LE BOUVIER DE FONTENELLE Bernard

Catégorie: Portraits
Année : 1702

 

P.763

Âge du modèle : 45 ans

Huile sur toile
H. 79 ; L. 63.
Montpellier, musée Fabre. Inv. 830-1-3.

Inscr. v° (apocryphe) : « Bernard Le Bouvier de Fontenelle fait par Hyacinthe Rigaud 1713 ».

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1702 pour 150 livres (ms. 624, f° 20 v°. « M[onsieu]r Fontenelle ») ; collection Collot ; achat du musée Fabre en 1830.

Expositions :

Paris, 1878, n°546[1] ; Paris, 1937, n°119 ; Munich, 1958, n°174 ; Perpignan, 1959, n°11 ; Montpellier, 1979, p. 30-31 ; Montpellier, 1988, p. 100-101, repr. p. 101.

Bibliographie :

Hulst/3, p. 182 ; Roman, 1919, p. 94, 95, 96 ; cat. Montpellier, 1839, n° 287 [=autoportrait de Rigaud] ; Albenas, 1910, n° 481 ; Gallenkamp, 1956, p. 71-72 ; Roux, VII, 1951, n° 16, p. 300-301, n° 208, p. 178 ; Roux, VIII, 1955, n° 77, p. 107 ; Claparède, 1965, X, p. 28 ; Rosenberg, 1966, n° 108 et 109, p. 112 ; Constans, 1995, II, p. 766, n° 4319 ; Zeder, 2011, cat. 66, p. 121 ; Perreau, 2013, cat. P.763, p. 171-172.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 79 ; L. 64. Rouen, musée des Beaux-arts. Inv. 08-1. (Cat. 1911-395). Vente Paris, Hôtel Drouot, 8 février 1908, lot 96. Sur le châssis : provenant de la vente de M. de Beuverie. Vente inconnue de F. Lugt (Rosenberg, cat. 108, p. 112). 
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 61 ; L. 50. Rouen, musée des Beaux-arts. Inv. 811-28. En dépôt au musée Corneille (Rosenberg, cat. 109, p. 112). 
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 81 ; L. 65. Anciennement au musée des Beaux-arts de Rouen (entré en 1908 en provenance d’une descendante de Fontenelle). Détruit dans le bombardement du 19 avril 1944. 
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 81,5 ; L. 66,5. Vente Sotheby’s Londres, 1er novembre 2007, lot. 190 (comme autoportrait de l’artiste). Avec un beau cadre contemporain de style Régence. 
  • 5. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 80 ; L. 63. Anciennes collections du château d’Azay-le-Rideau. Vente, Paris, 13-14 mai 1901. 
  • 6. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 63 ; L. 52. Versailles, musée national du château - MV2936, inv. 9216, LP 4012. Inscription : B. de Fontenelle. 1691. Ancienne collection de l’Académie Française. Don à Versailles en 1839. En dépôt à l’Institut de France. Voir Constans, 1995, II, p. 766, n°4319. 
  • 7a. Gravé par Michel Dossier en 1709, pour une édition des Œuvres de Fontenelle : « buste sans mains, la tête en bonnet de velours. Petite estampe, grandeur d’un in-12, pour être placée à la tête des œuvres de cet auteur » selon Hulst. H. 17 ; L. 9,9. Buste dans un ovale en contrepartie du tableau. Dessous, sur la tablette : « H Rigaud pinx - Mi Dofsier scup ». Dans le cartouche au bas de l'estampe : « BERNARD DE FONTENELLE / Des Académies Françoises, des / Sciences, des Belles Lettres, de Londres / de Nancy, de Berlin et de Rome ». Voir cat. Exp. Rigaud intime, La Célestina, 2009, n°77, p. 146.
  • 7b. Gravé par Étienne Jehandiers Desrochers, s.d. Buste tourné à droite dans un ovale. Dans le cuir dessous : « Bernard De Fontenelle / Un des 40 de l'Académie Françoise / Secrétaire perpétuel de l'Académie des / Sciences ». Dessous, dans la corniche : « Gravé par E. Desrochers rue du Foin près la rue St. Jacques à Paris ». Dans le socle : « Surpasse ce Portrait, Muse pein Fontenelle / Ses écrits ont toujours une grace nouvelle / Heureux fruit d'un esprit délicat et profond / Il pare une Science en la tritant à fond / Et s'ouvre en un désert plusieurs routes fleuries. / Le charme de la cour cède à ses Bergeries / Et nouveau Lucien ressucitant des morts / il découvre des cœurs les plus secrets ressorts. / Mais ce génie heureux qui lanime et lenflame / s'unit d'une rare accord aux dons d'une belle ame ». Sous le trait carré : « Gayet de Pitaval ».
  • 7c. Gravé par Bernard Picart dans un ovale en 1727 inséré au sein d'une composition en guise d'éloge des académies pour mettre, comme le montre un cartouche en haut de la bordure, en tête des « OEUVRES DIVERSES / DE M[ONSIEU]R BERNARD DE FONTENELLE / de l'Acédémie Françoise, de celle des Sciences / et de celle des Inscriptions ». H. 30,6 ; L. 20,5. Disposés dans le décor des muses, des livres sur la tranche desquels on lit : « Dialogue des morts », « Histoire des oracles », Eloges des Académiciens », etc... et sur un feuillet, « Digressions sur les anciens et modernes ». Sous le trait carré, respectivement à gauche et à droite : « H Rigaud effig. pinxit - B. Picart invenit et fcit 1727 ». La Composition sera reprise par Martin Benningeroth en 1750 avec la lettre suivante : « Wer diese Schrifften lieft, wird leicht diβ[es] Bild erxennen / Wer xan itxt Gallien sonst Fontenellen nennen ? » (H. 18,6 ; L. 11,2).
  • 7d. Gravé par Billard en 1728. 
  • 7e. Gravé par Duflos.
  • 8. Pierre noire et rehauts de blanc sur papier blanc (cintré en ovale), H. 32 ; L. 25. Vente Schumann, Paris, 7 décembre 1934.
  • 9. Selon Roman, il existait des répliques dans les collections Escaille à Nice (puis Grenoble), Robert Poidebard à Lyon, E. Marcille (vendue en 1876). Le portrait dit de Fontenelle anciennement conservé au musée de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg et désormais au musée Pouchkine de Moscou est très éloigné de l’art de Rigaud (cat. Ermitage, 1958, I, p. 333, repr. 261 & Ch. Sterling, La peinture française au musée de l’Ermitage, 1957, p. 217, note 60). 
  • 10. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 71 ; L. 58. Marseille, Galerie Azzopardi en 2016 [=autoportrait de Rigaud].
  • 11. Gravé par Daumont sans date (vers 1750), d'après Rigaud et Desrochers. H. 12,8 ; L. 10,5. Dans un ovale. « Bernard De Fontenelle / Un des 40 de l'Académie Françoise / Secrétaire perpétuel de l'Académie des / Sciences ». Dessous : « A Paris chez Daumont rue Saint Martin ».

Copies et travaux :

  • 1702 : « Une [copie] de M[onsieu]r Fontenelle » pour 50 livres.
  • 1702 : Fontaine réalise « un buste de M[onsieu]r Fontenelle » pour 12 livres, sans doute la copie de l'année (ms. 625, f°14 v°).

Les nombreuses copies actuellement conservées et la diffusion par l’estampe de l’image de l’homme de lettres Bernard Le Bouvier de Fontenelle (1657-1757) prouvent une fois de plus le succès de l’œuvre de Rigaud. Pourtant, les livres de comptes ne mentionnent qu’une copie à 50 livres en 1702, réalisée d’ailleurs par Éloi Fontaine contre rémunération de 12 livres. 

Figure emblématique de l’histoire normande et rouennaise, Fontenelle semble avoir particulièrement apprécié les talents du catalan, puisque que c’est ce portrait qui sera constamment repris en frontispice des œuvres de l’écrivain. Collaborateur du Mercure galant (1677), élu à l’Académie française (1691) puis à l’Académie des sciences (1697), dont il sera secrétaire perpétuel, il est représenté par Rigaud en buste, dans un ovale de pierre feint, usant d’une pose tout à fait décontractée. Le fait que Fontenelle soit coiffé d’un large bonnet dit « d’artiste » a jadis donné à penser à certains qu’il s’agissait d’un autoportrait de Rigaud, malgré les nombreuses gravures comparatives[2]. Nous suivrons sans doute Pierre Rosenberg qui estime la toile de Montpellier comme la meilleure copie existante à défaut de l’original, tout en jugeant la version vendue en 2007 par Sotheby’s à Londres comme de grande qualité. Vraisemblablement, l’œuvre de Rigaud fut-elle commandée en vue de la gravure de Dossier (1708), destinée à orner l’édition complète des œuvres de l’écrivain. Plusieurs artistes, contemporains de Rigaud, semblent également avoir été amenés à figurer les traits de Fontenelle, à commencer par Largillierre, auquel on attribue un portrait de Fontenelle âgé[3] et, Louis Galloche (1670-1761), qui figure Fontenelle, en 1723, écrivant à sa table de travail[4]. Quant à Jean-Baptiste II Lemoyne (1704-1778), il est l’auteur, en 1745, d’un beau marbre plein de fougue[5].

Dans ses Souvenirs, Madame de Créquy (I, 4), nous dresse un portrait particulièrement vivant du modèle, à l’image de celle fixée par Rigaud : « M. de Fontenelle [...] était alors âgé d’environ 45 ans, mais on n’aurait jamais supposé qu'il en eût plus de 36. C’était un grand et bel homme de cinq pieds huit pouces, de la plus régulière et la plus agréable figure, avec l’air doux et fin. Il avait une physionomie candide et gaie surtout. Il avait été l’homme du monde le mieux fait, et bien qu’il eût pris l’habitude de marcher voûté, il y avait encore dans sa démarche et tous ses mouvemens une grâce noble et décente ; enfin toute sa personne était d’une aménité courtoise et tout-à-fait particulière. Je vous puis assurer que Fontenelle était la bienfaisance et la charité même ; il donnait tous les ans pour les pauvres, au curé de sa paroisse, environ le quart de son revenu, et je n’ai jamais compris qu’on ait pu l’accuser d’égoïsme et d’insensibilité. »


[1] « En buste, de face, coiffé d’un bonnet de velours noir, penché sur l’oreille, par-dessus une calotte de soie jaune ; la chemise, ouverte, est attachée par un ruban flottant de soie bleue ; manteau de velours grenat, à larges plis, laissant voir un gilet jaune ; yeux noirs, un peu bridés ; lèvres souriantes ; teint coloré ; front traversé par une balafre verticale au-dessus de l’œil gauche. Inscrit dans un œil-de-bœuf simulé en pierre ».

[2] Jusqu’à très récemment, dans la vente Sotheby’s de 2007.

[3] Chartres, musée des Beaux-arts.

[4] Versailles, MV4374.

[5] Versailles, MV 850.

 

Localisation de l´œuvre :

Montpellier musée Fabre, France

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan