CATELAN Jean de

Catégorie: Portraits
Année : 1706

 

*PC.917

Âge du modèle : 47 ans

Huile sur toile
H. 145 ; L. 112 cm
Collection particulière.

Traces de signature, en bas à gauche : « [peint ?] par hyacinthe / Rigaud 1706 »

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1706 pour 500 livres (ms. 624, f° 24 v° : « M[onsieu]r L’Eveque de Valence [rajout :] h[abillement] r[épété] ») ; par descendance au propriétaire actuel ; sa vente, Paris, Artcurial, 10 novembre 2026.

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 121, 125, 127, 128, 135, 141, 142 [localisation de l'original inconnu] ; Sanchez, 2004, t. 3, p. 1449 [localisation de l'original inconnu] ; Perreau, 2013, cat. *PC.917, p. 199 [localisation de l'original inconnu] James-Sarazin, 2016, cat. *P.955, p. 325 (2003/2, cat. I, n°785) [localisation de l'original inconnu].

Expositions :

1776, Toulouse (salon), n°42 : « Tableau qui représente M. de Catellan, évêque de Valence, lecteur de Mgr le duc de Bourgogne, dont on voit le portrait dans le fonds. Copie de Rigaud [sic] ».

Copies et travaux :

  • 1706 : « Une [copie] de M[onsieu]r l’évêque de Valence en grand » pour 250 livres et « Une [copie] en buste du même [évêque de Valence] p[ou]r M[onsieu]r l’évêque de Mirepoix » pour 75 livres (ms. 624, f°23 v°).
  • 1706 : Bailleul reçoit 50 livres pour avoir « habillé l’eveque de Vallence en grand » (ms. 625, f° 21 v°).
  • 1706 : Delaunay perçoit 7 livres pour avoir « habillé M[onsieu]r de Valence » (ms. 625, f°20).
  • 1707 : Leprieur reçoit 24 livres pour « deux testes de l’évêque de Valence » et 12 autres pour « une autre teste » (ms. 625, f°22).
  • 1708 : Monmorency perçoit 25 livres pour avoir « habillé M[onsieu]r l’évêque de Valence en grand » (ms. 625, f°24).
  • 1708 : Delaunay touche 7 livres pour avoir « habillé M[onsieu]r l’évêque de Valence » (ms. 625, f°24 v°).

Descriptif :

Né à Toulouse le 30 mars 1659 d’une illustre famille de robe (dont les ancêtres, les Catelani venaient d'Italie), Jean VIII de Catelan, prince de Soyon, débuta comme conseiller-clerc de sa ville. Sous-diacre, docteur en théologie de la Faculté de Paris et maître-ès-arts (19 août 1683), il bénéficia pour sa carrière dans les ordres de l'appui de son oncle, Pierre de La Broue, évêque de Mirepoix. Ce dernier avait espéré pour son jeune protégé la charge de précepteur du duc de Bourgogne, mais n'obtint du roi le 23 août 1693, et sous l'autorité du duc de Beauvillier, précepteur des enfants de France, qu'un brevet de lecteur des ducs de Berry, d'Anjou et de Bourgogne, poste de bas-officier jugé subalterne par certains de ses contemporains. Il devait en effet partager cette fonction avec l'abbé Langeron, lecteur du duc de Bourgogne [1].

Par ailleurs, Catelan sera bientôt pourvu de l’abbaye de Boulancourt en Haute-Marne (commune de Longeville-sur-la-Laines, au sud-Ouest de Saint-Dizier) le 26 mars 1701, comme le rapporte Danjeau dans son Journal (tome VIII, p. 66) : « Le Roi donne [...] l'abbaye de Boulancourt, diocèse de Troyes, à l'abbé Catelan, lecteur de nos princes ; cette abbaye vaut 4000 francs ». On dira à ce propos que l'abbé Bossuet, ami de La Broue, ne fut pas étranger à cet appui, malgré les critiques que Catelan avait formulé à son encontre [2]. En juin 1698, lors du grand remaniement fait par le roi dans l'équipe éducatrice des enfants de France suite à l'affaire du Quiétisme, Bossuet avait en effet « sauvé » le poste de l'abbé Catelan ainsi que celui de l'abbé de Fleury [3]. 

Très actif comme abbé comandataire, Jean de Catelan conservera Boulancourt jusqu'à sa mort, le 8 janvier 1725, reconstruisant vers la fin de sa vie la maison abbatiale en 1722 [4]. Les revenus de l'abbaye lui assuraient 2035 livres. Prieur de Bousquet et de celui simple de Saint-Sulpice de Brésil au diocèse de Mirepoix, il eut également un canonicat dans la cathédrale de la même cité. À sa mort, sa succession atteigait 107716 livres. Sa bibliothèque fut vendue pour un total de 4289 livres et ses biens meubles 6758 livres. Dans son testament déposé le 16 février 1714 chez Bouron, Catelan avait insinué comme ses légataires universels l'hopital et les pauvres de sa ville. Lors de ses voyages réguliers à Paris, il avait pris soin d'établir diverses rentes sur le clergé (15000 livres) et l'hôtel de ville (22400 livres). 

Grand vicaire de son oncle, Catelan reçu le 22 août 1705 l’évêché de Valence. Son sacre, le 21 février 1706 par le cardinal de Noailles, fut le prétexte à la production de son portrait par Rigaud, le figurant assis dans un fauteuil, accompagné du portrait en ovale du duc de Bourgogne dont il était le lecteur. Dès 1704, Rigaud avait produit une copie du portrait de l'évêque, qui pourrait être le reflet d'une provision sur la confection de l'effigie. En effet, elle ne correspond à aucun original à ce moment là. Il paraît également peu probable qu'il se soit agi de la trace d'un portrait de Guillaume Bochart de Champigny (1650-1705), prédécesseur de Catelan à l'évêché de Valence, et qui mourut en juillet 1705. 

Comme pour rendre hommage aux hommes qui favorisèrent son ascension, le nouvel évêque de Valence avait fait son marché chez son peintre en payant, en 1708, 75 livres pour une réplique en buste du portrait de Bossuet, évêque de Meaux (ms. 624, f°28 v°) après avoir également commandé à Rigaud, quatre ans plus tôt, une copie du portrait de son allié, l'évêque de Blois David Nicolas de Berthier (ms. 624, f° 23). Dès 1706, Rigaud avait également fait réaliser par Bailleul une copie du portrait en grand de Catelan pour l'évêque de Mirepoix [5] et, simultanément, une copie de l’évêque de Mirepoix pour l’évêque de Valence, échange réciproque entre deux évêques parentes, liés par la bulle Unigenitus.

Ces différents travaux trouvent leur écho dans une série de quittances inédites*, conservées aux archives de Valence et issues du fonds hospitalier de la ville [6]. Ainsi, le 23 avril 1706, Rigaud recevait de Catelan le paiement de la part de l'évêque de Mirepoix « la somme de 225 livres pour son portrait et une coppie » correspondants aux premières répliques des œuvres en rapport de notre notice. Le 22 mai 1708, Rigaud accusait également réception de 300 livres de la part de Monseigneur de Catellan « à compte sur les ouvrages que je fais pour luy. Reste vingt cinq livres », attestant sans doute que la confection de l'original perdura sur plusieurs années. Le 19 février 1708, Rigaud donnait en effet quittance à Mademoiselle Darmillon, agente de l'évêque pour ses affaires à Paris, de la somme de 650 livres « pour le portrait en grand de Monseigneur Leveque de Valence et des coppies, une de son portrait et l'autre de Monseigneur l'evêque de Mirepois ». L'encadreur André Tramblin (?-1742) et le peintre Jacques Hellart (1664-1719) furent également chargés de plusieurs travaux [7]. 

En 1776, le 24e salon de Toulouse proposait aux côtés de la copie du portrait de l'évêque, et sous le numéro 40, une effigie du duc de Bourgogne « du cabinet de M. le président de Sapte ». Ce portrait, sans doute l'ovale que l'on voit dans l'œuvre, avait été offerte par le prince à son lecteur qui l'avait conservé jusqu'à sa mort et qui était ainsi passé par héritage à ses héritiers dont Henri-Bernard-Catherine de Sapte (1744-1794), président au Parlement de Toulouse [8]. 

Roman signalait dès 1919 une copie du portrait de Catelan à l’évêché de Valence, que l'on doit à un artiste anonyme et que conserve désormais le musée des beaux-arts de la ville (H. 115 ; L. 81, inv. P.23). La copie faite par Bailleul du portrait de Catelan, quant à elle, est peut-être celle « en grand » commandée la même année à l’atelier pour 250 livres. Delaunay en recevait également 7 pour l’habillement d’un buste.

 


1. Formel François. « Mémoire autographe inédit et léger crayon du duc de Beauvillier, gouverneur des Enfants de France », I. In: Cahiers Saint Simon, n°43, 2015. La mort et le deuil chez Saint-Simon, p. 88.

2. « L'abbé de Catelan étoit un de ces discoureurs qui critiquoient la conduite et les écrits de M. de Meaux, son Apocalypse, ses notes sur les Psaumes, etc. Il alloit même jusqu'à reprendre le gouvernement de son diocèse, l'ordre de sa famille, l'administration de ses biens » (Journal de l'abbé Ledieu, p. 163).

3. Lettre de Bossuet à Pierre de La Broue du 15 juin 1698 : « Nous avons tous répondu de M. l'abbé Catelan ; on a aussi sauvé M. de Fleury » (cité dans Algar Griveau, Étude sur la condamnation du Livre de la Maxime des Saints, t. II, Paris, 1878, p. 13). 

4. Reconstruction de l'abbaye, plans de maison abbatiale, des communs et du jardin (AD52, 3 H 15, 1719). Les documents conservés aux archives départementales de la Haute-Marne présentent plusieurs variantes, témoignant de plusieurs projets ; la proposition à deux niveaux n’ayant finalement pas été retenue. Si les dépendances ouest sont encore partiellement identifiables dans le hangar actuel, celles qui fermaient la cour au levant ont été détruites. Comme le rappelle le marché pour sa reconstruction, du 24 décembre 1721, « l’ancienne maison abbatiale étant sous le dortoir, et presque contiguë, et tombant en ruines [...] pour y remédier, pour rendre le logement plus sain, plus commode et plus proche de l’église, a été convenu de le transporter dans le champ du moulin, entre l’église et la chapelle Sainte-Asceline, dont la face sera au midi, avec grange, écurie et autres dépendances, et cour dont la contenance, y compris le jardin, sera de 39 toises de long, sur 22 et demie de large. Les religieux requis par Jean de Catalan, évêque de Valence, abbé de Boulancourt, s’engagent à faire reconstruire l’abbatiale dans l’espace de quatre ans, conformément au mémoire et plan de Simon Dumoyer, architecte à Troyes. L’abbé fournira pour sa part 3686 livres, et abandonnera aux religieux les matériaux et l’emplacement de l’ancienne abbatiale. » (Charles Lalore, Cartulaire de l'abbaye de Boulancourt, 1869, p. 30).

5. Dans les papiers de la succession de l'évêque, on garde la trace d'une quittance de paiement à Rigaud de 125 livres pour la copie du portrait envoyée à l'évêque de Mirepoix (Archives communales de la Drôme).

6. Série 3 S 13, « quittances, 1706-1708 » et « quittances Mlle Darmillon ». Nous remercions vivement Mr Julien Mathieu, attaché de conservation du patrimoine et responsable du service, d'avoir répondu à notre demande de consultation émise le 7 août dernier et de nous avoir également signalé le « fonds Darmillon ».

7. Selon un mémoire du 7 janvier 1707, Hellart reçut 204 livres de Mlle Darmillon pour avoir fourni un portrait du roi avec sa bordure et sa caisse, et une contenant une bordure pour le portrait du duc de Bourgogne. Quant à Tramblin, il fut payé 140 livres le 13 octobre 1708 pour la bordure du portrait « en grand » de Catelan et « trois autres pour des bustes », sans doute les copies faites par Rigaud. Le 10 avril 1709, Tramblin, qui était également peintre de l'Académie de Saint Luc, fournissait à l'évêque un mémoire de travaux qu'il réalisa pour lui, pour un montant total de 409 livres : « huit copies de portraits en buste à 24 livres chacune », « une grande bordure pour le portrait original » (120 livres), « une bordure à cartouche pour un buste qui est ché Monseigneur de Blois » (16 livres), « plus deux bordures pour des bustes à la romaine » (20 livres), « plus six bordures à cordons pour des bustes à 6 livres 10 sols chacune », « plus une copie pour Mlle Damillon » (10 livres).

8. Marie-Louis Desazars de Montgailhard, « L'art à Toulouse, Les Salons de peinture au XVIIIe siècle », Mémoires de la Société archéologique de Toulouse, 1901, p. 141.

 

 

mise à jour de la notice : 21 juillet 2026 ; * 7 août 2026.

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan