CHASPOUX DE VERNEUIL Eusèbe Jacques

Catégorie: Portraits
Année : 1733

 

P.1386

Âge du modèle : 42 ans

Huile sur toile
H. 81 ; L. 65.
Boston, the Jeffrey Horvitz collection

Daté et signé au dos : « peint par Hyacinth Rigaud en 1733 ».

D’une main différente : « This picture as Engrived / hyacinthe Rigaud 1733 ».

Sur la traverse du châssis, une étiquette ancienne : « Eusèbe Chaspou / Mis de Verneuil Comte / de Loches / par Rigaud »

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1733 pour 600 livres (ms. 624, f° 44 v° : « M[onsieu]r. de verneuil Introduct[eu]r des ambassadeurs tout orig[ina]l ») ; coll. comte Pierre de Becdelièvre au château de Boussay à Preullu-sur-Claise v. 1960-1970 [selon Gallenkamp rapporté par James-Sarazin] ; vente Paris, hôtel Drouot, Enchères Rive-Gauche, Berlinghi-Domingo, 19 octobre 2005 ; Paris, galerie Turquin, 2009 ; galerie Alexis Bordes, 2009-2010 ; collection Jeffrey Hozwitz.

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 209 [f] ; Perreau, 2009, p. 66 [inédit] ; Perreau, 2013, cat. P.1386, p. 289 [avec la date de naissance v. 1691] ; James-Sarazin, 2016, II, cat. P.1469, p. 514-515.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 80 ; L. 63. Collection privée (vente Orléans, Binoche-De Maredsous, 28 janvier 1995, lot 26).

Nous écarterons ainsi l’interprétation de Roman qui voyait « N. Olier, marquis de Verneuil, né en 1691 ». Une ancienne étiquette au dos de la toile a permi en effet d’identifier ce personnage comme Eusèbe-Jacques Chaspoux (1695-1747), marquis de Verneuil, comte de Loches, baron du Roulet, conseiller ordinaire des conseils du roi, secrétaire ordinaire de la chambre et du cabinet, introducteur des ambassadeurs et grand échanson de France, fils d’Anne-Claire Renaudot et de Jacques Chaspoux (1630-1707), seigneur de Verneuil, Lieutenant des Gardes du Corps de Philippe d'Orléans. Il était donc le neveu d’Eusèbe Renaudot (peint par Rigaud et par Jean Ranc), qui lui légua la tenue de la Gazette de France en 1720, et arrière petit-fils de Théophraste Renaudot (1584-1653). Le personnage, vu en buste de brocart d’or, tourné vers la droite, semble comme posé sur un « matelas » constitué par un ample manteau de velours bleu, doublé de soie de même couleur. Bien que spécifié comme « habillement original », l’agencement des drapés, fait pour cacher les mains (ce qui aurait sans doute élevé le prix initial de 600 livres) rappelle dans une certain mesure ceux de Laurent Mazade [P.1372] ou d’Antoine Rousseau [P.1413].

En 1698, le baron Louis-Nicolas de Breteuil (ancien envoyé à Mantoue) acheta le semestre vacant par la mort de Michel de Bonneuil et resta introducteur jusqu’en 1715. Il vendit ensuite sa charge à Joseph Magny, marquis de Foucault qui la revendit presque aussitôt à Eusèbe-Jacques Chaspoux de Verneuil. En 1747, Verneuil laissa sa charge à son fils Eusèbe-Félix (1720-1791), second marquis de Verneuil, qui la revendit pour 100 000 livres, le 26 janvier 1756 à Ange-Laurent de La Live de Jully, avocat du Roi au Châtelet, fermier général, frère du marquis d'Épinay afin de payer celle de grand échanson, grand office de la Couronne. Dufort de Cheverny affirme que cette charge, d’un prix modeste, lui permit de satisfaire ses rêves de grandeur à moindre coût.

C’est en 1660 que la terre de Verneuil (actuel Verneuil-sur-Indre) passa aux Chaspoux famille issue de la bourgeoisie qui, ayant réussi à se hisser jusqu’à la noblesse, cherchait à faire oublier à tout prix son origine roturière. Les terres de Verneuil, du Roulet, de Saint-Flovier, de Sainte-Julette et Chaumussay furent ensuite érigées en marquisat au profit de notre modèle (1746) pour services rendus au roi.

Selon les propres termes du monarque : « Nous avons jugé ne pouvoir mieux faire connaître combien nous sommes satisfaits des services que nous a rendus et que doit nous rendre par la suite notre amé et féal sieur Eusèbe Jacques Chaspoux de Verneuil, notre conseiller ordinaire en nos conseils, secrétaire ordinaire de notre chambre et de notre cabinet, et cy-devant introducteur des ambassadeurs et princes étrangers en notre cour […] ». Mais selon Saint-Simon, seul un vrai gentilhomme pouvait avoir assez de finesse pour saisir les subtilités du cérémonial de l’introduction, seul un vrai gentilhomme avait assez de légitimité pour donner des ordres jusqu'aux princes du sang et aux ducs et pairs. À la suite du mémoraliste, la plupart des courtisans étaient convaincus qu'il fallait être bien né pour occuper ces emplois. D’ailleurs, les officiers qui n'étaient pas de qualité se le voyaient cruellement rappeler pendant l'exercice de leur charge. Dufort de Cheverny rapporte ainsi que le marquis de Verneuil s'était vu raillé par des courtisans qui, fâchés des airs de hauteur que l'introducteur affectait, avaient répandu dans le public sa naissance et sa famille : « Des méchants — car il y en a partout — surent qu'il avait à Loches tous ses parents, dont le plus huppé était boucher. On se rappela leurs différents noms ; les voilà : Bigre, Chassepoux, marquis de Verneuil »[1].

L’épouse en 1743 d’Eusèbe-Félix, Anne-Adélaïde de Jouvenel de Harville des Ursins (1726-1761), fille du marquis de Harville, maréchal de camp, se vit refuser le salut du roi alors qu’elle devait lui être présentée et ce, malgré sa naissance plus illustre. Dufort de Cheverny soupçonnera alors Louis de Noailles, duc d'Ayen, capitaine des gardes, d'avoir décidé Louis XV contre la marquise, en rappelant au Roi les noms successifs de la famille de Verneuil. Notre modèle a épousé par contrat du 15 avril 1719, Louise Françoise Bigres (morte en 1777).[2].

 


 

[1] Dufort de Cheverny, I, p. 189.

[2] Voir leur contrat de mariage en ligne sur le site des Archives nationales.

Poser une question à propos de cette oeuvre
Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan