LOUIS XIV

Catégorie: Portraits
Année : 1701

 

P.695

Âge du modèle : 63 ans

Huile sur toile
H. 279 ; L. 190.
Paris, musée du Louvre. Inv. 7492.

Sign. r° sur le phylactère du socle de la colonne : « Peint par Hyacinthe Rigaud en 1701 ».

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1701 (ms. 624, f° 18 v° : « Le Roy et le Roy d’Espagne, et une coppie du portrait du Roy de la même grandeur que l’origal pour sa Majesté Catholique - le tout » 26 000 livres) ; Salon de 1704 (« Le portrait du roi en pied »). 

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 118-119 ; Monicart, 1720, I, pp. 279-280 ; Hulst/3, p. 182 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 46 v°, n° 31 et VII, f° 11 ; Lacombe, 1769, II, p. 402-416 ; Basan, 1767, p. 174 ; Lelong, 1775, p. 196, n° 121 ; Fontenai, 1776, I, 527  ; Strutt, 1785-1786, P. Dr., I, p. 262 ; Journal du marquis Dangeau, VIII , p. 53, 295 ; Guiffrey, 1896, IV, p. 827 ; Engerand, 1900, I, p. 463-464, 561, 620 ; Soulange-Bodin, 1914, p. 6-49 ; Roman, 1919, p. 83, 84, 85, 95, 96, 97, 98, 99, 105, 106, 109, 110, 111, 112, 117, 118, 119, 124, 125, 126, 127, 129, 134, 136, 140, 142, 143, 153, 155, 159, 167, 170, 172, 173, 174, 179, 192 ; Brière et Communaux, 1924, p. 222, n° 781 ; Maumené et d’Harcourt, 1931, XVI, p. 91-95 ; Gallenkamp, 1956, p. 204-205 ; Rosenberg, Reynaud, Compin, 1974, II, p. 83, n° 721, p. 215 ; Luna, 1978, p. 191 ; O’Neil, 1984, p. 681-682 ; Ahrens, 1990, p. 19 ; Levey, 1993, p. 4 ; Constans, 1995, II, p. 756 (n° 4266), p. 757 (n° 4269), p. 759 (n° 4278), p. 764 (n° 4307 et n° 4310) ; Posner, 1998, p. 79-89 ; Salmon, 1999, p. 51 ; Brême, 2000, p. 25 ; Perreau, 2004, p. 100-104 ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 29-31, 77-78, 162-163, 188-189, 220 ; ibid. II, cat. P. Dr. n° 21 ; Brême & Lanoe, 2013, p. 79 ; Perreau, « Louis XIV peint par Rigaud : le portrait en majesté », [en ligne], 19 février 2013, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com ; Perreau, 2013, cat. P.695, p. 159-160.

Œuvres en rapport :

Très nombreuses répliques en pied, buste et à mi-corps, dont la liste est donnée par Charles Maumené et Louis d’Harcourt en 1931. Parmi les plus significatives :

  • 1. Réplique autographe. Huile sur toile. H. 276 ; L. 194. Versailles, musée national du château. Inv. 7494, MV2041, MR 2401, Collection de la couronne, entré à Versailles sous Louis Philippe. Voir Constans, 1995, II, p. 757, n°4269. Exposé dans le salon d’Apollon du château. Signé et daté dans le phylactère, sur la base de la colonne : « Peint par Hyacinthe Rigaud en 1701 ». 
  • 2a. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 105 ; L. 152 (copie tronquée aux genoux), Versailles, musée national du château. Inv. 7530, MV103, B 2061 (en dépôt au musée de Cambrai), ancienne collection, entré à Versailles sous Louis-Philippe. Voir Constans, 1995, II, p. 756, n°4266. 
  • 2b. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 131 ; L. 97. Versailles, musée national du château. Inv. 7523,  MV3563, LP 1684 (copie exacte de l’atelier), achat de Versailles à la vente du château de Mesnières en 1834. Voir Soulié, 1880, n°3563. Voir Constans 1980, n°5605 ; Constans, 1995, II, p. 759, n°4278. 
  • 2c. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 177 ; L. 126 (copie au cadrage plus serré), Versailles, musée national du château. Inv. 7527, MV5552, MR 1677. Ancienne collection.Voir Constans, 1995, II, p. 764, n°4307. 
  • 2d. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 157 ; L. 126 (copie au cadrage plus serré et à la cuisse), Versailles, musée national du château. Inv. 7525, MV6320, B 2064. Ancienne collection (anciennement chantourné, L. anc. 110 cm). En dépôt à Marly. Voir Constans, 1995, II, p. 764, n°4310. 
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 49,3 ; L. 36. Chantilly, musée Condé. Inv. PE 335. Signé en bas à gauche (apocryphe) : H. RIGAUD. Vente Bernal, Londres, 15 mars 1855, lot 677 ; inventaire de Twickenham (1853-1872), école française n°164 (« Rigaud, Portrait en pied de Louis XIV ») ; acquis à cette vente par le duc d’Aumale (n°117) ; donation au musée Condé sous réserve d’usufruit. Passe pour être le modello du tableau du Louvre. Bibl. (cat.) : Noël, 1891, p. 97, n°101 ; Gruyer, 1898, n°86, p. 206-206 ; Gruyer, 1899, n°335 ; Gruyer, 1900, n°86 ; Macon, 1925, p. 226 ; Maumené & Harcourt, 1931, p. 97 ; Châtelet, 1970, n°137 (repr.) ; cat. Peintures. FSE n°137. 
  • 4. Pierre noire, plume, encre de Chine, rehauts de lavis gris et gouache blanche par Jean-Marc Nattier d’après Rigaud. H. 63,5 ; L. 48,9. Phœnix, Art Museum. Inv. 65.62. Anc coll. Collin de Vermont (?) ; sa vente, 14 novembre 1761, n° 71 ; coll. B. de Bury ; Don de M. et Mme John Pritzlaff en 1965. Voir Salmon 1999, p. 51, repr. fig. 1. Ce dessin correspondant, au tableau de Rigaud, a été exécuté par Jean-Marc Nattier (1685-1766), préparatoire à la gravure de Drevet qui devait transposer la toile de Rigaud (P.700). 
  • 5. Pierre noire attribuée à Jean-Baptiste Van Loo (1684-1745) d’après Rigaud. H. 43,6 ; L. 39,3 (octogonal). Chantilly, musée Condé. Inv. DE PD 460. Hist : Coll. Henri d’Orléans, duc d’Aumale (sa marque en bas à gauche : L.2779). Entré au musée en 1886. 
  • 6a. Gravé par Pierre Drevet vers 1714-1715, ou 1712 selon Hulst, « figure en pied et debout vêtue du grand habit royal. Estampe de la grandeur de la feuille entière de papier grand aigle », grâce au dessin de Nattier. H. 77,7 ; L. 51,7. Sous le cadre au centre : « Louis Le Grand ». A droite : « Hyacinthe Rigaud pinxit » ; et à gauche : « P. Drevet sculp ». 
  • 7. Huile sur toile d’après Rigaud (en pied). H. 128 ; L. 98. Orléans, musée des Beaux-arts. Inv. 769A. Entré au musée en 1840 par don de M. Demadières-Miron, ancien directeur du musée, après avoir été transféré de la Préfecture du Loiret en 1825, en dépôt au château de Chamerolles. Cat. 1828 (n°32), Cat. 1843 (n°301), Cat. O’Neill (p. 126, n°159), Cat. Orléans, 2002, p. 163, n°182, repr. couleur.
  • 8. Huile sur toile d’après Rigaud (à mi-corps). H. 145 ; L. 113. Beaune, hôtel-Dieu. Inv. 87 GIID 0302. Acheté 600 livres en 17… par Hugues Pothier de Fougy, garde du corps de Louis XV ; Donné aux hospices de Beaune le 23 avril 1891 par Mr Grandpré, secrétaire des hospices, arrière petit-fils du précédent. Selon lui, le revers de la toile d’origine portrait l’inscription P. Mignard P. 1672 (archives de l’hôtel-Dieu II N 5).
  • 9. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 88 ; L. 72. Colmar, musée Unterlinden. Inv. 88. R.P.416. Don Henri Lebert (père) à la Société Littéraire de Colmar, 1839. Cat. 1850, p. 75, n°212 ; Cat. 1866, p.64, n°177 ; B.S.S., 1893-1902, p.39.
  • 10. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 139 ; L. 107. Orléans, musée des Beaux-arts. Inv. 762 (cadré à la taille), en provenance de l’évêché d’Orléans, dépôt de l’Etat en 1911. Cat. O’Neill, 1980, n°154.
  • 11. Huile sur toile d’après Rigaud (à mi-corps). H. 130,5 ; L. 97,3. Schleiβheim, Staatsgalerie im Neuen Schloss (Bayerische Staatgemäldesammlungen). Inv. N°3229. Rosenberg & Mandrella, 2005, n°990, p. 170-1. repr.
  • 12. Huile sur toile d’après Rigaud (en pied). Dimensions inconnues. Salle du conseil du château de Herrenchiemsee.
  • 13. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 92 ; L. 73. Dijon, musée des Beaux-arts. Inv. (?). Cat. Dijon 1883 (n°453) ; cat. Dijon 1968 (n°318) ; entré au musée en 1799 en provenance de la collection Périgny à Dijon.
  • 14. Huile sur toile d’après Rigaud (en pied). H. 222 ; L. 152. Agen, musée Ingres. Inv. MI.93.1.1, cat. N°163, déposé par la Société archéologique de Tarn-et-Garonne le 6 janvier 1967 (étiquette au dos) en même temps qu’un portrait de Louis XV d’après Louis-Michel Van Loo (n°198) sans être enregistré.
  • 15. Huile sur toile d’après Rigaud (en pied). H. 163 ; L. 100. Florence, Gallerie des Offices. Inv. 2759, restauré en 1890. Voir P. Rosenberg, Pittura francese nelle colleczioni pubbliche fiorentine, Firenze, 1977.
  • 16. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 80 ; L. 63. Vente Paris, Tajan, 6 décembre 2002, lot 25.
  • 17. Huile sur toile d’après Rigaud (en pied). H. 286 ; L. 157,5, Los Angeles, The Paul J. Getty museum. Inv.70.PA.1.
  • 18. Copie d’après Rigaud (à mi-corps) dans les collections du château de Saint-Aubin-sur-Loire.
  • 19. Huile sur toile ovale d’après Rigaud (en buste). Madrid, Palais Royal, Patrimonio Nacional. Inv. ( ?). Voir El arte en la corte de Felipe V, exposition au Palais Royal de Madrid, 29 octobre 2002-26 janvier 2003, cat. II. 4, p. 445. repr.
  • 20. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 145 ; L. 114. Madrid, Palais Royal, Patrimonio Nacional. Inv. 10003066. Voir El arte en la corte de Felipe V, p. 101 (repr.), cat. III. 28, p. 106 (repr.).
  • 21. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 147 ; L. 103. Collection Monbrison. Sa vente, Paris, 13 mai 1904.
  • 22. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 148 ; L. 110. Tours, musée des Beaux-arts. Inv. 1868-3-8. Offert par Louis XIV à Pierre de Toullieu, médecin du roi ; collection Pierre de Toullieu, ancêtre maternel de Jean-Nicolas Bouilly ; collection Jean-Nicolas Bouilly (1763-1842), avocat, écrivain et dramaturge ; legs Jean-Nicolas Bouilly, juin 1842 (cat. 2008, n°123, p. 289-291, repr. p. 289).
  • 23. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 91 ; L. 72. Brünswick, Herzog Anton Ulrich-Museum. Inv. N°522. Acquis avant 1872. Dussieux, 1876 (comme Ranc ?) ; Cat. Brünswick 1900, p. 365, n°522 ; Cat. Brünswick 1976, p. 49 ; Rosenberg & Mandrella, 2005, n°981, p. 168-9, repr.
  • 24. Huile sur toile d’après Rigaud (à la cuisse). H. 156,5 ; L. 123. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie. Inv. N°1770. Don du dr. Freund de Halle en 1916. Cat. Berlin 1996, p. 103 & 568, repr. 2854 ; Rosenberg & Mandrella, 2005, n°982, p. 168-9, repr.
  • 25. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste, la main droite tronquée). H. 72,5 ; L. 59,5. Gotha, Schlossmuseum, Stiftung Schloss Friedenstein Gotha. Inv. (?). Rosenberg & Mandrella, 2005, n°985, p. 168-9, repr.
  • 26. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 90 ; L. 72. Versailles, musée national du château. inv. 7529, MV717, MR 1637, « Louis le Grand âgé de 67 ans peint en 1705 par M. Andry », en dépôt au musée des Invalides. Voir Constans, 1995, I, p. 47, n°249.
  • 27. Huile sur toile d’après Rigaud (tronqué à mi-corps). H. 156,7 ; L. 123. Berlin, Gemäldegalerie. Inv. Abb. N°2854. Don du Dr. Freund, Halle, 1916. Cat. n°1770.
  • 28. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 92 ; L. 74. Vente Paris, Rossini, 2 avril 2004, lot 15.
  • 29. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 101 ; L. 84,5. Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot (étude Tajan), 16 décembre 1996, lot 122 ; Vente Paris, Sotheby’s, 9 décembre 2005, lot 32 ; Ancienne collection Ghislain Pouvost au château du Vert Bois. Cadré jusqu’à la main gauche sur la hanche.
  • 30. Huile sur toile d’après Rigaud (en pied). H. 188,5 ; L. 170. Vente anonyme, Paris, étude Tajan, 18 décembre 1995, lot 5 ; Vente Paris, Sotheby’s, 9 décembre 2005, lot 39 ; Ancienne collection Ghislain Pouvost au château du Vert Bois. Copie relativement fidèle mais de faible qualité générale.
  • 31. Huile sur toile d’après Rigaud (en buste). H. 55,5 ; L. 46. Bern, commerce d’art (Dobiaschofsky Auktionen A.G.). Assez mauvaise copie avec inscription au dos : par Ioannen Rigaud et le numéro 92.
  • 32. Huile sur toile (tronqué en buste) par Andry d’après Rigaud. H. 90 ; L. 72. Versailles, musée national du château. Inv. 7529, MV 717, MR 1637. Signé et daté au dos : Louis le Grand agé de 67 ans peint en 1705 par M. Andry. Ancienne collection. Voir Constans, 1995, I, p. 46, n°249.
  • 33. Pierre noire attribuée à Jean-Baptiste Van Loo (1684-1745) d’après Rigaud. H. 43,6 ; L. 39,3 (octogonal). Chantilly, musée Condé. Inv. DE PD 460. Hist : Coll. Henri d’Orléans, duc d’Aumale (sa marque en bas à gauche : L.2779). Entré au musée en 1886.
  • 34. Copie réalisée en 1712 par le peintre Jacques Hellard (1664-1719), destinée à l’appartement de la duchesse de Ventadour à Versailles (voir comptes des bâtiments du roi).
  • 35. Pierre noire, plume, encre de Chine, rehauts de lavis gris et gouache blanche par Jean-Marc Nattier d’après Rigaud. H. 63,5 ; L. 48,9. Phœnix, Art Museum. Inv. 65.62. Don de M. et Mme John Pritzlaff en 1965. Voir Salmon 1999, p. 51, repr. fig. 1. Ce dessin correspondant, au tableau de Rigaud, a été exécuté par Jean-Marc Nattier (1685-1766), préparatoire à la gravure de Drevet qui devait transposer la toile de Rigaud (P.700). Sur l’exemplaire du catalogue de la vente de la collection Collin de Vermont conservé à l’INHA on note la dispersion du dessin : « un dessin de louis 14 en pied de mr Rigaut vendu 25 livres à mr de Bury » qu’on ne retrouve pas dans l’inventaire du détenteur ni dans sa succession.
  • 36. Gravé par Pierre Drevet vers 1714-1715, ou 1712 selon Hulst, « figure en pied et debout vêtue du grand habit royal. Estampe de la grandeur de la feuille entière de papier grand aigle », grâce au dessin de Nattier. H. 77,7 ; L. 51,7. Sous le cadre au centre : « Louis Le Grand ». À droite : « Hyacinthe Rigaud pinxit » ; et à gauche : « P. Drevet sculp ». 
  • 37. Huile sur toile. H. 54 ; L. 46. Collection privée. Vente Paris, hôtel Drouot, Leclere svv. 18 avril 2016, lot. 68 [expertise Stéphan Perreau] ; vente Münich, Hampel Fine Arts auction, 7 décembre 2016, lot. 1345.

Copies et travaux : 

  • 1700 : « Une du Roy p[ou]r M[onsieu]r Philibert » pour 140 livres. Peut-être le flûtiste Philibert Rébillé (1639-1717), officier de la Grande Écurie en tant que « Hautbois et musettes de Poitou ».
  • 1700-1705 : Viennot réalise « une copie du Roy en buste », « une copie du Roy en buste », « deux têtes du Roy », « deux copies du Roy en buste »  (ms. 625, f°9), « un dessein du Roy » (ms. 625, f°9 v°) et « un dessein du Roy en buste » (ms. 625, f°10 v°).
  • 1702 : Fontaine touche 10 livres pour « deux têtes du portrait du Roy » (ms. 625, f°12).
  • 1702 : Leprieur réalise « une copie du Roy en pied » pour 200 livres (ms. 625, f°12).
  • 1702 : Ménard touche 5 livres pour « une [copie] du Roy, de même [du masque] » (ms. 625, f°12), « un buste du Roy » et « la cuirasse d’une Copie du Roy » pour 5 livres (ms. 625, f°12 v°).
  • 1702 : Fontaine touche 5 livres pour « une tête du Roy », deux fois 10 livres pour quatre têtes du roi (ms. 625, f°12 v°).
  • 1702 : Bailleul réalise « un autre [habillement] d’un buste du Roy » pour 5 livres et « une Copie du Roy Jusqu’au genoux » contre 50 livres (ms. 625, f°13).
  • 1702 : Fontaine touche 15 livres pour « trois têtes du Roy », 20 livres pour « deux beustes du Roy » et 30 autres pour « une grande copie du Roy » (ms. 625, f°13).
  • 1702 : Delaunay touche deux fois 10 livres pour deux copies du roi (ms. 625, f°13 v°).
  • 1702 : Bailleul reçoit 10 livres pour « un buste du Roy » (ms. 625, f°13 v°).
  • 1702 : Delaunay touche 10 livres pour « un buste du portrait du Roy » (ms. 625, f°14).
  • 1702 : Fontaine touche 10 livres pour « une tête du Roy » et 6 livres pour « une [copie] du Roy, la tête » (ms. 625, f°14 v°).
  • 1702 : Leprieur est rémunéré trois fois 60 livres pour « une copie du Roy toille de 4 l[ivres] t[ournois] », une « autre [copie] du Roy toille 4 l[ivres] t[ournois] » et une « copie du Roy toille 4 l[ivres] t[ournois] » (ms. 625, f°14 v°). Il exécute ensuite deux bustes du roi pour 20 livres et 10 livres (ms. 625, f°15).
  • 1705 (ou 1703) : Fontaine réalise « deux têtes du Roy » pour 14 livres et reçoit 15 autres pour avoir « ébauché un portrait du Roy en pied » (ms. 625, f°15).
  • 1705 (ou 1703) : Fontainte reçoit 14 livres pour « un buste du Roy », 25 livres pour un « portrait du Roy en ovalle », 35 livres pour un « autre [portrait] en grand » (ms. 625, f°15 v°).
  • 1705 (ou 1703) : Delaunay réalise « un buste du Roy » pour 12 livres (ms. 625, f°16)
  • 1704 : Bailleul touche 12 livres pour « un buste du Roy » et 30 autres pour « une copie du Roy » (ms. 625, f°16).
  • 1704 : Fontaine réalise « un buste du Roy » pour 14 livres (ms. 625, f°16 v°).
  • 1704 : Bailleul reçoit 7 livres pour « un habit du Roy » (ms. 625, f°16 v°), trois fois 14 livres pour trois bustes du roi  et 24 livres pour « un autre [buste] en cuirasse » (ms. 625, f°17).
  • 1704 : Delaunay peint « deux portraits du Roy jusqu’aux genoux hors la tête » contre 50 livres ainsi qu’ « un buste du Roy » pour 12 livres (ms. 625, f°17 v°).
  • 1705 : « Un buste du Roy », une « copie du Roy » et « un habit du Roy » sont respectivement payés à Delaunay 10, 40 et 5 livres (ms. 625, f°17 v°). Il pousuit son travail en livrant « deux copies du Roy en grand » pour 58 livres (ms. 625, f°18).
  • 1705 : Leprieur touche 12 livres pour « une tête du Roy » et 140 pour « un portrait du Roy en pied » (ms. 625, f°18 v°).
  • 1706 : Leprieur réalise « un portrait du Roy en pied » contre 150 livres (ms. 625, f°19).
  • 1706 : Delaunay touche 16 livres pour « un buste du Roy » (ms. 625, f°20).
  • 1706 : Monmorency reçoit 6 livres pour avoir « repeint la tête et l’habillement d’un portrait du Roy » (ms. 625, f°21).
  • 1706 : « un buste du Roy » est payé 20 livres à Bailleul (ms. 625, f°21).
  • 1707 : Leprieur touche 12 livres pour avoir « ébauché le portrait du Roy, en pied, [durant] trois journées » et 28 autres pour avoir « finy la teste, les jambes, les soulliers et la draperie » (ms. 625, f°22).
  • 1707 : « un buste du Roy » est payé 20 livres à Bailleul (ms. 625, f°23).
  • 1708 : Monmorency réalise « une coppie du Roy en buste » pour 12 livres (ms. 625, f°24).
  • 1708 : Bailleul touche 60 livres pour « une coppie du Roy de même grandeur [toile de 50 sols] » (ms. 625, f°25).
  • 1703 : « Une du Roy pour le même [Monsieur de Saint-Contest] » pour 75 livres (Ms. 624, f°22). François-Dominique de Barberie de Saint-Contest, peint par Rigaud en 1699 et alors intendant de Metz.
  • 1703 : « Une du Roy pour Mons[ieu]r le comte de Gramont » pour 500 livres (ms. 624, f°22). Antoine, duc de Guiche et de Gramont (1671-1725).
  • 1703 : « Une du Roy pour M[onsieu]r Poussin » pour 150 livres (ms. 624, f°22).
  • 1704 : « Une du Roy pour Mons[ieu]r Férand » pour 100 livres (ms. 624, f°23).
  • 1704 : « Une du Roy et de M[onsei]g[neu]r pour Mr le marquis de Castres » pour 300 livres (ms. 624, f°23). Peut-être Joseph-François de La Croix de Castries (1663-1728), maréchal de camp.
  • 1704 : « Une du Roy pour Mons[ieu]r Avril » pour 150 livres (ms. 624, f°23). Peut-être François Avril (1655-1702), seigneur de Pignerolle, écuyer de la Grande écurie du roi.
  • 1705 : « Une coppie du Roy p[ou]r M[onsieu]r le comte de Murcie » pour 400 livres (ms. 624, f°24).
  • 1706 : « Une coppie du Roy en pied pour M[onsieu]r le duc de Roquelaure » pour 600 livres (ms. 624, f°23 v°). Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, duc de Roquelaure (1656-1738).
  • 1706 : « Une autre [copie] du Roy pour Mons[ieu]r de Véville envoyé à Gennes » pour 100 livres (ms. 624, f°23 v°).
  • 1708 : « Une [copie] du Roy p[ou]r m[onsieu]r le prince de Vaudemont » pour 500 livres et « une [copie] du Roy en buste p[ou]r le même » pour 150 livres (ms. 624, f°28 v°).
  • 1710 : « Un buste du Roy » par Vial pour 20 livres (ms. 625, f°29).
  • 1710 : « Deux [copies] du roy Louis 14 pour M[onsieu]r Le Bret » pour 150 livres (ms. 624, f°31 v°).
  • 1710 : « Un buste du Roy » par Bailleul pour 20 livres (ms. 625, f°26 v°) et un autre pour la même somme (ms. 625, f°27).
  • 1711 : « Une [copie] du Roy p[ou]r M[onsie]r Le Maée » pour 500 livres (ms. 624, f°33).
  • 1711 : « Une [copie] du Roy p[ou] M[onsieu]r Mesnager » pour 500 livres (ms. 624, f°33).
  • 1711 : « Une [copie] du Roy p[ou]r M[onsieu]r le Ma[récha]l Duxelle » pour 150 livres (ms. 624, f°33).
  • 1712 : « Une copie du portrait du Roy » par Vialy pour 20 livres (ms. 625, f°31 v°).
  • 1713 : « Une [copie] du Roy p[ou]r Mad[adm]e de la Carbonnerie » pour 150 livres (ms. 624, f°35 v°). Peut-être le même personnage que Rigaud avait peint en 1709 sous le titre de « demoiselle ».
  • 1713 : « Une [copie] du Roy p[ou]r la reine d’Angleterre » contre 150 livres (ms. 624, f°35 v°).
  • 1714 : « Une [copie] du Roy p[ou]r le Roy » pour 400 livres (ms. 624, f°36).
  • 1715 : « Une copie de Louis 14 en grand qui est restée là » par La Penaye pour 24 livres (ms. 625, f°31).
  • 1721 : « Une grande copie en pied du feu Roy pour le roy d’Espagne » pour 1400 livres (ms. 624, f°40 v°). 

Près de 270 ans après la mort de son auteur, le portrait de Louis XIV en costume grand royal par Hyacinthe Rigaud fascine toujours autant le public. Copié, démultiplié, diffusé à travers le monde comme l’image du pouvoir absolu, il continue à être régulièrement pastiché par l’iconographie moderne tant il constitue un véritable phénomène. Inspiré ou non de modèles antérieurs, hommage avoué de la part de Rigaud aux œuvres de Van Dyck, tous considèrent en tous cas qu’il fixa définitivement les critères de représentation du monarque absolu, dans sa plus parfaite majesté[1]. Ce début d’année 2013 est donc l’occasion idéale d’évoquer la genèse de ce chef-d’œuvre.

Au delà de la posture utilisée et des moyens de la sublimer par un agencement parfaitement réglé, sujet de nombreuses études, c’est le choix du peintre qui n’a pas lassé d’interroger l’historien. Récemment encore, dans un article qu’elle a consacré au tableau en 2008, le professeur Myriam Tsikounas s’en faisait l’écho, posant la question : « Pourquoi le-plus-grand-roi-du-monde-que-la-terre-ait-porté a-t-il laissé carte blanche à un tel entrepreneur de portraits, si renommé soit-il ? »[2]. En réalité, la réponse se trouvait dans la question.

Le Catalan n’était pas le premier à avoir l’honneur de peindre le roi qui, lui même fin amateur des arts, était le mieux à même à choisir les artistes capables de transposer son image. Jean Nocret, Henri Testelin, Antoine Dieu, Nicolas Mignard, Claude Lefevbre, Louis Elle Ferdinand II, Charles Etienne Geuslain, Nicolas-René Jollain, René Antoine Houasse, Charles Le Brun ou Pierre Mignard, tous donnèrent de lui une image, pour les uns plus jeune, pour les autres idéalisée, à cheval ou debout en habit de sacre, mais toujours quelque peu compassée et académique[3]. Rigaud, qui passait en dès 1690 déjà pour le « Van Dyck français », tant il avait acquis de talent à peindre la vérité des visages et des textures, avait peut-être pressenti le besoin qu’avait le roi d’une image qui assiérait définitivement son pouvoir et qui paraîtrait plus « vraie ». Il se rapprocha donc peu à peu de la famille royale en peignant notamment les grands seigneurs proches de Monsieur, frère du roi, jusqu’à peindre ce dernier : « Rigaud, eut l’honneur, en 1688, de peindre Monsieur, frère unique du roi, et le prince son fils, duc de Chartres, à présent régent du royaume. L’exemple de ces princes fut bientôt suivi de la plu­part des personnes des plus distinguées de la cour et de la ville ; et à peine pouvoit-il suffire au grand nombre de portraits où on l’engageoit chaque jour. »[4] Louis XIV lui même succomba au talent de l’artiste dès 1694 pour une première image dont on ne connaît que des copies et des versions en bustes avec variantes et que certains historiens disent copiée d’après une œuvre que Charles-François Poerson peinte en 1690 pour l’Académie d’Architecture à Paris[5].

Pierre Mignard, ami du Catalan et rival heureux de Le Brun auquel il succéda dans le poste de premier peintre du roi, venait pour sa part de livrer en 1692 un portrait équestre du monarque, juché sur un cheval cabré devant la prise de Namur et couronné par la Renommée[6]. Ambitieuse, l’œuvre aspirait sans doute à la reconnaissance ultime mais le roi, vieillissant, malade de la goutte et usé par les campagnes militaires paraissait absent dans cette image glacée. Trois ans plus tard, l’artiste disparaissait, laissant le poste de premier peintre vacant pour vingt ans, comme le fit remarquer le duc de Luynes dans une note ajoutée au Journal de Dangeau : « Le roi dit, en apprenant sa mort, qu’il ne vouloit plus de premier peintre et que les deux grands hommes qui avoient eu successivement cette charge (Le Brun et Mignard), ne pouvoient être remplacés[7]. » Rigaud, dont on pense qu’il aurait légitimement pensé succéder à Mignard, espéra sans doute faire revenir le monarque sur sa décision. Aussi, s’appliqua-t-il à inventer en 1697 une posture nouvelle pour magnifier le fils du roi, le grand Dauphin, qu’il représenta jusqu’aux genoux, tenant un bâton de commandement devant la bataille de Philippsbourg à laquelle il avait brillamment pris part en 1688. Le succès fut immédiat et tous les généraux et maréchaux optèrent pour la même attitude pour marquer leur allégeance à leur chef de guerre. Ne manquait donc plus au palmarès de Rigaud qu’un portrait du roi qui marquerait les esprit. La commande ne tarda pas grâce à un événement politique d’importance majeure : l’avènement de Philippe V sur le trône d’Espagne.

À la mort de Charles II, le 1er novembre 1700, l’Espagne était en effet en proie aux appétits dynastiques des autres puissances européennes. Le testament du défunt écarta cependant toute idée de partage et désigna, au premier rang des prétendants légitimes à la couronne, Philippe, duc d’Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin et petit-fils de Louis XIV. Ce dernier fut alors mû du désir de garder auprès de lui le souvenir de son descendant et de lui offrir, en échange, sa propre effigie pour que la séparation soit moins cruelle.

« Sa réputation étant venue jusqu’au roi, par le portrait qu’il avoit fait de Monseigneur [le Grand Dauphin], commandant devant le siège de Philisbourg, il eut l’honneur en 1700, d’être nommé par Sa Majesté, pour peindre Philippe V d'Espagne, son petit-fils, quelques jours avant son départ pour aller prendre possession de ses royaumes. Cet ouvrage donna lieu au roi d’Espagne de prier le roi, son grand-père, de lui donner aussi son portrait peint de la même main ; ce que Sa Majesté lui accorda. Rigaud eut l’honneur de le commencer l’année suivante ; et étant achevé, ce monarque le trouva d’une ressemblance si parfaite et si magnifiquement décoré, qu’il lui ordonna d’en faire une copie de même grandeur, pour l’envoyer au roi d’Espagne, à la place de l’original. Sa Majesté très-chrétienne y est peinte en pied, revêtue de ses habits royaux. Ce tableau a dix pieds et demi de haut ; il est placé à Versailles, dans la salle du Trône, et celui du roi d’Espagne dans le cabinet de Sa Majesté[8]. »

Tout était dit mais il ne faut pas imaginer Louis XIV prenant la pose à l’envie devant Rigaud qui, lui-même, rechignait à se déplacer pour peindre ailleurs que dans son atelier. L’artiste s’accommoda cependant du statut du royal modèle et fit quelques visites à Versailles pour fixer les traits du visage du roi sur une petite toile. qui était destinée à être enchâssée, plus tard, dans la composition finale élaborée dans l’intimité de l’atelier du peintre. Là, Rigaud aurait tout le loisir d’échafauder sa composition et de copier d’après nature le manteau d’hermine et les regalia dont la couronne d’Henri IV et l’épée de Charlemagne, « la Joyeuse ».

« Jeudi 10 [mars 1701], à Versailles - La goutte du roi continue, il se fait peindre l’après-diné par Rigaud pour envoyer son portrait au roi d’Espagne à qui il l’a promis […]. Vendredi 11, à Versailles - La goutte du Roi a un peu augmenté et au sortir du sermon, où on le porta, il se fit reporter chez Madame de Maintenon où Rigaud travailla à son portrait[9]. » Dans une lettre adressée à Anne-Jules, duc de Noailles, et datée du 11 mars 1701, la marquise corrobore la séance de travail : «  Je travaille à lui envoyer le portrait qu’il m’a ordonné de lui faire faire [elle parle de Philippe V]. Voici deux après-dinées que je reviens de Saint-Cyr pour obliger le Roi à se faire peindre. La goutte est venue à notre secours. Sans elle nous ne l’aurons pas tenu trois ou quatre heure[10]. Le jeudi 19 janvier 1702, l’artiste sollicite une nouvelle pose, comme en témoigne le marquis de Dangeau : « Le roi, qui n’avait point de conseil à tenir, eut le matin la patience de se faire achever de peindre chez madame de Maintenon par Rigaud ; il envoie ce portrait au roi d’Espagne, qui l’en avoit instamment prié »[11]. Le 3 septembre 1703, dans une lettre touchante qu’il adressa à la marquise, Philippe V avouait à son tour n’avoir pas encore reçu l’œuvre qu’on lui avait promis : « Je vous remercie des soins que vous avez pris pour me procurer le portrait du roi, que j’attends avec impatience[12]. »

Dès 1701, l’artiste avait noté par anticipation dans ses comptes : « le Roy et le roy d’Espagne, et une copie du portrait du Roy de la même grandeur que l’original pour sa Majesté catholique, le tout 12 000 livres »[13]. Le même paiement fut porté aux comptes de bâtiments royaux le 16 septembre 1702 : « Au sieur Rigault, peintre ordinaire du Roy, pour deux grands portraits du Roy en pied, avec l’esquisse en petit desdits portraits[14], comme aussy du portrait en pied du Roy d’Espagne qu’ils a faits pendant la présente année, 10.000 livres »[15].

Nombreux sont les auteurs qui ne tariront pas d’éloges sur l’œuvre à l’instar de Jean-Baptiste de Monicart[16]. Admiré par toute la cour et par les étrangers, le portrait de Louis XIV en grand costume royal devint rapidement l’emblème du royaume et accéda à la diffusion internationale comme l’indique le Mercure de France de 1702 :

« On a exposé le portrait du Roi dans le grand appartement de Versailles ; il est pied avec l’habit royal. Cet ouvrage est de M. Rigaud. Jamais portrait n’a été mieux peint, ni plus ressemblant ; toute la Cour l’a vu et tout le monde l’a admiré. Il faut qu’un ouvrage soit bien beau et bien parfait pour s’attirer un applaudissement général dans un lieu où le bon goût règne et où l’on n’est pas prodigue de louanges. Sa Majesté ayant promis son portrait au roi d’Espagne, veut tenir sa parole en lui donnant l’original, et M. Rigaud en doit faire une copie qui est souhaitée de toute la Cour. Quoiqu’on voie avec regret partir l’original, on en auroit bien plus de chagrin s’il n’étoit pas destiné au roi d’Espagne »[17] :

En réalité, les deux originaux restèrent en France ce qui explique pourquoi il existe deux portraits autographes de Louis XIV, celui du Louvre avec sa bordure aux armes royales et sa réplique de la main de l’artiste, aujourd’hui à Versailles (tous deux signés et datés dans le phylactère, sur la base de la colonne représentant la déesse de la Justice, « Peint par Hyacinthe Rigaud en 1701 »). L’exemplaire du Louvre était encore en 1784 dans le cabinet du roi à Versailles, à la Surintendance comme l’atteste l’inventaire illustré du Louis-Jacques du Rameau.

Selon Piganiol de La Force, le portrait de Louis XIV était traditionnellement placé dans le salon d’Apollon, en face de celui de Louis XV peint en 1727-1730 par Rigaud : « On voit pendant l’Eté fur la cheminée de la même pièce un Portrait de Louis le Grand en pied, & vêtu de ses habits Royaux. Des actions qui dureront autant que le monde, avoient fait connoître la valeur, la justice, la prudence, & les autres grandes qualités de ce Prince, On n’avoit à souhaiter qu’un portrait qui nous rendît les traits, & la majesté de sa personne ; & c’est ce que Rigaud fit en 1702. On trouve dans ce Portrait tout ce qu’on peut attendre de la peinture, ressemblance, correction de dessein, & force de couleur. II a été gravé par Drevet[18]. »

Pour Philippe V, Rigaud confectionna en réalité un autre portrait de son grand-père, en armure et en pied, en adaptant le visage royal de 63 ans sur une posture inspirée du premier portrait de Louis XIV, confectionné en 1694 d’après Poerson (Madrid, musée du Prado). La date de 1701, découverte sur l’œuvre en 1978, confirme sans appel la période de confection[19] et contredit les derniers termes du Mercure de France.

La direction des Bâtiments du roi se chargea alors de démultiplier l’image restée en France grâce à ses propres copistes. L’atelier de Rigaud, quant à lui, produisit un grand nombre de répliques à destination des clients du Catalan[20].

Plus aboutie que l’exemplaire de Chantilly mais proche par ses dimensions, la belle version réduite proposée à la vente par la maison Leclere en 2016 ne semble pas avoir fait parti de l’abondante liste des « Louis XIV » réalisés par les aides de l’atelier de Rigaud[21] et ceux, plus protocolaires diffusées par l’Atelier du roi (si l’on en excepte les bustes, têtes et autres adaptations à mi-corps). Si son identification comme modello de l’œuvre originale fait débat c’est qu’elle montre de nombreuses variations dans l’attitude finale, sans doute la patte d’un artiste ayant travaillé de manière indépendante : ainsi, le revers rouge de la chaussure droite du roi diffère nettement de l’original. De même, le fauteuil à droite a été positionné plus en retrait et ses accotoirs, de ce fait, furent allongés. Le tabouret supportant une partie des regalia, légèrement plus petit, ne déborde plus à gauche du piédestal des colonnes comme il le devrait et le traitement du bas-relief figurant Thémis tranche par son degré d’esquisse avec la parfaite finition des textures de l’ensemble du décorum. On n’y voit pas non plus le phylactère qui devait supporter originellement la signature de Rigaud ; phylactère constamment présent sur les versions issues de l’atelier de Rigaud ou de celui du roi[22]. Le grand dais rouge s’arrête également avant la colonnade et le mur du fond présente de menues variations dans son décor, intégrant une plate-face basse quadrilobée qui n’existait pas dans le tableau de 1701. Ces petites imperfections de perspective, qui auraient pu passer pour des hésitations de la part d’un Rigaud hésitant sur son œuvre, ne semblent pas crédibles pour justifier cette dernière hypothèse, surtout quand on sait le degré de perfection dont il faisait preuve, même dans ses études.

Cette réduction, légèrement plus grande que les « petits formats » de Rigaud, plus petite que l’estampe de Drevet, apparaît donc comme beaucoup plus aboutie que les esquisses connues du maître. Elle se démarque aussi des répliques officielles par une certaine liberté d’interprétation, prouvant ainsi qu’elle fut probablement réalisée par un artiste indépendant, en marge des ateliers officiels. Cadeau protocolaire, diplomatique ou privé, elle illustre cependant le formidable succès du portrait créé par Rigaud.

Parmi l’abondante liste des « Louis XIV » réalisés par les aides d’atelier, et si l’on excepte les bustes, têtes et autres réductions, il reste bien difficile de reconnaître dans les comptes l’exemplaire du Patrimonio National. Les collaborateurs du maître se révélèrent en effet d’habiles pasticheurs, certains parvenus à un très haut degré de mimétisme et d’intégration de l’art de Rigaud. On sait aujourd’hui que la participation de Charles Viennot (1674-1706), Adrien Leprieur (1671-1732), Claude Bailleul (fl. Paris, 1690-1718), Jacques Charles Delaunay (m. 1739) ou Éloy Fontaine (1678-v. 1747) aux originaux du Catalan ne fut pas toujours anecdotique et certaines copies arrangées peuvent même leur être rendues dans leur intégralité[23]. Dès 1702, Bailleul fut payé 30 livres pour avoir réalisé « une copie du Roy jusqu’aux genoux »[24] et, en 1703, Fontaine en reçoit 25 pour « une copie en ovalle »[25]. D’une manière générale, la production régulière des répliques ne peut non plus être l’exact reflet de l’ensemble versions connues, les manuscrits n’étant malheureusement exhaustifs. On sait aussi que l’Atelier du roi, organisme officiel de duplication des images royales, produisait une grande quantité de copies grâce au talent de certains artistes tel François Albert Stiémart (1680-1740), protégé du duc d’Antin qui « trouva l’aisance en se spécialisant dans la copie des tableaux de maîtres »[26]. Les comptes des bâtiments conservent d’ailleurs, dès 1701, le paiement à Stiémart d’une grande copie du Louis XIV en costume de sacre qui fut offerte à l’archevêque de Narbonne sept ans plus tard[27].

Si la version madrilène reprend l’essentiel du centre de la composition initiale, en un cadrage néanmoins plus serré aux genoux, elle trahit dans son pourtour une simplification du décor moins assurée que le visage. Pour clore la perspective désormais tronquée sur la gauche, l’artiste supprima la colonne de gauche au profit d’un velours uni, descendit le grand rideau au niveau du visage et le maintint par des cordons et leurs pompons. Très tôt, certains historiens avaient pensé que l’œuvre avait été recoupée et repeinte suite à l’incendie de l’Alcazar en décembre 1734[28]. Il nous semble plutôt qu’il s’agit là d’un type caractéristique d’une collaboration entre Rigaud et ses aides : le visage étant réalisé par le maître ou simplement retouché par lui et le décorum, « arrangé » par des collaborateurs spécialisés. De nombreuses autres versions, aux cadrages similaires, attestent de cette pratique, illustrant le succès jamais démenti de cette image et ce, jusque très tard dans la carrière de Hyacinthe Rigaud [29].

Enfin, Pierre Drevet, graveur attitré de Rigaud, fut tout naturellement désigné pour mener à bien les burins correspondant et reçut « parfait payement de cinq mille livres pour la graveure qu’il a faite du portrait en pied du feu roy Louis XIV, d’après le sieur Rigaud, pendant 1714-1715 »[30]. Il se fit aider d’un dessin exécuté par le jeune Jean-Marc Nattier[31] dont la direction des bâtiments relate le paiement, le 20 août 1713 : « au sr Nattier le jeune, peintre, pour le dessin d’un portrait du roi d’après Rigault, qu’il a copié pour servir de modèle pour graver pendant 1713, […] 500 livres »[32]. Drevet doit beaucoup au travail de Nattier qui a transposé le tableau de Rigaud dans ses moindres détails, aux dimensions prévisionnelles de la gravure[33]. Il a cependant prolongé la galerie de marbre en arrière plan d’une travée, variation suivie par le graveur. Nul doute que Rigaud lui-même ait supervisé le travail de Nattier, puisque le dessin était destiné à son ami Drevet et que le père de Nattier, Marc, avait été un fidèle collaborateur de Rigaud. Mariette considéra l’œuvre de Drevet comme « ce que [l’artiste] a fait de plus considérable » et qu’elle « a eté gravé par ordre de sa majesté très Chretienne et pour estre mise dans Son Cabinet ». En 1733, il en nota la rareté dans une lettre à Gabburri : « Pour ma part je peux vous inciter à acquérir un portrait du roi régnant et de la reine, mais celui gravé par Drevet est très difficile à avoir, et je l’ai vu en vente à plus de huit livres. Je peux l’avoir pour un prix discret mais il faut me donner du temps »[34].


[1] Stéphan Perreau, Hyacinthe Rigaud, le peintre des rois, Montpellier, 2004, p. 100-104.

[2] « De la gloire à l’émotion, Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud », Carin, 2008. http://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2008-2-page-57.htm#retournoteno33. 

[3] Emmanuel Coquery, « Le portrait de Louis », cat. expo. Visages du grand siècle, p. 75-88.

[4] Rigaud, 1716, p. 115-116.

[5] Guiffrey, 1881-1901, IV, col. 733.

[6] http://ressources.chateauversailles.fr/spip.php?article182. L’œuvre, datée de 1692 inspirera trente ans plus tard le neveu de Rigaud, Jean Ranc, lorsqu’il s’agira de représenter le petit-fils de Louis XIV, Philippe V d’Espagne (Madrid, musée du Prado).

[7] Dangeau, journal, op. cit., Paris, 1855, vol. 5, p. 212.

[8] « Abrégé de la Vie de Hyacinthe Rigaud » dans Charles-Philippe de Chennevières-Pointel, Louis Étienne Dussieux, Paul Mantz, Anatole de Montaiglon, Édouard Soulié, Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, publiés d’après les manuscrits conservés à l’école impériale des beaux-arts, Paris, 1854, II, p. 118.

[9] Journal du marquis de Dangeau, publié en entier pour la première fois par MM. Soulié, Dussieux, de Chennevières, Mantz, de Montaiglon avec les additions inédites du Duc de Saint-Simon, tome VIII, 1701-1702, Paris, 1856, p. 51.

[10] Théophile Lavallée, Correspondance générale de madame de Maintenon publiée pour la première foi sur les autographe et les manuscrits authentiques […], Paris, Charpentier, 1866, volume IV, p. 416. (Autographe du cabinet du duc de Cambacérès).

[11] « Journal du marquis de Dangeau », op. cit., p. 295. En note de l’édition est annexé le passage du Mercure de France de la même année.

[12] Lavallée, op. cit. p. 443-444. Manuscrit des Dames de Saint-Cyr.

[13] Roman, 1919, p. 83.

[14] L’esquisse est peut-être le petit modello que conserve aujourd’hui le musée Condé de Chantilly.

[15] Jules Guiffrey, Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, 1664-1715, Paris, 1881, vol., V, p. 693, 697, 789, 876

[16] Versailles immortalisé ou les merveilles parlantes de Versailles, Paris, 1720, vol. I, p. 279-280.

[17] P. 302-303.

[18] Nouvelle description des châteaux et parcs de Versailles, vol. 1, Paris, 1764, p. 165-1666.

[19] Juan J. Luna, Gazette des Beaux-Arts, mai-juin 1978, pp. 185-191.

[20] Sous des formes diverses pour les cours européennes ou les officines royales de province, comme celle commandée à François Stiémart par exemple.

[21] On pense notamment à Charles Viennot (1674-1706), Adrien Leprieur (1671-1732), Claude Bailleul (fl. Paris, 1690-1718), Jacques Charles Delaunay (m. 1739), Charles Sevin de La Penaye (1685-1740) ou Éloy Fontaine (1678-v. 1747).

[22] C’est toujours le cas dans les copies réalisées par ordre du roi par François Albert Stiémart (1680-1740), protégé du duc d’Antin qui « trouva l’aisance en se spécialisant dans la copie des tableaux de maîtres » ou de Pierre Charles Prevost (mort ers 1784), actif dans l’Atelier du roi dans les années 1740-1750 (cf Louis Dimier, Les Peintres français aux XVIIIe siècle, Paris, 1928, p. 76. Pour une approche plus moderne de Stiémart, voir Glorieux, 2009, p. 161-183).

[23] Perreau, 2013, pp. 28-38.

[24] Roman, op. cit., p. 98.

[25] Roman, op. cit. p. 105. Il serait tentant d’y voir l’exemplaire conservé au musée du Prado (inv. 2391).

[26] Louis Dimier, Les Peintres français aux XVIIIe siècle, Paris, 1928, p. 76. Pour une approche plus moderne de Stiémart, voir Glorieux, 2009, p. 161-183.

[27] Guiffrey, 1901, vol. 5, p. 239.

[28] Bottineau, 1992, pp. 244-245, 342.

[29] Versailles, musée national du château : huile sur toile, H. 157 ; L. 126. Inv. 7525, MV6320 (en dépôt à la mairie de Marly) et huile sur toile, 205 x 152 cm. Inv. 7530, MV103 (en dépôt au musée des Beaux-arts de Cambrai).

[30] Comptes des Bâtiments, 16 février 1716, p. 876. Sur l’œuvre de Drevet voir la thèse de Gilberte Levallois-Clavel, 2005, I, p. 29-31, 77-78, 162-163, 188-189, 220 ; ibid. II, cat. P. Dr. n°21.

[31] Phœnix, Art Museum. Inv. 65-62.

[32] Guiffrey, 1901, V, p. 693.

[33] H. 63,7 ; L. 51,4.

[34] Raccolta di lettere…, 1822, II, p. 398.

 

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan