LE GENDRE DE VILLEDIEU Catherine Marie

Catégorie: Portraits
Année : 1701

 

*PC.711           

Huile sur toile
Dimensions inconnues [à mi-corps]
Localisation actuelle inconnue.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1701 pour 500 livres (« Mad[adm]e Pecoïsle »).

Bibliographie :

Hulst/3, p. 182 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 50 r°, n°43 ; Ibid. VII, f° 11 ;  Paignon-Dijonval, 1810, 7617 ; Blanc, 1862, I, p. 1 & 7 ; Portalis & Béraldi, 1880-1882, III, p. 605 ; Demonts, 1909, p. 263 ; Roman, 1919, p. 86, 97, 105, 106, 110, 111, 119, 141, 148, 158, 167 ; IFFXVIIIe 1951, XIII, S. V., n°32 ; Lossky, 1963, p. 53-59 (pour la copie de la coll. H. Rabeau) ; Tagliaferro, 1995, p. 312, 346, 347 ; Sanguinetti, 2001, p. 51-53, repr. p. 50, fig. 50 (idem) ; James-Sarazin, 2003/2, p. 210, repr. fig. 7 (idem) ; Perreau, 2004, p. 167-172, repr. p. 168, fig. 137 (pour la gravure), repr. p. 170, fig. 140 (pour la copie de la coll. H. Rabeau) ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 95, 161 ; Ibid. II, p. 370, cat. A3 ; Perreau, 2013, cat. *PC.711, p. 163.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 142 ; L. 111. Localisation actuelle inconnue. Acquis par un particulier avant la vente à la Galerie Fabius en 1950 ; Vente Monaco, Sotheby’s, 20 juin 1987, lot 375 ; vente Sotheby's Paris, 4 novembre 2016, lot 566 [147 x 118 cm]. Selon nous il s’agit probablement du portrait dit à tort de la princesse de Conti, anciennement dans la collection Gellinard (et qui fut vendu avec son pendant figurant Vertumne et Pomone [P.796] et identifié également alors comme effigie de la marquise de Prie. Lors d’une vente de tableaux anciens à Drouot (Bellier, Mathey, Prost), salle 6, le 16 novembre 1942, il était décrit ainsi : lot 19 : « La Princesse de Conti. La fille de Louis XIV est representée dans un parc, en robe de satin bleu, retenant son manteau sur les epaules. Elle cueille et regarde un œillet pour l’ajouter a une corbeille de fleurs qu’un petit negre vêtu de velours jaune tient devant elle. Toile. — Haut., 1 m. 42 ; Larg., 1 m. 12. Collection Gellinard, n° 38 du catalogue de la vente (Hotel Drouot, 19 mars 1888). Collection Mazure-Six. » 
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 151 ; L. 125. Collection Henri Rabeau ; sa vente Monaco, Sotheby’s, 17 juin 1989, lot 574. Il est possible que cette version, qui correspond à celle commandée par le marquis de Brignole, puisse etre confondue avec celle ci-dessus. En effet, si les tableaux ne semblent pas avoir toujours été mesurés de la même façon, ils présentent néanmoins les mêmes imperfections et le même décor qui substitue une statue de Sphinx au paysage initialement prévu par Rigaud.
  • 3. Demonts signale un dessin attribué à Rigaud et représentant une « Femme cueillant une fleur dans un bouquet. Un domestique nègre lui tend une corbeille » conservé à Cologne et signé S. Valée.
  • 4. Gravé par Dossier en 1701.
  • 5. Gravé par Simon Valée sous la conduite de Pierre Drevet (selon Mariette), vers 1706 ou 1709 selon Hulst, « figure jusqu’aux genoux, groupée avec un petit nègre qui reçoit dans une corbeille des fleurs qu’elle cueille. L’estampe de la grandeur de la demi-feuille du papier grand aigle et sans inscription […] ». H. 46 ; L. 32. Sous le trait carré extérieur, respectivement à gauche et à droite : « Ht. Rig. pinx. - S. Valée sculp. » Annotation manuscrite sur l’exemplaire de la Bibliothèque nationale de France : « Mme Pecoil / Catherine Marie le gendre, femme de Claude Pecoil, seigneur de Villedieu, maitre des requetes, etc. » ce qui correspond à la description de Hulst. En bas, sous le cadre, quatrain de Gacon : « Sous le riant aspect de Flore / Cette beauté touche les Cœurs, / Et par le contraste d’un More / Releve ses attraits vainqueurs. / Mais que dis je ! Des dons de Flore / Son teint augmente la fraicheur / Et la noirceur même du More / Tire un éclat de sa blancheur / Gacon. Au bas de l’estampe : A Paris chez P. Drevet rue S. Jacques à l’Annonciation. »

Copies et travaux :

  • 1702 : Leprieur touche 60 livres pour une « copie de M[adam]e Pécoil » et 10 livres pour « les mains et la tête du morre » (ms. 625, f°15).
  • 1703 : « Une [copie] de Mad[adam]e Pécoëlle pour le même [marquis de Brignoly] » pour 250 livres (1703).
  • 1703 : Fontaine réalise « une tête de M[adam]e Pécoil » contre 7 livres (ms. 625, f°15).
  • 1705 : Leprieur touche un « surplus pour les portraits de M[adam]e de la Ravoye et Pécoil » à hauteur de 4 livres (ms. 625, f°16).
  • 1705 : Bailleul touche 40 livres pour « une copie de M[adam]e Pécoil, ors la tête » (ms. 625, f°18).
  • 1705 : Leprieur reçoit 16 livres pour « une tête de M[adam]e Pécoil et le paysage » (ms. 625, f°18 v°).
  • 1708 : Monmorency touche 7 livres pour « un dessein de M[adam]e Pécoëlle » (ms. 625, f°23 v°).
  • 1712 : Desportes reçoit 24 livres « pour le portrait de M[adam]e Pecoyl » (ms. 625, f°28 v°). 

Célèbre dans le catalogue de Rigaud pour l'influence qu'il eut sur la mode des représentations des modèles féminins de l'artiste et par son succès rencontré notamment en Italie, le portrait de Catherine-Marie Le Gendre de Villedieu (1682-1749) est le premier prototype connu de ce type de posture. Malheureusement non localisée aujourd'hui, la toile ne nous est connue que par la superbe gravure faite par Simon Valée et par des copies peintes présentant quelques variantes dans le fond, maigres témoignages des nombreuses répétitions qui furent réalisées pendant au moins une décennie.

Le modèle était l’un des sept enfants qu’un riche marchand de soie rouennais, banquier et armateur, Thomas II Le Gendre (1638-1706), sieur de Romilly avait eu avec Esther Scott. Originaire de Quevilly, son père avait été anobli le 9 juin 1685. Quant à la famille maternelle de notre modèle, elle sera également liée à Rigaud puisque Esther était la fille de Guillaume I Scott (1602-1681), écuyer, sieur de la Mésangère et Boscherville, secrétaire du roi, dont le fils, Guillaume II (v. 1648 – 16 juillet 1682), conseiller au Parlement de Rouen, sollicitera l’art du catalan en 1712, de concert avec sa seconde épouse, trois ans plus tard. Catherine-Marie épousa Claude Pecoil (v.1629-1722), descendant d’une famille noble italienne originaire de Toscane, les Peccioli, maître des Requêtes, chevalier, seigneur de Villedieu, La Liègue et autres places, baron puis marquis de Septème, ancien prévôt des marchands de Lyon, échevin (1675), dont un portrait sensé le représenter a circulé récemment sur le marché de l'art. Parce qu'il était vendu en pendant d'un portrait de femme singeant l'attitude de Madame Le Gendre, ce grand ovale au format typiquement italien, fait davantage penser aux productions des artistes génois ayant imité Rigaud et ses contemporains.

Saint-Simon, qui méprisait l’avarice prétendu de Pecoil ainsi que les mésalliances, dira, à propos du mariage de la fille du banquier (Catherine-Madeleine) avec le « cousin du roi » Charles-Timoléon-Louis, duc de Brissac (1693-1732) : « les écus s'envolent, la crasse demeure. » Dans ses Mémoires (XVII, 9), Saint-Simon insiste également de manière acharnée sur la personnalité repoussante de Pecoil, ce que semblent pourtant démentir les archives historiques qui témoignent de la générosité du banquier envers les pauvres de son quartier. Il relate d’ailleurs comment Pecoil mourut, soit-disant enfermé dans sa cave, sur son tas d’or… En 1706, Catherine-Marie sollicitera Rigaud pour un portrait de grande ampleur, la figurant aux côtés d’un de ses frères, Thomas III Legendre (1673-1738), seigneur de Colandre et de Gaillefontaine, brigadier des armées du roi. On sait également que l’attitude choisie par Rigaud en 1701 servit de modèle au portrait de la marquise de Louville (1708) payé seulement 300 livres ou celui de la comtesse Eva Bielke Oxsternstiern deux ans plus tard.

Boris Lossky pense que la version de Sotheby’s serait celle commandée à Le Prieur en 1702 pour 60 livres. Dans la gravure de Valée, le fond du tableau est sensiblement différent de celui de la toile vendue par Sotheby’s. Dans le second cas, le paysage est remplacé par un sphinx stylisé, assis sur un entablement de pierre. Si le vase de bronze au premier plan se retrouve dans les deux cas, l’arbre qui meuble l’un des côtés de l’effigie, est plus complexe dans la gravure. Sanguinetti a démontré combien la posture imaginée par Rigaud rencontra un vif succès en Italie et ce, grâce sans doute à la diffusion par la gravure ou la présence d’une copie dans la collection du marquis de Brignole-Sale. En effet, exécutée par Prieur dès 1703 pour faire pendant au portrait historié de Mme de La Ravoye, cette version est décrite dans l’inventaire de 1717 de la Divisione de Mobili et Argenti tra gli Illustrissimi Signori Gio Francesco e Gio Giacomo Fratelli Brignole : ‘Ritratto di Monsieur Rigo di Dama Francese di palmi 6 e palmi 4ae, lire 200 ; Altro simile in tutto come sopra lire 200’[1]. On la retrouve d’ailleurs dans l’inventaire de la même galerie en 1748 : ‘Altro [mezza figura] sopra porta donna vestita da giardiniera prendendo garofani et une schiavo moro vestiti all’usara qual presenta un canestrino con diversi fiori del pittor Rigaud, lire 30’[2].

Une copie de ce tableau se retrouve, en 1771, dans la vente du filleul de Rigaud, Hyacinthe Collin de Vermont, attestant du succès de cette composition : « 92 – Un grand Portrait de femme tenant un œillet avec un nègre, par idem »[3]. De très nombreuses autres effigies de femmes anonymes d’après le prototype de Rigaud furent réalisées par Parodi, delle Piane, Largillierre, Tocqué, Nattier ou Pesne… Un Portrait de femme et de son enfant, anciennement attribué à Tournières[4] présente un mimétisme étonnant avec le portrait de Mme Pecoil à ceci près que le maure a été remplacé par le jeune fils de la modèle. De même, la façon dont Giovanni Maria delle Piane ou Domenico Parodi reprennent à leur compte l’agencement du portrait peint par Rigaud, dans la position des étoffes, dans l’agencement du corsage, ou la position de la main droite tenant un œillet prouve s’il était besoin que le catalan fit des émules. Enfin, dans un portrait de femme[5], le peintre Giovanni Enrico Vaymer ira même jusqu’à fusionner l’attitude de Mme Pecoil avec celle utilisée dans le portrait de la duchesse de Mantoue, notamment dans la main gauche, reposant sur les genoux de la modèle[6].


[1] Tagliaferro, 1995, p. 312.

[2] Tagliaferro, 1995, p. 346-347.

[3] Chapitre « tableaux », p.13.

[4] Huile sur toile. H. 93 ; L. 75, vente Paris, Galleria, 27 mars 1971, lot 19.

[5] Gênes, coll. Durazzo Pallavicino Negrotto Cambiaso.

[6] Sanguinetti, 2001, repr. p. 47, fig. 41.

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan