LAUGEOIS Jean-Baptiste Louis

Catégorie: Portraits
Année : 1694

 

*PC.381

Âge du modèle : 24 ans

Huile sur toile
Dimensions inconnues [à mi-corps]
Localisation actuelle inconnue.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1694 pour 440 livres (ms. 624, f° 10 : « Mons[sieu]r Logeois, c’est Laugeois d’Imbercourt »).

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 39, 48 ; Perreau, 2013, cat. *PC.381, p. 110 [modèle identifié mais tableau non localisé] ; James-Sarazin, 2016, II, cat. P.414, p. 143 [association du modèle avec le portrait d'homme non identifié de la Galerie Wildenstein].

Copies et travaux :

  • 1695 : Leroy reçoit 5 livres « pour l’habit de M[onsieu]r dimbrecourt » (ms. 625, f° 2 v°).

Jean-Baptiste Louis Laugeois (1670-1734), seigneur d’Imbercourt, fermier général, fut également conseiller aux enquêtes (1690), maître des requêtes (1698), puis honoraire et doyen, intendant à Soissons (de 1712 à 1714) et à Montauban (1712-1718), y succédant ainsi à Antoine François Gaspard Legendre de Lormoy dans cette fonction [*P.412].

Fils de Jacques Laugeois (mort en juillet 1700), « homme d'affaires fort riche » (Saint-Simon, Mémoires, VI, 6), c’est lui qui signe la cession de sa charge de fermier général le 11 février 1693[1]. Il y est qualifié de « frère de la maréchale de Tourville[2] » et « intéressé aux Fermes unies ». D’Imbercourt expose en effet dans ce document qu’il est entré très jeune « dans les fermes de Sa Majesté et les a suivies de baux en baux, dans lesquelles il a travaillé avec beaucoup d’application et d’assiduité, mais son grand âge et ses infirmités le mettant hors d’estat de continuer il est forcé d’avoir recours à Sa Majesté et de la supplier très humblement de luy permettre de quitter l’interest qu’il a dans le Bail des Fermes unies fait à Me Pierre Pointeau et de choisir une personne capable pour remplir sa place ».

Avec le consentement du Roi, la compagnie assemblée des fermiers généraux nomma à sa place Louis Chevalier, sieur de Montigny, receveur général des finances de Metz. Ont signé par deux fois sur cet acte, outre Chevalier, un certain nombre de personnages que nous retrouvons dans les colonnes des livres de comptes de Rigaud tels Pierre Delpech (*P.62), Jean Guillemain de Courchamp (*P.118), Jean Remy Hénault (*P.297), Alexandre Lhuillier (*P.337), Pierre Thomé (*P.145) et Pierre de Turgis (*P.311). Son père, seigneur d'Imbercourt et de Launay, marié à Françoise Gosseau, avait d'abord servi comme soldat à partir de 1638, puis comme capitaine au régiment de Noaillac. Il acheta en 1656 une place de secrétaire du Roi, qui fut supprimée en 1664, mais qui lui valut d'être anobli en février 1677[3] ; il entra alors dans les affaires de finances, fut chargé de la recette de Saint-Sulpice de 1686 à 1691, devint ensuite fermier général, et mourut en juillet 1700.

Fermier général à son tour, Jean-Baptiste Louis avait épousé en premières noces Anne Marie-Antoinette Croisset (morte entre 1721 et 1734), fille du président Louis-Auguste Croisset (mort en 1728), marquis d’Estiaux avec qui il eut, Jean-Baptiste Guillaume (baptisé le 12 septembre 1709), chevalier, seigneur de la Jonchère, capitaine de cavalerie au régiment Royal Berry, et qui fit campagne en Italie. Sa seconde épouse, Louise-Françoise Le Canu de Baumaretz (morte le 2 juin 1767) lui donna deux enfants, François Joseph (futur prêtre et docteur en théologie et seul héritier) et Aimé Louis (mort jeune), enfants mineurs lors de l’inventaire après décès dressé le 17 mai 1734[4]. L’inventaire de Louise-Françoise fut réalisé, quant à lui, le 10 septembre 1767[5], dans un appartement situé rue Saint-Hyacinthe, appartenant au sieur Lemaitre de Baugrand, contrôleur de la bouche de M. le comte de la Marche. Divers tableaux ornent les murs de la défunte dont, au premier étage, dans une « salle de compagnie » suivant une antichambre, ayant vue sur la rue, on y note « trois tableaux peints sur toile dans leur bordure de bois doré, dont un ovalle, représentant led. Deffunt Sieur d’Imbercourt et deux portraits de sa famille » qui ne sont tirés que pour mémoire. Par contre, un tableau représentant « un flamand dans sa bordure de bois doré » est prisé 40 sols. Dans la chambre de la défunte, trois tableaux de dévotion (dont un Christ) sont estimés dix livres. Quelques autres portraits de femme « de la famille du deffunt » sont également notés.

À l'occasion de la publication, en 2005, d'un sompteux ouvrage sur les tableaux de la galerie Wildenstein à New York, Joseph Baillo nous avait consulté à propos de l'identification d'un extraordinaire portrait d'homme en habit de ville, postionné dans un intérieur semi-extérieur qui s'ouvrait sur un grand jardin à la française (Baillio, 2005, p. 142). Comme nous le lui indiquions, le jeune modèle, à la chemise décontractée et au col et à la chaconne dénouée, posait avec un certain faste devant un fauteuil, le bras droit relevé sous le manteau comme l'avait fait Maximilien Titon quelques années plus tôt. Cependant, il n'y avait que peu d'éléments pourvant acréditer la thèse selon laquelle il devait s'agir de Laugeois d'Imbercourt. En effet, de nombreux tableaux manquent encore à l'appel des listes d'originaux faits par Rigaud.

Le fait que Leclerc ait participé à hauteur de 5 livres en 1695 à la finition (ou l'ébauche) de « l'habit de M[onsieu]r dimbrecourt », sème d'autant le trouble que la qualité de l'exemplaire Wildenstein montre une facture totalement autographe, sans possibilité d'aucune collaboration. On a du mal à considérer, par conséquent, dans l'excellence du rendu des moirés du manteau et de ses revers d'or « à la Van Dyck », une autre main que celle de Rigaud elle même.

En accord avec nous (et contrairement à ce qu'indique  James-Sarazin en 2016 dans sa bibliographie), Baillo resta donc prudent, et conserva pour sa notice le titre générique de « portrait of a man », réservant l'idée de Laugeois d'Imbertcourt que nous lui avions proposée, à la simple probabilité. Pour lui, « the subject remains unknown [..]. Certain names to be sure, can be eliminated as candidates fom those listed under 1694. Some likeness are actually traceable whereas those marked with smaller fees, indicating bust-lengh or half-lengh images, can likevise be discarded. He would be Jean Baptiste Laugeois [...] Rigaud charged 440 livres for that commission, almost four times the cost of the usual portrait listed that year. [...] Unfortunatly, noprints of the composition, whichwould have established the sitter's identiti exist ».


[1] Cahier de 9 pages gr. in-fol. sur papier timbré, Collection particulière.

[2] Louise-Françoise Laugeois d'Imbercourt (morte le 11 octobre 1707), veuve du marquis de La Popelinière, mariée le 16 janvier 1690 à Anne-Hilarion de Costentin, maréchal de Tourville (1642-1701).

[3]Arch, Nat., X" 8673, fol. 124 v°; Papiers du P, Léonard, MM 825, fol. 142.

[4] Arch. Nat., Minutier Central, ET/XXVI/372.

[5] Arch. Nat., Minutier Central, ET/XCI/1047.

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan