subrogé tuteur des dites mineures, faire en conséquence le serment en tel cas requis et accoutumé et générallement faire pour l’homologation des présentes, tout ce qu’il conviendra, promettant, obligeant, fait et passé à Paris, en l’étude, l’an mil sept cent soixante deux, le douze novembre et ont signé, M. M. Bennevault [sic] – Geffrier – Sarazin – Audry – J. Chereau – Tardieu – Aliarmet – Boullé – Dunon - Fortier[25]. »

Madame veuve Moyreau peut ainsi faire réaliser au nom de ses filles, l’inventaire après décès de son défunt mari ; inventaire dans lequel on retrouve un certain nombre de papiers concernant Benevault et qui nous donne d’importantes données sur l’aspect modeste de l’appartement du graveur Moyreau. Son fond de gravure, par contre, constitue la majorité de sa fortune.


[1] Certaines sources ont affirmé que Bénevault était né à Dijon en 1702 et qu’il était mort à Paris, après 1783.

[2] A. N. Min. cent., et. XXI, 340 (Rabouine). Voir Stéphan Perreau, « Pierre Benevault (1685-1767) : à l'école de Rigaud », www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com, et « L'inventaire après décès de « Madame Pierre Benevault » (1740-part I & II), www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com.

[3] A. N., Min. Cent., et. LXI, 310. En exercice du 9 janvier 1687 au 19 août 1707 rue de la Comtesse-d’Artois sur la paroisse Saint Eustache (source Etanot).

[4] Paul Lepot mourut avant 1714, date à laquelle sa femme est témoin au contrat de mariage, devant maître Marchand le jeune et Vérain (23 décembre 1714) entre Robert Poquet, conseiller du roy, contrôleur général des rentes sur l’hôtel de ville et Catherine Boussingault.

[5] Bathélémy Bardon, maître chandelier avait épousé Catherine Croquoison. Voir A. N., Y5282, 19 juin 1719 : clôture de l’inventaire après décès de Barthélémy Bardon, commencé le 17 avril 1719. Le couple demeurait faubourg de Gloire, paroisse Saint Laurent.

[6] Roman, p. 183, faisant référence au portraits de « Mr et Made Maée, coner au parlemt », peints en 1712 (Roman, p. 164). Il s’agissait d’Étienne-Vincent Le Mée ou Le May, conseiller au parlement de Paris dès 1711).

[7] Original peint en 1712 (Roman, p. 164). Copie mentionnée p. 183.

[8] Ibid.

[9] Original peint en 1714 (Roman, p. 171). Travail mentionné p. 183.

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Original peint en 1714 (Roman, p. 178). Travail mentionné p. 183.

[13] Voir Jules Guiffrey, Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, Paris, 1881-1901, tome 5, p. 699 et Thierry Lefrançois (Charles Coypel).

[14] « Noms d’artistes ou présumés tels, recueillis dans les extraits des criées certifiées au Châtelet de Paris. 1670-1786 », Paris, BNF, F. 14449, Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, Paris, Champion, 1874, p. 60.

[15] Testard, que l’on retrouvera en 1740 lors de l’inventaire après décès de Madame Benevault.

[16] Me François Prevost (et. XX).

[17] Testard habitait alors rue Neuve-des-Petits-Champs et Benevault rue Montmartre. Voir Jules Guiffrey, Scellés et inventaire d’artistes, N.A.A.F., 2e série, t. IV, 1883, pp. 326, 327.

[18] A. N., et. XXXI, 117.

[19] L’inventaire après décès est entamé le 15 novembre 1762 par Fortier (A. N., et. XXXI, 174).

[21] Il fut celui qui resta le plus longtemps dans l’atelier de Hyacinthe Rigaud, en fut le dernier et fut autorisé à signer avec son maître le grand portrait en pied de Bossuet, évêque de Meaux (Paris, musée du Louvre).

[22] Mars 1774, p. 165.

[23] Leipzig, 1788, Tome 2, p. 451.

[24] A. N., Y4846.

[25] Alexandre Fortier, notaire, et. XXXI, en exercice du 24 novembre 1728 au 26 janvier 1770, rue de Richelieu, au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs, paroisse Saint-Roch ou paroisse Saint-Eustache, quartier Montmartre ou quartier du Palais-Royal.

Si la carrière du frère cadet de Rigaud fut brève et discrète, celle de Jean (1674-1735), fils d’Antoine (1634-1716) fut plus éclatante, débouchant par sa nomination comme portraitiste du roi d’Espagne en 1722[1]. Ses débuts à Paris furent prédestinés par le passage des deux frères à Montpellier, et l’on sait qu’en 1696 son talent avait déjà motivé Hyacinthe à lui confier la duplication du premier portrait de Louis XIV[2]. Deux ans plus tôt, Antoine Ranc, son père, avait d’ailleurs commandé une réduction en buste de cette effigie originellement « en pied »[3].

 


À gauche : Jean Ranc, portrait du prince de Vaudémont, v. 1697, coll. priv © photo. d.r.
À droite : Jean Ranc, portrait de Jean-Louis de Roll-Montpellier, v. 1713, coll. priv. © photo Christie's images LTD

 

Quoiqu’aucun contrat d’apprentissage n’ait été retrouvé, le jeune « élève » travailla très régulièrement dans l’atelier parisien jusqu’en 1699, ébauchant, habillant, copiant les modèles les plus prestigieux, tout en se spécialisant la plupart du temps dans les visages ou les vêtures. Ranc partagea parfois sa clientèle avec son professeur, tel le prince de Vaudémont [*PC.981] ou Jean-Louis de Roll-Montpellier [P.1201]. Il semble cependant avoir rapidement acquis une certaine autonomie grâce à un savoir-faire dont la qualité dépassait le commun des aides, mais aussi, très certainement, par des prix plus bas, du moins dans un premier temps car on se plaignit vite que son temps « étoit fort cher »[4].

 

À gauche : Jean Ranc, portrait de Nicolas de Plattemontage, 1700, Versailles, musée national du château © photo. Stéphan Perreau
À droite : Jean Ranc, portrait de François Verdier, 1700, Versailles, musée national du château © photo. Stéphan Perreau

 

Le 30 mars 1697, sur les conseils de son maître, il tenta le prix de Rome avec un sujet figurant Les Frères de Joseph retenus à la cours de Pharaon et soupçonnés d’être des espions. Il dut pourtant s’incliner face au talent de Dullin et de Cornical, mais se présenta à l’Académie le 30 décembre 1700. Trois ans plus tard, il remettait à ses pairs les effigies de Nicolas de Plattemontagne (1631-1706) et de François Verdier (1651-1730), deux morceaux de réception sur le talent du portrait dans lesquels la main de Rigaud est flagrante[5]. Si l’auguste institution reconnut qu’il « avoit aussy beaucoup de talent pour l’Histoire par un grand tableau du Portement de croix qu’il a faict voir », et souhaita lui en commander un nouveau, le peintre n’obtint jamais le titre convoité, sans cesse retardé à satisfaire ses pairs. Sa présence au Salon de 1704 fut néanmoins très remarquée avec onze portraits, dont une Vierge et un Portement de croix.

Ranc fut sans conteste le meilleur héritier de Rigaud pour le style, l’acuité psychologique des modèles et l’opulence des drapés, mais il n’en fut pas qu’un simple affidé. Continuateur in fine et repreneur de modèles de son professeur, il développa son propre style, réussissant dans toutes les parties de la peinture, plus particulièrement dans les accessoires (oiseaux, chiens, fleurs) et dans les carnations que l’on jugea « porcelainées ».

 

À gauche : Jean Ranc, portrait de François Xavier Bon de Saint Hilaire, v.1713, Coll. part. © photo d.r.
À droite : Jean Ranc, portrait de femme, huile sur toile, H. 80 ; L. 65 cm. v. 1710, coll. part. © photo d.r.

 

Ses productions se ressentent d’un air mélancolique caractéristique, faisant la part belle à un contraste vibrant entre ombre et lumière crue et à l’usage paroxystique et frénétique de drapés « froissés » aux angles déjà vifs. C'est notamment le cas du portrait de François-Xavier Bon de Saint Hilaire (1678-1761), premier président de la chambre des comptes de Montpellier qui constitue une intéressante alternative masculine aux grands portraits féminins dont Ranc s’était fait une spécialité. Commandé à l’artiste pour marquer l’accession du parlementaire au titre de marquis (1712), il marqua probablement aussi la récente union de ce dernier avec Françoise-Élisabeth de Pujols (1713). C’est sous le vocable de magistrat anonyme de l’entourage de Nicolas de Largillierre que le tableau fut vendu au Dorotheum de Vienne le 7 juin 2000[6].

À peu près au même moment d'ailleurs, Ranc faisait preuve d'un grand mimétisme d'avec son professeur et futur parent en peignant un très élégant portrait ovale de jeune femme dont la main, tenant des fleurs, aurait pu offrir pour les méconnaisseurs du « style Ranc », une entière paternité à Rigaud. C'était sans compter sur le traitement caractéristique de l'artiste à ordonner ses drapés dits « cassants » et à les animer de reflets crus de lumière. On reconnaissait également sa manière si caractéristique de rosir à l'extrême les joues de ses modèles, autant que l'accentuation géométrique du décolté de la robe, précisément là où Rigaud aurait introduit une légère courbe. Passé en vente à Cannes le 8 novembre 2003 (lot. 28), l'ovale fut fort prudemment donné par des commissaires priseurs) à l'« entourage de Rigaud », tant dans le catalogue de la vente que dans la Gazette Drouot.

Mais, au-delà des œuvres qui parlent aujourd’hui d’elles-mêmes, le compte rendu de 1729 d’un consul de France à Lisbonne, Monsieur de Montagnac, résumait à lui seul le lien stylistique qui existait entre le maître et son ancien élève :

« Il arriva ces jours derniers à ce peintre une aventure fort singulière au sujet d’un portrait du feu marquis de Gascaes qu’on disoit avoir été peint par Rigault lorsque ledit marquis étoit ambassadeur en France. Le roy de Portugal se l’estant fait apporter dans le temps que le sieur Ranc étoit le peindre de Majesté, et après avoir fort aplaudy ce portrait, que ledit sieur Ranc avoit déjà été voir chez le marquis de Cascaes, il luy demanda sy cela étoit peint par Rigault, que tous les peintres qui l’avoient veu l’avoient dit ainsi : sur quoy ledit Ranc, qui reconnut ce portrait pour l’avoir fait luy-mesme, étant élève du sieur Rigault, dit au roy de Portugal que comme il falloit parler vray aux testes couronnées, qu’il devoit dire à Sa Majesté que c’étoit un portrait qu’il avoit fait à luy-mesme, et que s’il n’avoit point détrompé d’abord le marquis de Cascaes fils[7] de ce qu’il croyoit qu’il avoit été fait par Rigault, ç’avoit été par modestie, mais qu’il ne pouvoit désavouer à Sa Majesté que c’estoit luy qui l’avoit fait. Le roy de Portugal et le marquis, qui étoit présent, le gracieusèrent fort sur ce portrait[8] . »

 

À gauche : Jean Ranc, portrait de femme, v.1710, Coll. part. © photo d.r.
À droite : Jean Ranc, portrait du Marie-Anne de Bourbon, 1725, Madrid, musée du Prado © photo Museuo del Prado

 

On aurait peine à reprocher à Ranc la complaisance du subterfuge car, encore aujourd’hui, nombreuses sont les œuvres jusqu’ici attribuées à Rigaud dans les ventes publiques et qui, lorsqu’on entre plus précisément dans leur « pâte », laissent éclater leur parenté avec le peintre d’origine montpelliéraine. Aux œuvres que nous avons récemment publiées, on ajoutera cette élégante femme au loup de bal, parfois même attribuée à Santerre, qui applique ici toutes les leçons acquises sous le Catalan[9], et qui annonce le portrait de Marie-Anne Victoire de Bourbon peint par Ranc en 1725 pour la cour d’Espagne (Madrid, musée du Prado. Inv. P.2336).

À la torsion de la main tenant le masque, l’agencement juste des drapés du lourd manteau et le traitement parfait des moirés, s’ajoute l’infinie délicatesse du regard propre à la manière du Montpelliérain. C’est encore plus vrai dans la célèbre Vertumne et Pomone dont on pensa longtemps qu'elle avait été peinte en Espagne à cause d'une lumière « typiquement madrilène »[10]. Enfin, le portrait du Régent à cheval, seulement connu par la superbe estampe du graveur attitré de Ranc, Nicolas Édelinck, semble dépasser le maître, s’inspirant franchement de Mignard et fixant dès 1719 par son décor et la frénésie des drapés, l’ordonnance future de l’effigie équestre de Philippe V d’Espagne livrée en 1723[11].

 

Jean Ranc, Vertumne et Pomone, v. 1710. Montpellier, musée Fabre © musée Fabre

 

Logeant probablement chez Rigaud à ses débuts, nous avons découvert que Ranc avait déménagé dès 1704 pour s’installer rue Coquillère, entre les rue de Grenelle et du Boulois[12], précisément là où le Catalan s’était établi à son arrivée à Paris[13]. De 1707 à 1721, soit un an avant son départ définitif pour Madrid, il renouvellera deux fois le bail d’une « petite maison » à l’entrée de la rue des Fossés-Montmartre, vis-à-vis l’hôtel de Pomponne donnant sur la place des Victoires. Comme l’avait décrit Wildenstein, Ranc loua la maison au commis de Colbert et secrétaire de Pontchartrain, Michel I Ancel Desgranges (1649-1731), dont le fils sera d’ailleurs l’un des nombreux modèles du Catalan [*P.874][14].

La relation entre Rigaud et Ranc fut unique par sa longévité et sa ferveur car, n’ayant pas de descendance directe, le Catalan avait reporté principalement son affection sur sa nièce, Marguerite Élisabeth, devenue depuis le 13 juin 1715 l’épouse de son parrain, Jean Ranc, et seule rescapée de la progéniture de Gaspard Rigaud[15]. Dès le 28 juillet, il avait fait rédiger un troisième testament dans lequel il donnait et léguait « à la damoiselle Rigaud, sa nièce et à présent femme du sieur Ranc, peintre de ladite Académie, qui pourra les achever pour son compte ainsy qu’il le jugera à propos et les débiter à son proffit […] plusieurs desseins de différents maistres et de luy, un portefeuil contenant un grand nombre d’attitudes dessinées d’après ses ouvrages, par luy retouchées, plusieurs ouvrages parfaits et à parfaire avec des toiles, des couleurs, et des ustanciles de l’art de peinture, lesquels conviendront à un maistre dudit art[16] ».

 

Jean Ranc, portrait présumé de Marguerite-Élisabeth Ranc en Pomone. Stockholm, National Museum © NM

 

Mais l’occasion plus concrète encore d’aider le couple Ranc se présenta bientôt. Le 14 octobre 1721, le marquis de Maulévrier, ambassadeur du roi de France dans la péninsule Ibérique, écrivit au cardinal Dubois [P.1309] pour l’informer que le petit-fils de Louis XIV, l’ancien duc d’Anjou devenu roi d’Espagne sous le nom de Philippe V [P.697] se désespérait des artistes espagnols qu’il avait trouvés à son avènement en 1701. Le monarque souhaita impérativement qu’on lui envoyât un portraitiste digne de ce nom, évoquant expressément ceux dont il avait gouté l’art à Versailles : Largillierre, de Troy ou Rigaud. Le 18 novembre, Dubois répondit que « les trois peintres que vous nommés sont si âgés et si infirmes qu’aucun d’entr’eux n’est en état d’entreprendre le voiage de Madrid, mais il en sera incessamment choisi un qui pourra satisfaire leurs Maj[es]tés Cath[oliqu]es et que l’on croit aussy bon, qu’aucun des trois autres[17] ». Rigaud intrigua donc assez rapidement pour que Jean Ranc fût choisi, ce qui fut entériné, le 30 août 1722, par une missive de Dubois à Maulévrier dans laquelle l’artiste est décrit comme « le plus habile que nous ayons après Mrs Rigault, M. Troyes et Largilière[18] ».

Le 5 octobre, Ranc prenait ses fonctions à Madrid, non sans avoir laissé à Paris, aux bons soins de sa belle-mère, Marie-Marguerite Caillot, ses trois enfants vivants[19]. L’inventaire après décès de cette dernière, que nous avons retrouvé de manière inédite aux archives nationales à Paris dès 2004[20], décrivait un certains nombres d’objets, notamment quelques tableaux anonymes, peut-être de maigres vestiges de l’art de son époux, Gaspard Rigaud : sept portraits de famille, un Christ, des portraits de femmes, une composition avec des anges…  Mais il signalait dans une chambre au quatrième étage quelques toiles vraisemblablement dues au pinceau de Jean Ranc à l’instar du portrait du président de Jassaud, dont l’original avait été exposé au Salon de 1704 par son auteur. « Un autre tableau représentant un portrait d’homme aussy dans bordure, une estampe représentant le feu Roy Louis quatorze dans sa bordure ovalle de bois doré, et deux toille à tableau » complétaient cet ensemble avec « deux cuillers et une fourchette d’argent armoiriées des armes de deffunt M. Ranc » (ordre de Malte[21]), une « basse de violle avec son étuy couvert de cuir doublé de flanelle verte » et un clavecin « à ravalement dans sa boiste et sur son pied de bois de noyer garny de cuivre » fait par Honoré Rastoin (v.1675-1721)[22].

 

Jean Ranc, la famille de Philippe V, 1723. Madrid, museo del Prado © MDP

 

Au fil de ses testaments, Hyacinthe Rigaud compléta son legs initial à Ranc. En 1726, il lui destinait « toutes les mains moulées en plastre d’après nature, avec l’armoire dans laquelle elles sont enfermées », précisant que le tout serait remis à sa belle-mère, Marie-Marguerite Caillot, pour qu’elle les remette à son gendre[23]. Cinq ans plus tard, il ajouta « toute l’œuvre en estampe de feu M. Le Brun », un livre renfermant l’ensemble des portraits « qui ont été gravés d’après le sieur testateur, relié à l’ordinaire », un portefeuille composé de dessins d’après ses portraits « et qu’il a retouchés » ainsi qu’un autre « d’académies de différents maîtres avec les autres dessins de différents maîtres »[24] .

Au lendemain du quatrième testament qu’il rédigea le 16 novembre 1724[25], la disparition de son légataire initial, son filleul homonyme et frère aîné de madame Ranc[26], obligea Rigaud à transférer, dans un cinquième acte du 16 juin 1726, l’ensemble de la disposition initiale à la sœur du défunt, « qui se nomme Rigaud de son nom de famille et batesme de laquelle il ne se souvient pas[27] ». À l’exception des legs particuliers, Marguerite Élisabeth devenait donc la détentrice en usufruit des biens potentiels de son parent, et ses enfants détenteurs en nue-propriété. Quelques mois après la mort de son oncle, et plus de neuf ans après la disparition brutale de son époux (survenue à Madrid le 1er juillet 1735), madame Ranc rentra enfin à Paris pour toucher un héritage de plusieurs dizaines de milliers de livres. Elle vécu ainsi assez « confortablement » jusqu’en 1772[28], se contentant du simple ordinaire, dans un petit appartement en entresol de la rue du faubourg-Saint Honoré. Notre redécouverte de son inventaire après décès, oublié dans les liasses du notaire Lenoir, livra quelques clés sur les dernières années de sa vie[29]. Morte le 9 mars 1772, celle qui signait parfois d’une encre dorée « Marguerite Elisabeth Rigaud-Ranc » fut inhumée en l’église Saint-Roch, le 13 suivant (Annonces, affiches et avis divers, Paris, 1772, p. 240). L’inventaire de ses biens fut réalisé le 14 mars en présence de deux de ses trois enfants vivants : Marguerite Antoine et Hyacinthe Joseph (1719-1792), ancien cornette de dragons au régiment de Numance de l’armée d’Espagne en Italie. Claude (1720-v.1780), capitaine du régiment de Brabant du roi d’Espagne, était alors à Ceuta, une enclave espagnole sur la côte marocaine. Soldini, le gendre de la défunte, était également présent, quoique « époux séparé quant aux biens » de Marguerite Antoine.

Grâce à l’héritage qu’elle fit de Rigaud, Madame Ranc avait notamment acquis un riche mobilier pour remplir son appartement du cloître Saint-Benoît ainsi que ses deux propriétés de Suresnes et de Rueil, respectivement acquises en 1754 et 1756. Tous les biens relatifs à la peinture furent légués par un nouveau testament, du 29 septembre 1735, à Hyacinthe Collin de Vermont (1693-1761), autre filleul de Rigaud « qui avait embrassé la carrière de la peinture »[30].

Si l'œuvre de Jean Ranc fut longtemps réduite à ses seules productions espagnoles, on redécouvre aujourd'hui à peine l'étendue de son talent. Sans cesse comparé à son illustre parent et professeur, l'homme cultiva une réelle clientèle qui prisa sans discontinuer ses productions jusqu'à son départ pour Madrid. En témoignent de nombreux tableaux d'une grande sensibilité à l'instar de ceux de l'horloger Pierre Gaudron (v.1677-1745) et de son épouse Jeanne Catillon (v. 1685-1706), que nous avons récemment découverts et qui furent signalés dans l'inventaire après décès des modèles.

 

 

Jean Ranc, portrait de Monsieur et Madame Gaudron, 1706. France, collection particulière © photo Stéphan Perreau 

 

Travaux réalisés par Jean Ranc pour Hyacinthe Rigaud :

 

Année  Nature du travail  Rémunération (en livres) 
 1696 Ebauché une grande Copie du Roy  28 (et 16 sols)
1697  Pour une copie du Roy en pied
Pour une copie de Mr de Ravelinguant 
Pour deux copies du Roy en buste
Pour deux copies de Mr Le Comte de verdun
Pour une copie de Mr le prince de Conty                     
Pour trois tetes de Mr le prince de Conty ébauchées
Deux en buste du même prince                                   
Une copie de Mr le prince de Conty en petit en pied
Fini deux tetes de Mr larchevecque de Rouen
Plus une copie du Roy armé                                        
Plus finy deux autres copies du Roy                            
Plus deux de Mr le prince de Conty
100
16
36
32
35
24
15
30
18
30
40
60 
 1699

L’habit de Mr Le grand prevost
Fini la cuirasse et les mains de Mr de vandôme
Retouché des copies de Monseigneur
Celuy de Mr le Comte d’Epinat
Un petit portrait de Monseigneur en petit
Travaillé 3 jours au portrait de Monsieur le prince de la sisterne
Pour une Copie du Roy en pied
Pour une Copie de Mr de Gundenleu
L’habit de Mr de Guiscard

3
14
18
25
40
12
100
50
80

  

 


[1] Pour la période espagnole de Ranc, on se rapportera aux nombreux travaux de Yves Bottineau et de Juan J. Luna, dont le catalogue El arte en la corte de Felipe V (Fondation Caja Madrid, 2002, p. 157-172) offre un bon résumé.

[2] Voir Stéphan Perreau, « Les années parisiennes de Jean Ranc », L’Estampille l’objet d’art, janvier 2012, p. 66-74

[3] Ms. 624, f° 10 v°, 1694 (« une du Roy pour mr Rancq le père », 40 L).

[4] Perreau, 2012, op. cit., p. 71. Xavier Dejean, dans le catalogue d’une exposition au musée Fabre de Montpellier en 1979, a prêté, à tort selon nous, un retour de Jean Ranc dans sa ville natale en 1702-1703. La démonstration, qui ne repose sur aucune source précise, fut faite pour corroborer la datation d’un portrait attribué au peintre de l’intendant de Languedoc, Lamoignon de Basville (Montpellier, musée Fabre. Inv. 828-3-2). Mais cette légende a été reprise longtemps après lui. D’ailleurs, en 1994, Antoine Schnapper rejoignait l’hypothèse en voyant Jean Ranc dans l’un des peintres nommés le 5 juillet 1703, pour l’expertise de la collection de tableaux léguée par le peintre Samuel Boissière à l’hôpital général de la ville de Montpellier (Curieux du Grand Siècle, p. 422). Le document d’archive cité, qui n’est qu’une copie d’un original perdu, ne cite pourtant que le nom de Ranc, sans aucun prénom ni titre (AH, 3HDT B49). Selon nous, il s’agit bien plus probablement du père, Antoine (qui ne meurt qu’en 1716), sans doute le plus qualifié pour mener une telle expertise (Guillaume Ranc, le fils cadet, étant pour sa part trop jeune).

[5] Montaiglon, 1875-1892, III, 306.

[6] Huile sur toile, H. 130 ; L. 98,5 cm, lot. 50. Voir Stéphan Perreau, « Jean Ranc, œuvres méconnues ou retrouvées », Les Cahiers d'Histoire de l'art, Paris, 2016, p. 16-25.

[7] Manuel José de Castro Noronha Sousa e Ataíde, 8e comte de Monsanto (1666-1742).

[8] Correspondance de Portugal, vol. LXIV, fol. 71, 22 mars 1729 ; fol. 110, 131. Cité dans Roland Francisque Michel, Les Portugais en France, les Français en Portugal, Paris, Guillard, 1882, p. 50.

[9] Huile sur toile, H. 94 ; L. 75. Ancienne collection de S.A.I. la princesse Mathilde en son hôtel de la rue de Berry à Paris ; sa vente, Paris, hôtel Drouot, 17-21 mai 1905, lot. 45.

[10] Montpellier, musée Fabre.

[11] Huile sur toile, H. 335 ; L. 270. Madrid, musée du Prado. Inv. P.2326.

[12] Liste des noms et adresses de Messieurs les Officiers de l’Académie Royale de Peinture et Sculpture, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, ms. 21. Il en est de même jusqu’en 1708.

[13] « Rigaud étoit venu loger dans la rue Coquillière, au coin de la rue des vieux Augustins, chez un Notaire » (Nougaret, op. cit.). Il s’agissait de l’adresse du notaire Nicolas-Charles de Beauvais (1664-1724), qui possédait deux maisons à portes cochères (n° 11 et 12 de la rue). Rigaud testa justement dans son étude de 1707 à 1724. Voir Stéphan Perreau, « Hyacinthe Rigaud et Marie Grisy ou l’art de l’aumône », 15 août 2011, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com.

[14] Paris, archives nationales, ét. XCVI, liasse 200 (cité par Daniel Wildenstein, 1966, p. 127).

[15] Huile sur toile, H. 94 ; L. 83. Stockholm, National Museum. NM 2770. Les neveux et nièces de Perpignan et de Collioure, enfants de sa sœur Clara Rigaud-Lafita, ne furent pas oubliés, mais leur éloignement ne permit pas à Hyacinthe de leur témoigner son attachement autrement que par différents legs particuliers.

[16] Paris, arch. nat, MC, ET/XCV/63. Furent exclus de ce legs les tableaux « en bordure ».

[17] Paris, archives du ministère des Affaires étrangères, section Espagne, Correspondance politique, t. 307, f° 93.

[18] Ibid., f° 159.

[19] Rigaud mit l’aîné des enfants Ranc, Antoine Jean-Baptiste (1717-1756), en pension chez Joseph François Maitrot, prêtre, docteur en Sorbonne et chanoine de l’église royale et collégiale de Sainte-Croix d’Étampes. Le peintre souhaita lui léguer ses ouvrages de piété « propres à former un parfait chrétien », mais le jeune homme rejoignit ses parents à Madrid et devint garçon de la chambre du roi en 1747 (et ne devint pas ingénieur, contrairement à ce qu’a fait penser une inversion, survenue dans la note 8 de notre article de 2012). Antoine Jean-Baptiste se fera néanmoins enterrer dans la capitale madrilène, en habit de moine séraphique de Saint-François (Paris, archives nationales, ét. CXII, liasse 714). Rigaud fut également le parrain de Hyacinthe (1718-1720) et de Hyacinthe Joseph qui, avec Antoine Jean-Baptiste et Claude, restèrent à Paris au départ de leurs parents pour Madrid (la petite Marguerite Élisabeth (1719-av.1722) était probablement déjà décédée). Jean-Baptiste Madeleine (1727-1757), naquit à Madrid et revint en France où il fut ingénieur du roi, comme son oncle Jean-Baptiste Ranc (1685-1757), établi à Saint-Quentin dans l’Aisne. Il mourut à Privat, en Ardèche. Marguerite Antoine (1729-1803), qui devait épouser à Paris Benoît Antoine Soldini (v.1714-v.1784), commis du secrétaire général des postes, naquit aussi à Madrid, suivie quelques années plus tard, à Séville cette fois, de Hyacinthe Guillaume (1732-v.1740), dernier rejeton de la famille. Contrairement à ce que le catalogue raisonné de l'œuvre de Rigaud, publié aux étidions Faton en 2016 laisse à penser, aucun historien ne soupçonnait jusqu'à récemment l’existence de cet enfant, lequel est cité in extenso dans le testament inédit de Jean Ranc que nous avons redécouvert en 2011 dans les archives de Madrid (Stéphan Perreau, Hyacinthe Rigaud, catalogue concis de l'œuvre, 2013, p. 53, note 69).

[20] Inventaire après décès de Marie-Marguerite Caillot, veuve de Gaspard Rigaud (Paris, Arch. nat., MC, ET/XIII/259, 17 décembre 1737).

[21] Des lettres données à Perpignan le 25 septembre 1724 par les consuls de la ville accordèrent aux descendants de Hyacinthe Rigaud la possibilité d’être reçus chevaliers de Malte et de jouir des privilèges de nobles et gentilshommes, conformément à un article des recteurs de la religion de Malte du 14 juin 1721. Un exemplaire de ces lettres était d’ailleurs inventorié dans les biens de Marie-Marguerite Caillot.

[22] L’abbé Maitrot, qui assista à l’inventaire déclara que les instruments de musique « font partye de la réclamation par luy faitte comme le clavecin appartenant à ladite Dame Ranque et la basse de violle à ses deux enfans ». Rastoin demeurant rue Saint-Martin, fut juré de la communauté des « faiseur d’instruments » dès le 23 juillet 1692 (Paris, Arch. nat. Y 9322). Son fils, Jacques, fut également facteur et fut reçu maître en 1747 (ibid., Y9326). Voir Colombe Verlet, « Les facteurs de clavecins parisiens », Société française de musicologie, 1966, p. 62. James-Sarazin, dans la publication de l'inventaire après décès de Rigaud en 2009, lisait fautivement « Rastont » sans identifier le facteur (James-Sarazin, 2009/2, p. 88).

[23] Cinquième testament, op. cit. Les autres figures en plâtre, notamment d’après l’Antique, devaient revenir à son filleul Collin de Vermont.

[24] Sixième testament du 11 février 1731 (Paris, Arch. nat., MC, ET/LIII, 256).

[25] Paris, Arch. nat., MC, ET/XCV/79.

[26] Jusqu’à notre publication de 2012, on estimait la mort de Hyacinthe Rigaud, fils de Gaspard, avant 1738, date à laquelle son oncle réglait par testament les dettes du défunt Antoine Hanique (m. 1721), marchand rue Saint-Honoré (8e testament, Paris, Arch. nat. MC., ET/LXXIX/21, 21 avril 1738). Une lettre de Jean Ranc, écrite à Madrid le 23 juillet 1725, prouve que le jeune homme, « bourgeois de Paris » sur la paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, qui était encore vivant à l’automne 1724, disparut avant l’été de l’année suivante : « Ranc, prend la liberté d’Informer vos Majestez que les copies des Portraits de Monseigneur le Prince et de Madame l’Infante ne peuvent estre achevées avant leur départ, il les a mis en estat de pouvoir se passer des originaux. Il supplie très humblement Vos Majestez qu’il puisse les emporter à Madrid où il les achevera, et ou des affaires de famille, par la mort du frère de sa femme, demanderoit qu’il s’y rendit. Il prend aussi a liberté de remontrer à Vos Majestez, que le voyage de sa femme dans ce païs, et la dépense de se meubler, luy ont consommé entièrement ce qui luy restoit d’argent. » (Madrid, Archives du Palais royal, dossier personnel de Jean Ranc, carton 868, dossier 18).

[27] Paris, Arch. nat., MC, ET/LIII, 237. En 2009, lors de la rétrospective perpignanaise « Rigaud intime », organisée au musée Rigaud sous le commissariat général d'Ariane James Sarazin, la date du décès de Marguerite Élisabeth demeurait inconnue, tout comme celle de son inventaire après décès ainsi que la majeure partie de la généalogie de ses enfants. Il en était de même, la même année, dans le Bulletin de l'histoire de l'art français ayant pour sujet la publication inédite de l'inventaire après décès de Rigaud retrouvé par l'historienne dans les années 1990 (p. 140). Le récent catalogue raisonné de l'œuvre de Hyacinthe Rigaud, aux éditions Faton, reprend à son compte la date de décès de la veuve Ranc en analysant son inventaire après décès, sans citer que la source inédite de ces informations provenait de nos publications de 2012 et 2013.

[28] Décès de Marguerite Élisabeth Rigaud, veuve de Jean Ranc, au couvent des filles de L’assomption, rue Saint Honoré, 9 mars 1772 (Archives nationales : S 4623 à 4638. Filles de l’Assomption, rue Saint-Honoré. 1293-1791). Avis d’enterrement le 13 mars « De Mad. Marguerite Elisabeth Rigaud, pensionnaire du Roy d’Espagne, veuve de M. J. Ranc, 1er peintre du roi d’Espagne, de l’Académie Royale de Peinture & de Sculpture, décédée à l’Assomption. A S. Roch. Annonces, affiches et avis divers, Paris, 1772, p. 240.

[29] Paris, archives nationales, ét., CXVI, 453.

[30] Paris, Arch. nat. MC, ET/LIII/275.

 

 

 

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan