LA FONTAINE Jean de

Catégorie: Portraits
Année : 1690

 

P.182

Âge du modèle : 69 ans

Huile sur toile ovale
H. 81,5 ; L. 65,5.
Paris, musée Carnavalet. Inv. P. 2441

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1690 pour 200 livres [buste] (ms. 624, f° 5 v° : « M[onsieu]r Delafontaine poëtte ») ; inscrit une seconde fois pour le même prix en 1696 (ms. 624, f° 12 v° : « M[onsieur] De la fontaine ») ; coll. Coustard ; sa fille marquise d’Anjorrant ; coll. Marquis d’Anjorrant ; vente de ses descendants Paris, hôtel Drouot, 27 juin 1990, lot 84 ; acquis de la vente par M & Mme Gutfreund : don au musée en 1990.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 116 ; Hulst/2, p. 150 ; Hulst/3, p. 172 ; Guiffrey, 1869, p. 39 ; Faucheux, 1884, p. 130 ; Roman, 1919, p. 21, 52, 53, 54, 91 ; Roux, VII, 1951, n° 308, p. 199 ; Roux, 1955, VIII, n° 78, p. 107 ; Weigert, IV, 1961, n° 168, p. 43 ; Foucart-Walter, 1982, n° 87, p. 107 ; Constans 1995, II, p. 1039, n° 5836 ; Bruson et Leribault, 1999, p. 362 ; Perreau, 2004, p. 214 ; James-Sarazin, 2008, p. 104-107 ; Perreau, 2013, cat. P.182, p. 83-84.

Expositions :

Paris, 1704 (Trumeau sur la cour).

Copies et travaux :

  • 1696 : « Une [copie] de Mons[ieu]rDe la Fontaine » pour 56 livres (ms. 624, f°12 v°).
  • 1696 : Siez reçoit 7 livres pour « une copie ébauchée de M[onsieu]r Dela fontaine » (ms. 625, f°4).
  • 1701 : Éloy Fontaine reçoit 10 livres pour « une Copie de m[onsieu]r De La fontaine » (ms. 625, f°11 v°).

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud (?), coll. MM. De Ménars et Gréau (selon Roman).
  • 2. Huile sur toile ovale d’après Rigaud (?), H. 68 ; L. 57. Collection particulière (vente Marcille, Paris, 6-9 mars 1876).
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud (?), vente Cypierre (1855).
  • 4. Huile sur toile ovale, suiveur de Rigaud, H. 81 ; L. 64. Collection particulière (vente Champfleury, Paris, 28-29 avril 1890).
  • 5. Huile sur toile ovale, suiveur de Rigaud, H. 81 ; L. 64. Versailles, musée national du château. Inv. 9298, MV4275, LP4291. Achat, 1840 ; en dépôt au musée municipal de Château-Thierry. Voir Constans, 1995, II, p. 1039, n°5836.
  • 6. Huile sur toile ovale d’après Rigaud (?), H. 77 ; L. 60. Collection particulière (vente Lucerne, 16-22 juin 1959).
  • 7. Huile sur toile ovale, suiveur de Rigaud, H. 81,5 ; L. 65. Le Mans, musée Tessé. Inv. 10. 708. Provenance inconnue (Voir cat. Le Mans 1982, n°87, p. 107).
  • 8. Huile sur toile ovale d’après Rigaud, H. 81 ; L. 64. Espagne, Monastère de Montserrat (Proviendrait du château de Thury en Valois, selon une inscription au dos de la toile (vicomte Héricart de Thury) ; légué en 1919 au monastère par Mme Thérèse Roy, veuve de Jordi Frézals, héritière directe de La Fontaine). Le tableau a été exposé deux fois à Perpignan : en 1959 (n°10, p. 12, repr.) et en 2009 (cat. 74).
  • 9. Dessin aux trois crayons d’après Rigaud, H. 27 ; L. 52. Loc. inc. (vente coll. marquis de Ménars, Paris, 18 mars 1782).
  • 10. Pierre noire et rehauts de blanc sur papier bleu d’après Rigaud, H. 29 ; L. 23. Loc. inc. (vente Marcille, Paris, 6-9 mars 1876).
  • 11a. Gravé par Gérard Édelinck en 1696 selon Lelong, deux états dont un signé. H. 25,3 ; L. 18,5. (Voir Weigert, IV, 1961, p. 43, n°168).
  • 11b. Gravé par Étienne Jehandier Desrochers, sans date. Dans le cartouche sous l'ovale : « Jean de la Fontaine / de l'Académie Francoise né à Chateau / Thiéry. Décédé à Paris le 13 Avril 1695 / agé de 76 ans ». Sur le plat de la tablette : « Gravé A Paris par E. Desrochers rue du Foin pès la rue St Jacques ». Dans le socle : « Du sage Phrigien Disciple Ingénieux / La Fontaine se sert du voile de la Fable / Pour rendre le vice Odieux / Et pour faire trouver la vertu plus aimable » (Voir Roux, VII, 1951, p. 199, n°308).
  • 11c. Gravé par Bernard Picart en ovale en 1727.
  • 11d. Gravé par Étienne Ficquet en buste « pour les Comtes de La Fontaine, édition des Fermiers-Généraux ». Sans date. Trois états connus. Voir Portalis et Béraldi, n°83.
  • 11e. Gravé à nouveau par Étienne Ficquet avec la fable du loup et de l’agneau sur le socle, sans date, « un des chefs-d’œuvre de Ficquet ». H. 14 ; L. 9 cm. Trois états connus. Voir Portalis et Béraldi, n°82.
  • 11f. Gravé par Pierre Savart en 1769.
  • 11g. Gravé par Pierre Duflos.
  • 11h. Gravé par Nicolas Le Mire en 1775 (avec allégorie dessinée par J. M. Moreau).
  • 11i. Gravé par Ingouf.
  • 11j. Gravé par Dupin. Le portrait du modèle dans un ovale à gauche, placé sur un socle décoré d’une guirlande de fleurs avec le titre « Jean de La Fontaine ». Au pied du socle, d’autres fleurs mêlées de livres. Sous le trait carré, à gauche : « Dupin dl. Et sc. ». Dessous, les vers suivants : « Dans la Fable et le Conte il n’eut point de Rivaux ; Il peignit la nature, et garda ses pinceaux / A Paris chés Esnauts et Rapilly, rue St jacques à la Ville de Coutances, A.P.D.R. »
  • 11k. D’autres gravures furent faites par la suite, reprenant plus ou moins celles d’Edelinck ou de ses suiveurs : par un anonyme en 1780 ; par Delvaux en tête de Psyché en 1797, deux états ; par Dupin sans date, deux états ; par Dupréel, par Ambroise Tardieu, par David et Varin sans date ; par Alix en couleur vers 1800 ; par F. Ribault en ovale en 1812 ; par E. Scirvers sans date ; par Pinssio pour l’éditeur Delahays, vers 1860 ; lithographié par Rulmann en 1840.

Célèbre poète et fabuliste, latiniste chevronné, passionné par l’Astrée d’Honoré d’Urfé qui restera toute sa vie son livre de chevet, Jean de la Fontaine (Château-Thierry, 1621 – Paris, 1695), fut à ses débuts avocat au parlement de Paris (1649). Ayant épousé deux ans plutôt Marie Héricart, il n’hésite pas à délaisser sa femme et son enfant pour « monter » aussi souvent que possible à Paris où il loge durant plus de vingt ans chez Madame de la Sablière puis chez M. d’Hervart. Maître ancien et capitaine des chasses à la mort de son père (1658), il revend ces lourdes charges dès 1672. Ami de Molière, Boileau et Racine, c’est à cette époque qu’il se lit au surintendant des finances Nicolas Fouquet à qui il dédit le poème Adonis et le Songe de Vaux et l’Élégie aux nymphes de Vaux. Ardent défenseur de Fouquet, il lui restera fidèle après sa chute, écrivant à cette occasion l’Ode au roi (1663) dont les deux premiers vers apparaîssent sur un feuillet tenu par le poète dans la copie de son portrait faite d’après Rigaud et conservée au musée du Mans : « Prince qui fais nos destinées / Digne monarque des françois ». Si le poète est alors pensionné par le duc de Bourgogne, les princes de Conti et de Vendôme, il est en revanche totalement ignoré du roi. En 1690, date à laquelle La Fontaine choisit Rigaud pour fixer ses traits, le poète s’était déjà séparé de son épouse, passait son temps entre Paris et Château-Thierry et bénéficiait de la protection conjointe de la Duchesse de Bouillon et de la Duchesse d’Orléans. Le peintre réussit ici à immortaliser un vieil homme dont les harangues (à l’occasion de la Querelle des Anciens et des Modernes) en faveur du latin et grec à l’Académie Française dont il était membre depuis 1684, avaient achevé de faire sa réputation.

Son portrait par Rigaud, dont on connaît plusieurs versions de bonne qualité, connut un tel succès qu’il sembla éclipser toutes les autres effigies du poète. Une seule copie à 56 livres n’est cependant sortie officiellement de l’atelier en 1696, ébauchée par Siez qui reçut 7 livres pour ce travail. Une autre copie est produite par Éloi Fontaine en 1701 (l’aide reçoit 10 livres). Ce sont dont principalement les estampes réalisées d’après la toile qui achevèrent de diffuser l’image de La Fontaine telle que l’avait voulu Rigaud. Selon Hulst, le tableau initial fut « gravé par Édelinck pour figurer parmi les hommes illustres de Perrault. » Il précise également que « Rigaud fit ce portrait gratis par la haute estime qu’il avoit pour cet auteur » ce que contredit le prix de 200 livres inscrit aux livres de comptes, sans doute payés par le commanditaire Gabriel Coustard [*P.558 et *PC.761]. En effet, le catalan avait même ajouté dans la biographie qu’il envoya à Cosmes III de Médicis les circonstances de la commande : « On seroit trop long si l’on vouloit nommer ici tous les savants hommes dans les arts, sciences et belles-lettres, que Rigaud a peints par pure générosité, et par le seul cas qu’il fait du mérite et de la vertu : du nombre desquels sont les trois plus fameux poëtes de ce siècle, MM. Despréaux, la Fontaine et Santeul [P.833]. Ces trois portraits sont dans le cabinet de M. [Gabriel] Coustard, conseiller au parlement. »

Roman interprétait la mention de 1696, rajoutée à postériori, comme un second portrait du fabuliste. Quant à Dominique Brême, il y voit la trace du portrait âgé du même, anciennement attribué à Nicolas de Largillierre et que conserve le château de Versailles mais qui ne nous convainc pas1. Notons que ce La Fontaine, sans doute un personnage plus obscur, est commanditaire cette même année (140 livres) d’une copie du portrait de Louis XIV (ms. 624, f°12 v°, Roman, p. 53 : « Une du Roy pour mons[ieu]r Delafontaine »).


1. MV5749, RF 2201. Huile sur toile ovale. H. 70 ; L. 55 cm. Anc. coll. Faucigny-Lucinge ; sa vente en 1917 ; coll. David-Weill ; achat de Versailles en 1918. Voir Constans, 1995, I, p. 527, n°2986

Localisation de l´œuvre :

Paris, musée Carnavalet, France

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan