ROUSSEAU Antoine

Catégorie: Portraits
Année : 1737

 

P.1413

Âge du modèle : 59 ans

Huile sur toile
H. 83,5 ; L. 67 cm
Perpignan, musée Rigaud (2016).

Traces de signature au dos.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1737 pour 600 livres (ms. 624, f° 45 v°, rajout de Hulst : « M. Rousseau, chef de la manufacture des draps noirs de Sedan ») ; par succession à Angélique-Elisabeth Rousseau (morte en 1759), fille des modèles, mariée à Jean Vinanti ; son fils aîné Antoine-Charles Rousseau de Thelonne (1738 – guillotiné en 1794) ; sa seconde fille, Victoire-Françoise Rousseau, baronne de Lescours ; revenu aux marquis de Bruslard, en 1854, descendant de la sœur aînée de Victoire-Françoise, Elisabeth ; Louis Mortimer-Ternaux (1808-1871), par héritage d’une branche de la famille [Charles Gabriel Jean Rousseau de Thelonne (1740-1811), banquier, député des Ardennes en l'an VIII ; sa fille, Charlotte Blanche Rousseau de Thelonne (1786-1817) ; son époux Etienne Nicolas Louis Ternaux (1765-1830) ; leur cadet, Louis Mortimer-Ternaux (1808-1871)… Les Ternaux descendent de Nicolas Ternaux, marchand-épicier et échevin de Sedan dont le fils, Charles Louis (1738-1814), est manufacturier en draps et laines à Sedan et Juge au Tribunal du Commerce] ; famille Ternaux, par descendance ; succession du baron de X ; vente Rouen (Wemaëre et De Beaupuis), 11 novembre 2001, lot 12 ; Paris, Galerie Steinitz en 2002 ; vente Paris, hôtel Drouot (Tajan), 26 juin 2008, lot 81, repr. p. 88 du catalogue (dimensions légèrement différentes : H. 84 ; L. 66,5. Les cadres de la paire ont été inversés depuis la vente de Rouen) ; Perpignan, collection particulière ; Perpignan, musée Hyacinthe Rigaud (2016).

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 215 ; Perreau, 2004, 177, 234 ; Perreau, Antoine Rousseau, [en ligne], 9 novembre 2008, http://wikipedia.fr ; James-Sarazin, 2009/1, n° 71 (non exp.), p. 142 ; Perreau, 2013, cat. 1413, p. 295.

Antoine Rousseau (Paris, Saint-Eustache, 1678 – 1749), écuyer, seigneur de Thelonne et de Givonne, était le fils aîné d’un marchand de draps, Denis Rousseau (1640-1709), seigneur de Vaux-Fourché, lui-même échevin de Paris (1684), député à la chambre de commerce, secrétaire du roi le 22 octobre 1702, anobli et désormais marquis de Givonne, et de Marie-Angèle Le Brun (1651-1709). Depuis 1646, un privilège avait été donné à la ville de Sedan pour la confection de draps « façon de Hollande et d’Angleterre», habiles contrefaçons dont on s’entiche bien vite. La manufacture royale du Dijonval, avait été créée pour l’occasion, tenue notamment par les Poupart de Neuflize et les Paignon, et bientôt rejointe par celle des « Gros-Chiens ». C’est en 1688, grâce au privilège que lui a accordé Louvois, que Denis Rousseau s’installe à Sedan, à l’entrée de la rue du Mesnil, dans un ensemble de bâtiments comprenant l’ancien hôtel construit en 1629 par Henri de Lambermont, maître de forges, et ceux de l’ « Académie des Exercices », fermée depuis 1685 (Révocation de l’Edit de Nantes) et créée en 1607 par le protestant Henri de La Tour d’Auvergne pour enseigner l’art de la guerre. La manufacture des « Gros-Chiens » était née. Au décès de son père, Antoine part donc à Sedan pour y faire prospérer l’usine paternelle, après lui avoir succédé comme secrétaire greffier du Conseil d’Etat du roi, le 28 mars 1709. Il transforme bientôt les ateliers en une « Fabrique royale de draps privilégiée » dont il devient le directeur officiel en 17 décembre 1726 grâce à une « confirmation et continuation des privilèges pour la manufacture de draps fins du fils de D. Rousseau à Sedan »[1]...

En 1727, Antoine Rousseau est fait Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel dont il porte ostensiblement le cordon noir sur son portrait. Riche, très riche même, l'homme s’était fait redécorer la « cour des têtes » ouvrant sur les deux niveaux et les ailes en retours bâties par son père et qui n’a rien à envier aux hôtels particuliers parisiens de l’époque. Son portrait se devait donc d’être suffisamment représentatif de sa fonction. Aussi pouvons-nous être étonnés du peu d’originalité de la formule adoptée dans le buste confectionné par Rigaud, adapté d’un prototype déjà vu dans le portrait de Laurent Mazade dès 1732 [P.1377]. Si le drapé propose cependant quelques variantes dans l’agencement et le fracas des plis, il reste essentiellement destiné à cacher les mains du modèle, très chères à peindre. C’est sans doute dans une importante bordure en chêne sculpté et doré que le drapier souhaita compléter son achat. Celui qui orne actuellement le portrait, d’un dessin très original, travail parisien très probablement aux décors de rinceaux « régence », semble être une imitation XIXe mais est l’exact pendant de celui qui orne le portrait de Madame Rousseau, Marie-Charlotte Boucher (1690-1756).

 


[1] Bos, Lucasen & de Peuter, Inventaire de la collection Bruyard concernant le bureau du Commerce et l’Inspection des manufactures sous l’Ancien Régime, Nederlandsch Economisch-Historisch Archief, Amsterdam, 1996, n° 816, p. 46.

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan