NOAILLES Anne-Jules de

Catégorie: Portraits
Année : 1691

 

*P.244

Âge du modèle : 41 ans

Huile sur toile
Dimensions inconnues [buste agrandi]
Localisation actuelle inconnue

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1691 pour 188 livres (ms. 624, f° 6 v° : « Mons[ieu]r Le Marechal de Noailles »).

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 121 ; Hulst/2, p. 153 ; Hulst/3, p. 173 ; Roman, 1919, p. 26, 41, 90, 95, 98 ; Chantilly, inv. PD, V, p. 522 ; Malo, 1933, n° 51 ; Weigert, IV, 1961, n° 185, p. 46 ; Colomer, 1973, p. 138 ; Constans, 1995, II, p. 760 (n° 4284), p. 762 (n° 4299) ; Perreau, 2004, p. 47-48 ; James-Sarazin, 2009/2, n° 39 (gr.) ; Perreau, 2013, cat. *P.244, p. 92.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 198 ; L. 135 cm. Paris, musée de l’armée, hôtel des Invalides. Inv. 13273 (Cote Ea 02 ; 11918 lors de son dépôt au musée de 1954 à 1957). En provenance de la Galerie Charpentier, 1954 ; ancienne collection d’Anne-Jules-Emmanuel de Noailles. Entré au musée en 1957 (don de Noailles).
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 105 ; L. 77 cm. Collection particulière (Vente Paris, hôtel Drouot, Briest, 12 janvier 1995, lot 217). Il est représente en pied à l’identique du l’exemplaire des Invalides.
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud [buste], H. 82 ; L. 64 cm. Grenoble, musée des Beaux-arts. Inv. MG 207 (Acquis par Jay à Paris en 1799, entré au musée en 1800).
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 80,8 ; L. 64,7 cm. Collection particulière (vente Oger et Camper, 12 octobre 2009, lot 47 [=éc. fr. XVIIIe, portrait du Grand Dauphin]).
  • 4a. Huile sur toile d'après Rigaud. H. 68,5 ; L. 56. Coll. part. Vente Metz, hôtel des ventes, Martin-Bailly et associés, 6 mars 2016, lot. 35 (« École française fin XVIIe début XVIIIe siècle, portrait d'un prince du sang »). Variantes dans l'habillement.
  • 5. Huile sur toile, suiveur de Rigaud [buste], H. 81 ; L. 65 cm. Versailles, musée national du château. MV3648. Anciennement ovale et modifié sous Louis-Philippe (H. 72 ; L. 58). Voir Constans, 1995, II, p. 760, n°4284.
  • 6. Huile sur toile, suiveur de Rigaud (var.), H. 130 ; L. 98 cm. Versailles, musée national du château. MV4306. Ancienne collection Naigeon (1840) puis achat de Versailles à cette date. Voir Constans, 1995, II, p. 762, n°4299. Voir aussi au même musée la copie (en buste) par Jean-Pierre Franque (1774-1860). Huile sur toile. H. 64 ; L. 54 cm. Versailles, musée national du château. Inv. 4604 7, MV7410, LP 3522. Agrandi de motifs décoratifs peints par J. Alaux (94 x 55 cm), commandé pour Versailles en 1839. Voir Constans, 1995, I, p. 332, n°1875.
  • 7a. Gravé par Gérard Édelinck, en 1695 (d’après Lelong) ou en 1699 selon Hulst : « Anne Jules de Noailles pair et Ma[rech]al de France comd[andeur] des ordres du roy Ier Cap[itaine]. des gardes du corps gouv[erneu]r de Roussillon & Viceroy de catalogne G[e]n[er]al des armées de S[a] M[ajesté]. Dans des apres roches, dans des Païs ingrats / En tous lieux, et toujours suivi de la Victoire / Noailles tant de fois a signalé son bras / Que rien ne peut égaler tant de Gloire / Que sa Piété, que sa Foy / Et l’Amour qu’il a pour son Roy ». La gravure, qui présente Noailles en armure alors que sur les différents exemplaires de la toile l’armure est recouverte d’un manteau de velours doublé (la croix de l’ordre du Saint-Esprit est également absente), est à mettre en relation avec une sanguine en ovale au musée Condé de Chantilly. Ce dessin est attribué à Van der Meulen comme portrait présumé de Vauban (Malo, 1933, n°51, repr.). Huslt précise que seulement la tête fut reprise du portrait en pied et que l’habillement du buste est d’une autre main.
  • 7b. Gravé par Peter Schenck d’après Edelinck, H. 25,1 ; L. 17,5 cm. Dans un ovale avec, dessous la lettre suivante : « Annius Justus Noallens Dux Gall. Par. Regis / Coh Chiliarcha ; Regiarumque cop. Summus Rector. / Est multis utile bellum Lucan i.b.c. / P. Schenck fec. Et esc. Cum Privilleg. Amsteloed. »
  • 7c. Gravé par Simon Thomassin (s.d.).
  • 7d. Gravé par Bernard Picart (1709). Petit ovale en contrepartie de l’estampe d’Edelinck, dans un décor éllégorique à theme militaire. Sous le trait carré, à gauche : « B. Picart Inv. Et Efficgiem sculpt. 1709 ».
  • 8. Sanguine d’après Rigaud [buste], H. 21,2 ; L. 17,3 cm. Chantilly, musée Condé. Inv. DE PD 475 [=Vauban par Van der Meulen].

Copies et travaux :

  • 1694 : Verly touche 10 livres pour « une copie de M[onsieu]r le marechal de Noailles » (ms. 625, f°1).
  • 1694 : Leroy reçoit 10 livres « pour une Copie de M[onsieu]r le marechal de Noailles » (ms. 625, f°1 v°).
  • 1694 : Verly touche 10 livres « pour une copie de M[onsieu]r le marechal de noailles » (ms. 625, f°2).
  • 1694 : Leroy reçoit 10 livres « pour une copie de M[onsieu]r le marechal de noailles » (ms. 625, f°2).
  • 1701 : Le Clerc reçoit 10 livres pour « un buste de M[onsieu]r Le marechal de Noailles » (ms. 625, f°11).
  • 1702 : « Une [copie] de m[onsieu]r Le marechal de Noailles » pour 250 livres (ms. 624, f°20 v°).
  • 1702 : « Une [copie] de m[onsieu]r Le Marechal de Noailles pour m[onsieu]De La Valliere » pour 100 livres (ms. 624, f°20 v°).
  • 1702 : Fontaine réalise « une tête de M[onsieu]r le Mareschal de Noailles » et reçoit 5 livres (ms. 625, f°12 v°).
  • 1702 : Bailleul touche 5 livres pour « un habillement de M[onsieu]r le ma[recha]l De Noailles » (ms. 625, f°13).

Frère de la marquise de Lavardin, du marquis Jean-Baptiste François de Noailles et du cardinal Louis-Antoine, Anne-Jules de Noailles (1650-1708) était le fils aîné d’Anne de Noailles (1618-1678), premier duc de Noailles marquis de Montclar et comte d’Ayen, Pair de France (1663), chevalier de Malte et d’Anne-Louise Boyer de Sainte-Geneviève-des-Bois (1631-1697), dame d’atours de la reine Anne d’Autriche de 1657 à 1665. Duc d’Ayen, capitaine des gardes, Noailles ne devint maréchal de France qu’en 1693 malgré l'indication qu'en donnent les livres de comptes de Rigaud pour l'année 1691. Les 188 livres payées pour ce portrait ne sont pas aisée à interpréter. S'agit-il d'un simple buste à l'instar de la version conservée à Grenoble que l'artiste aurait majoré en prix compte tenu de l'importance du modèle ? S'agit-il au contraire d'un buste agrandi dont on ne garde pas la trace de l'ordonnance ? S'agit-il d'une effigie à mi-corps comme dans une des versions conservées à Versailles où l'on voit Noailles figuré jusqu'au haut du genoux, une main appuyée sur un bâton [P.244-6] ? Dans tous les cas, il ne peut pas s'agir d'un portrait en pied, telle la grande copie d’atelier, anciennement chez la duchesse de Mouchy au château de Mouchy et désormais au musée de l’armée des Invalides [*P.244-1]. Dans cette version, Noailles tient le bâton fleurdelisé de maréchal, ce qui est sans doute un repeint à cette occasion.

En 1693, l’année où le modèle est nommé maréchal, Rigaud exécutera un nouveau portrait, payé 122 livres, un an après que sa femme, Marie-Françoise de Bournonville, se soit fait peindre à son tour. En 1694, année où Noailles devient vice-roi de Catalogne, il en fait réaliser trois répliques, dont une par Verly et une par Le Roy.

Dans une Lettre écrite par la marquise de Sévigné à Madame de Grignan, sa fille, et datée du 10 juin 1695 on lit : « Voilà M[onsieur] de Vendôme qui va commander en Catalogne, et M[onsieur] de Noailles qui revient pour faire achever son portrait chez Rigaud » (Gaultz de Saint-Germain, 1823, p. 176). Notons que dans le second codicille fait par Rigaud le 27 décembre 1743, l’artiste lègue au maréchal son portrait et celui de son épouse « sans bordure et fait il y a plus de trente ans ».

En 1702, deux grandes copies du portrait sont réalisées, sans doute par l’artiste ou retouchées par lui : la première valant 250 livres et la seconde 100 livres. De tels prix pratiqués semblent prouver que les 188 livres initiaux demandés en 1691 sont peut-être une erreur. Si l’on en croit la biographie de Rigaud de 1716, et à l’occasion de l’intégration du peintre dans la noblesse de Roussillon en 1709, le duc de Noailles, gouverneur général de la province, « lui fit l’honneur de lui écrire pour le féliciter sur son nouveau titre ». Sur la version de Grenoble, Noailles arbore le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit (reçu le 31 décembre 1688) et dont il devint commandeur, ce que désigne la plaque pectorale. Une quinzaine d’années avant Rigaud, probablement vers 1678, lors de la nomination de Noailles en Roussillon, François de Troy avait peint son portrait, aujourd’hui conservé à l’Hôtel de Ville de Perpignan (voir Brême 1997) et traduit en gravure par Van Schuppen. Le futur maréchal, âgé de 28 ans, y apparaît plus svelte.

Le portrait de Rigaud, celui d’un homme de 41 ans précocement vieilli et empâté préfigure assez le portrait moral, plutôt cruel, qu’a laissé Saint-Simon : « C’était un homme d’une grosseur prodigieuse et entassé, qui précisément comme un cheval, mourut aussi de gras-fondu. Aussi était-il grand mangeur et faisait chez lui grande et délicate chère, mais pour sa famille et pour un très petit nombre d’amis ». Saint-Simon, pour qui Noailles était « grossier, pesant et moins que médiocre », ne connaissait « jamais homme plus renfermé, plus particulier, plus mystérieux ni plus profondément occupé de la cour ; point d’homme si bas pour tous les gens en place ; point d’homme si haut, dès qu’il le pouvait, et avec cela fort brutal. […] Il plaisait au roi par son extrême servitude et par son esprit fort au dessous du sien ».

Sur l’estampe d’Édelinck, Hulst ajoute : « Gravé en 1699 par Édelinck qui n’a pris du tableau original, lequel est en pied, que la tête. L’estampe est en buste dont tout l’habillement est d’une autre main que celle de M. Rigaud ».

Voir également le portrait de son fils, Adrien-Maurice, peint en 1711 en compagnie de sa femme.

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan