BOSSUET Jacques Bénigne

Catégorie: Portraits
Année : 1702

 

PC.903

Âge du modèle : 75 ans

Huile sur toile
H. 240 ; L. 165.
Paris, musée du Louvre. Inv. 7506

Signature de Rigaud sur la tranche d’un livre : « Peint par Hyacinthe Rigaud, 1702 »

Signature de Charles Sevin de La Penaye sur un signet débordant d’un livre : « Sevin ».

Historique :

Peint entre 1699 et 1705 ; paiement final mentionné dans les livres de comptes en 1705 pour 2000 livres (ms. 624, f° 24 : « [rajout :] M[onsieu]r Bossuet, Évêque de meaux, en pied ») ; tête peinte sur une toile indépendante, fixée sur la grande toile ; peint en collaboration avec Charles Sevin de La Penaye (1686-1749) ; collection Bossuet ; collection de l’abbé de Savigny puis évêque de Troyes, son neveu ; par héritage à Mme Chazot, nièce du modèle ; collection comtesse de Choiseul ; collection du président de Labriffe père et fils ; sa vente après décès de décembre 1788 ; acquis à cette date par Barthélémy Mercier de Saint-Léger, bibliothéquaire de Sainte-Geneviève (1606 livres) ; légué par lui cette même année à l’archevêque de Paris, Antoine Éléonore Léon Le Clerc de Juigné (1728-1811) ; à la Révolution, le portrait fut enlevé de l’archevêché et passa dans la collection Crawford ; en 1821, il fut acquis par le musée du Louvre pour la somme de 5000 frs. 

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 118 ; Hulst/3, p. 181 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 45 v°, n° 8 ; ibid. VII, f° 10 ; Dezallier d’Argenville, 1745, II, p. 415 ; Lelong, 1775, p. 152, n° 12 ; Fontenai, 1776, I, 528 ; Ledieu (Guettée), 1856, I, p. 152, 245-246 ; ibid., IV, p. 27 ; Duplessis, 1857, I, p. 185 ; Faucheux, 1884, p. 123 ; Griselle, 1898, p. 12-25 ; Griselle, 1902, p. 49-53 ; Gallenkamp, 1956, p. 202-203 ; Roman, 1919, p. 104, 105, 110, 112, 116, 125, 128, 136, 140, 141 ; Roux, VII, 1951, n° 79-80, p. 149 ; Rosenberg, Raynaud et Compin, 1974, n° 722, p. 83, 215 ; Rosenfeld, 1981, p. 112 ; O’Neill, 1984/1, p. 680 ; Constans, 1995, II, p. 834, n° 4716 ; Brême, 2000, n° 1, p. 3, 17-19, 21-22, 60-61 ; James-Sarazin, (1999), 2003, p. 320 ; Perreau, 2004, p. 99-1101 ; Kerspern et Maillard, 2004, p.  96 ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 86-87, 220, 226, 228, 238 ; ibid. II, p. 323-325, cat. P. I-Dr. n° 29 ; Perreau, 2013, cat. PC.903, p. 194.

Œuvres en rapport :

  • 1. Copie en buste par La Penaye. H. 63 ; L. 52. Versailles, musée national du château. Inv. 7565, MV2923, LP 4003. Don de l’Académie Française en 1839. En dépôt à l’Institut de France. Inscription dans un bandeau au bas de la toile : « J. B. Bossuet. 1671. » Signature au dos : « Sevin / peint par Hyacinthe. » Voir Constans, 1995, II, p. 834, n°4716.
  • 2. Esquisse pour le tableau du Louvre d’après Rigaud (?). Huile sur toile. H. 70 ; L. 47. Vente, Paris, 16 avril 1907. Peut-être la même toile que celle de l’ancienne collection Carton, vendue à Paris du 28 au 31 décembre 1925 (dimensions légèrement différentes : H. 70 ; L. 51.
  • 3. Pierre noire, estompe, rehauts de craie blanche et de gouache blanche, sur papier bleu mis au carreau. H. 42,8 ; L. 29,1. Meaux, musée Bossuet. Inv. 99.1.1. Ancienne collection Hyacinthe Collin de Vermont ; sa vente du 2 janvier 1762, n°71 [« plus un autre dessin, portrait de mr Bossuet qui a servi de modèle pour le graver par mr Rigaud vendu 135 livres à mr. Will »] ; acquis par le graveur Johann Georg Wille ; par héritage à son fils, Pierre-Alexandre (1748-1821) ; vente de la collection vers 1818 ; coll. Portelet, chef du bureau à la direction des Ponts et Chaussées ; sa vente Paris, 7-9 décembre 1840, lot 159 (au dos un autographe de Portelet et de Wille le fils certifiant la provenance) ; coll. Auguste Simon ; sa vente, Paris, 10-15 mars 1862, lot 54 ; Vente Paris, Hôtel Drouot (étude Tajan), 18 mai 1999, n° 26 (ill. p. 9 du catalogue) ; acquis par le musée. Voir Mireur, 1912, p. 265 ; Wille, 1857, p. 185 ; O’Neill, 1984/1, p. 680 (note 2) ; James-Sarazin, 1997, p. 183 ; Brême, 2000, n°1, p. 3, 21-22, 60, repr. p. 20 ; James-Sarazin, (1999), 2003, p. 320, note 89, repr. p. 320, fig. 11.
  • 4. Pierre noire, estompe, encre noire, rehauts de craie blanche et de gouache blanche sur papier chamois, collé en plein d’après Rigaud. H. 48 ; L. 32,5. Paris, collection particulière. Voir Brême, 2000, n°4, p. 61, repr. p. 21. Porte le nom de Pierre-Imbert Drevet sur le montage.
  • 5. Pierre noire d’après Rigaud, v. 1704, L. 19,9 ; L. 15 cm. Loc. inc. (vente Monaco, Sotheby’s, 2 décembre 1988, lot 332 [d’un carnet de 74 dessins ad vivum]).
  • 6a Gravé par Pierre et Pierre-Imbert Drevet en 1723, « figure en pied. Vêtu du grand habit de docteur-évêque, d’après un tableau de dix pieds de haut. » H. 51,2 ; L. 34,2. En marge de part et d’autre d’un médaillon aux armes : « JACOBUS BENIGNUS - BOSSUET EPISCOPUS / Meldensis Comes Constorianus, antea Serenissimi Delphini - praeceptor, et primus Serenissimae Ducis Burgundiae Eleemo- / -synarius. Natus 27a. Septembris an. 1627. obiit 12a. Aprilis 1704. / Hanc Effigiem, aeternum amoris ac venerationis monumentum incidi curavit - Jacobus Benignus Bossuet Episcopus Trecencis ex fratre nepos. » Sur le dos d’un volume posé verticalement : « Peint / par H / Rigaud. » Sous le trait carré, de part et d’autre du médaillon central : « Hyacinthus Rigaud pinxit - Petrus Drevet sculpsit 1723. » Sur un signet dépassant d’un livre à terre : « gravé / par P. / Drevet f. s. » Cinq états connus. Le musée Bossuet de Meaux conserve également la planche de cuivre ayant servi à l’estampe de Drevet. H. 51,4 ; L. 35,1. Achat avant 1938. Voir Brême, 2000, n°6, p. 61, repr. p. 22.
  • 6b. Gravé par Charles Roy dans un ovale de pierre. Sur le socle de part et d’autre : « Hyacinthe Rigaud pinxit. / ADPR – C. Roy Sculp. »
  • 6c. Gravé par Étienne Ficquet : « Ce magnifique portrait n’est pas moins rare que le précédent [celui de Boisleau], soit avant la lettre, soit avec la lettre, la planche ayant été détruite après le tirage de quelques épreuves » nous avoue Portalis qui poursuit en citant une note éditoriale de la veuve Renouard, éditrice du catalogue raisonné des oeuvres de Ficquet par Faucheux (1864) : « J’en ai sauvé quelques épreuves au moment où Ficquet allait en allumer sa pipe. Il avait de l’humeur contre ce portrait, et voulait n’en point laisser de traces, parce qu’il en avait crevé la planche à force de refaire et d’effacer. » Portalis ajoute : « […] la franchise de son exécution fait penser à la tête du portrait de Pierre-Imbert Drevet. »
  • 6d. Gravé par Étienne Jehandiers Desrochers, vers 1744.

Copies et travaux :

  • 1703 : « Une de Mons[ieu]r l’évêque de Meaux p[ou]r m[onsieu]r l’abbé [Le] Dieu » pour 50 livres (ms. 624, f°22).
  • 1703 : Fontaine reçoit 14 livres pour une « copie de M[onsieu]r l’évêque de Meaux » (ms. 625, f°15 v°).
  • 1704 : Bailleul reçoit 30 livres pour avoir « ébauché l’habit de M[onsieu]r l’évêque de Meaux » (ms. 624, f°16).
  • 1706 : « Trois coppies de l’évêque de Meaux p[ou]r M[onsieu]r l’abbé Bossuet, une pour M[onsieu]r l’évêque de Fréjus, l’autre p[ou]r M[onsieu]r l’évêque de Mirepoix et la troisième p]ou]r le P[ère] de la Rue » pour 300 livres (ms. 624, f°23 v°).
  • 1705 : Legros réalise « un autre [buste] de M[onsieu]r l’évêque de Maux » pour 16 livres (ms. 625, f°19 v°).
  • 1707 : Beilleul passe « cinq jours au bureau de M[onsieu]r de Meaux » et reçoit 14 livres (ms. 625, f°23).
  • 1708 : « Une de M[onsieu]r l’évêque de Meaux p[ou]r m[onsieu]r l’évêque de Valence » pour 75 livres (Ms. 624, f°28 v°).
  • 1708 : Monmorency reçoit 10 livres pour « une coppie du buste de M[onsieur] l’évêque de Meaux » (ms. 625, f°24). 

Si l’on se fie aux différents témoignages écrits relatant la genèse de ce vaste portrait, seconde effigie de Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), après un premier peint en 1698, il semble que l’artiste ait entamé son œuvre dès 1699 : « Un des ouvrages qui lui fit le plus d’honneur est le portrait du docte et célèbre évêque de Meaux, qu’il a peint en 1699. Le tableau a dix pieds de hauteur et est large en proportion. La figure de ce prélat est habillée de ses habits pontificaux, dans un cabinet au milieu de divers ouvrages qu’il a composés. Le portrait de ce grand homme est chez son neveu M[onsieur] l’abbé Bossuet. Quelques années auparavant, Rigaud l’avoit peint en buste. Ce portrait est à Florence, au cabinet de M[onsei]g[neu]r le grand duc. »

Henri van Huslt, dans son catalogue de l’oeuvre gravée d’après le catalan, semble confirmer les dires de l’artiste : « Peint en 1699, la tête s’entend, et le tout achevé en 1705. » Certes, les livres de comptes de Rigaud ne référencent les premiers travaux qu’à partir de 1703, mais les commentaires du secrétaire de Bossuet, l’abbé Ledieu, précieux à plus d’un titre, semblent quant à eux, faire remonter la confection de la tête de l’évêque à 1701. L’année précédente, nous l’avons vu, le modèle s’était rendu chez l’artiste pour faire retoucher deux copies du buste de 1698, pour divers commanditaires.

À trois heures de l’après midi du 2 novembre 1701, Rigaud, et contrairement à ses usages casaniers, accepta de se rendre à Meaux, mais dans le carosse du prélat, afin de fixer ses traits sur une petite toile qu’il fixera ensuite sur une plus vaste « en pied, revêtu de l’habit d’église d’iver », dans l’intimité de son atelier. Peut-être même coucha-t-il à Germiny avec toute la famille Bossuet car le lendemain il poursuit son travail devant l’assemblée admirative et, selon Ledieu, met son ouvrage dans la dernière perfection le dimanche 6 novembre de sorte que « tout le monde en est dans l’admiration ». Le travail se poursuivit ensuite à Paris, dans l’atelier, avec l’aide de plusieurs artistes. Le fait que, dès 1703, plusieurs copies aient été réalisées en buste, il n'est pas aisé de déterminer à quelle toile correspondent les différents travaux inscrits aux livres de comptes. Ainsi, l’ébauche du vêtement par Bailleul en 1704, suivit de celui de Delaunay correspondent-ils à la toile originale ou aux copies ? La présence de la signature de La Penaye, sur la toile même aux côtés de celle du maître, tend à accréditer la seconde thèse. Si le travail de La Penaye n’est pas répertorié in extenso dans les livres de comptes, il semble que Rigaud ne laissa le soin de travailler sur l’original qu’à un aide de confiance et à qui il fit l’honneur d’accepter la signature. À moins que La Penaye ait oeuvré beaucoup plus tardivement, lors d’une restauration par exemple… Enfin, si Bailleul semble avoir travaillé en 1707 à la confection du bureau, c’est-à-dire la table sculptée que l’on voit à droite, il n’est pas possible qu’il s’agisse de celui de la toile originale ; cette dernière étant achevée depuis 1705, comme le prouve un passage des mémoires de Ledieu, en date du 17 novembre 1706 : « L’abbé Bossuet a fait apporter une grande partie des livres de la bibliothèque de Meaux […]. Cela fait un cabinet d’une belle parure, d’autant qu’on y doit mettre le grand portrait de feu M. de Meaux peint de son haut. »

Le succès de l’effigie, toute d’emphase royale, doit également avouer sa dette à l’extraordinaire gravure réalisée à partir de 1723 par les Drevet père et fils. Mariette considéra pourtant rapidement la planche comme un « chef-d’oeuvre du graveur [Pierre-Imbert Drevet] comme le tableau l’est du peintre. Son père eut la faiblesse de faire marquer cette Estampe P. Drevet tout court comme si elle eut été de luy. Le jeune homme ne pu résister au sentiment de Reclamer ses droits et a marqué son nom sur le signet d’un des livres qui sont a costé et en caracteres presqu’imperceptibles ». De même, le récit de Gori Gandinelli Sanese à la fin du XVIIIe siècle, témoignait déjà des prix très élevés de l’estampe : « le portrait de Monseigneur Bossuet évêque de Meaux, se vend à Paris à un prix exorbitant, étant un prodige de l’Art ». La lettre que Barthélemy Mercier de Saint-Léger (1734-1799), responsable de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, écrivit le 3 décembre 1788 et qui fut publiée dans le Journal de Paris le 7 décembre suivant puis, dans la Revue Bossuet en 1901, atteste de la célébrité de la composition :

« Jeudi dernier, Messieurs, à la vente de feu M. le Président de la Briffe, je fis l’acquisition du portrait original de Bossuet, peint en 1702 par Hyacinthe Rigaud. Ce superbe tableau, dont la gravure par Drevet est si connue, a 7 pieds 2 pouces de haut sur 5 pieds 1 pouce de large ; il a successivement appartenu à Mme Chazot, nièce de Bossuet ; à la comtesse de Choiseul et à MM. De la Briffe père et fils. Il m’a été adjugé pour 1606 liv., et je viens de le céder à M. L’Archevêque de Paris [Antoine Eléonore Léon Le Clerc de Juigné (1728-1811)], qui a eu la noble idée de donner asyle, dans son palais, à l’image de l’aigle de Meaux, l’un des évêques de France le plus distingué par l’éminence de ses talents et par l’usage qu’il en fit pour la gloire de la religion. Ce portrait est certainement un des plus beaux qui soient sortis de la main de Rigaud ; la tête est pleine d’expression ; l’architecture et les draperies qui en terminent le fond présentent une composition noble, un dessin correct, une couleur brillante ; il me semble que les amateurs apprendront avec plaisir qu’un morceau de cette importance est aujourd’hui placé à l’archevêché, où ils pourront en jouir avec plus de facilité que chez aucun particulier. »

Récemment acquise par le musée Bossuet de Meaux, la superbe feuille dessinée, correspondant en tout point au tableau, est probablement l’une des plus abouties de l’artiste. On en connaît assez bien l’historique grâce au Journal du graveur Johann-Georg Wille (1715-1808) qui mentionne l’achat du dessin (2 janvier 1762) : « J’ay exposé chez moi le dessein original fait par M. Rigaud pour la gravure du beau portrait de Bossuet évêque de meaux, chef-d’oeuvre de M. Drevet, le fils. J’ay fait l’acquisition de ce magnifique dessein en vente publique, provenant de la succession de M. Rigaud. Il m’a été fort disputé par les curieux et amateurs. On m’en a offert aujourd’hui trois cent livres, mais je ne le donnerais pas pour le double, car il me fait plaisir ». En effet, ces dessins passés par héritage entre les mains d’Hyacinthe Collin de Vermont, filleul et élève de Rigaud, furent mis en vente à sa mort en 1761. Le lot 71 consistait en un « paquet de desseins de portraits très finis aux crayons noirs & blanc, & lavés par M. Rigaud, qui ont servi pour graver ses tableaux ».

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan