GALLUCIO DE L'HÔPITAL Paul François

Catégorie: Portraits
Année : 1738

 

P.1420

Âge du modèle : 41 ans

Huile sur toile
H. 81,5 : L. 65 cm
Collection particulière.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1738 pour 600 livres (ms. 624, f° 45 v°, rajout de Hulst : « M[onsieu]r le marquis de l’Hopital ») ; resté dans la descendance du modèle jusqu'à sa vente en 2022 ; vente Paris, Artcurial, 23 mars 2022, lot 1*.

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 216 [f] ; Perreau, 2013, cat. *P.1420, p. 297 [tableau non licalisé] ; James-Sarazin, 2016, II, cat. *P.1504, p. 528 [tableau non licalisé].

Descriptif :

Nommé justement inspecteur général de la cavalerie et des dragons en 1738, ce que devait commémorer son portrait par Rigaud, Paul-François Galluccio, marquis de L’Hôpital (1697-1776) nous apparaît un modèle idéal ici. Si le tableau original resta inédit dans la descendance du modèle jusqu'en mars 2022, date à laquelle il fut proposé à la vente, nous avions assez tôt proposé de faire un possible rapprochement entre ce que l'on imaginait de l'effigie du marquis et le portrait d'un officier général anonyme, daté et signé de 1738 [P.1421]. Quoi que la ressemblance de ce dernier avec l'iconographie connue du marquis ne pouvait être retenue, on imaginait que Gallucio avait pu se faire représenter à l'identique, jusqu'à la taille ceinte d'une écharpe de commandement. C'est ce que l'on voit ici avec, en rajout postérieur par un autre artiste, le cordon bleu de l'ordre du Saint Esprit qu'il n'obtint qu'en 1753.

Arrivé au terme de sa très longue carrière, Rigaud utilise ici une formule déjà éprouvée de son catalogue tout en y insufflant quelques éléments de nouveauté vus dans la jeune génération d'artistes dont Jean-Marc Nattier, très en vogue à cette époque, faisait partie (et dont le père avait collaboré avec Rigaud). La présence d'un grand nœud au cou, très volubile dans son froissement, n'est en effet pas sans rappeller celui du portrait pris de face du jeune duc de Boufflers par ce même Nattier et dont le musée de Valenciennes conserve une version. La proximité imitatrice de Rigaud n'est donc pas étonnante d'autant que concernant son portrait du comte de Lautrec en 1742, une version présumée par Nattier passa longtemps pour une oeuvre de Rigaud qui voisinait également avec le portrait retrouvé de Gallucio...

Paul-François Galluccio, marquis de l’Hôpital, ambassadeur de France à Naples, sera en effet également peint par Louis Tocqué à Saint-Pétersbourg vers 17571 et son buste (Paris, musée Jacquemart-André) sculpté par Pierre de Lestache (1688-1774). Fils de Guillaume-François Antoine, marquis de L’hôpital (1661-1704), officier de cavalerie et mathématicien célèbre, notre modèle est né le 13 janvier 1697. Marquis de l’hôpital et de Chateauneuf-sur-Cher, il gravit rapidement tous les grades militaires jusqu’à sa nomination en tant qu’inspecteur général de la cavalerie et des dragons (1738), ce qui le motiva à se faire portraiturer par Rigaud. Maréchal de camp et armées du roi (1739), ambassadeur ordinaire auprès du roi des Deux-Siciles2, il quitta Paris en mars 1740 et arriva à Rome le 19 avril suivant. En juillet, il était à Naples où il devait rester jusqu’en 1751. Bien intégré à la cour de Charles III, il se préoccupa d’organiser plusieurs fêtes dont celle célébrant le mariage du Dauphin en 17453 ; s’intéressant de près aux fouilles d’Herculanum, il aurait même publié un mémoire sur la ville ensevelie4. Si d’Argenson considérait le marquis de L’Hôpital « léger, gentil, ignorant et peu accoutumé à raisonner de suite »5, l’ambassadeur semble avoir toutefois rempli avec honneur ses fonctions diplomatiques et devait même quelques années après son retour en France être désigné en 1757 comme ambassadeur en Russie6. Rentré à Paris quatre ans plus tard, il devait y mourir en 1776.

Roman proposait Élie-Guillaume de l’Hôpital (1693-1722 [sic]), comte de Saint-Même, surnommé « le marquis de l’Hôpital », mais nous ne pouvons croire que Rigaud ait peint un modèle décédé depuis 16 ans. 


1Gravé par J. G. Teuscher ; voir. Doria, 1929, n°175, p. 118 et 1953, p. 9.

2Rainach, 1893, p. 65-83.

3Pugliese Carratelli, 1994, p. 302, 424, 445.

4Mémoire historique et critique sur la ville souterraine, Avignon, 1748.

5Rathery, III, 1861, p. 19-20.

6Rambaud, 1890, II, p. 31-102.

 

* mises à jour : 01 mars 2022

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan