ESTRÉES Victor Marie d'

Catégorie: Portraits
Année : 1690

 

*P.191

Âge du modèle : 30 ans

Huile sur toile
Dimensions inconnues [buste]
Localisation actuelle inconnue

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1690 pour 115 livres (ms. 624, f° 5 v° : « Mons[ieu]r le Compte détréz [rajout : d’Estrées] »).

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 22 [f] ; Perreau, 2013, cat. *P.191, p. 85.

Très vraisemblablement doit-on voir ici un premier portrait en buste de Victor-Marie (1660-1737), comte de Nanteuil et d’Estrées, duc en 1723 et que nous retrouverons pour un second portrait en 1702. En cette année 1690, son père, Jean II d’Estrées (1624-1707), comte de Nanteuil-le-Haudouin (dit d’Estrées), Baron de Doudeauville et de Parenty, Seigneur de Tourpes, premier Baron du Boulonnais, était déjà duc et pair depuis mars 1687 ce qui l’écarte d’un possible modèle de Rigaud compte tenu du titre utilisé ici. Maréchal de France (1681), Vice-Amiral de France, Jean 1er s’était marié en 1658 à Marguerite-Marie Morin (morte en 1714). Pourvu en 1681 du titre honorifique du vice-roi d’Amérique, il termina sa carrière comme lieutenant général en Bretagne (1701).

À cette époque, Victor-Marie venait de briller à la bataille de Philippsbourg (1688) et s’apprêtait, en 1691, à contribuer à la prise de la forteresse de Nice. Maréchal de France en 1703, vice-amiral (1684), il fut donné comme mentor au comte de Toulouse pour commander, en 1704, l'escadre réunie à Toulon et participa à ce titre à la bataille de Velez-Malaga (24 août), ce qui lui valut la Toison d'or et le titre de général des mers d'Espagne. Président du Conseil de marine (1715), ministre d'État (1727), directeur de la Compagnie des Indes, il fit également membre de l'Académie des sciences (1707), de l'Académie française (1715) et de celle des Inscriptions (1726). Notre modèle épousa, en 1698, Lucie-Félicité de Noailles (1683-1745), dame du Palais de la duchesse de Bourgogne, l’un des 21 enfants qu’un autre modèle de Rigaud, Anne-Jules de Noailles avait eu avec Marie-Françoise de Bournonville.

Saint Simon nous a dressé un portrait en demi-teintes de d’Estrées qui témoigne des goûts de l’homme en matière d’art (Mémoires, IV, 4) :

« C’était un fort honnête homme, mais qui ayant été longtemps fort pauvre, ne s’épargna pas à se faire riche du temps du fameux Law, dans la dernière régence, et qui y réussit prodigieusement, mais pour vivre dans une grande magnificence et fort désordonnée. Ce qu’il amassa de livres rares et curieux, d’étoffes, de porcelaine, de diamants, de bijoux, de curiosités précieuses de toutes les sortes, ne se peut nombrer, sans en avoir jamais su user. […] Avec de la capacité, du savoir et de l’esprit, c’était un esprit confus. […] La Vrillière disait de lui que c’était une bouteille d’encre, qui, renversée, tantôt ne donnait rien, tantôt filait menu, tantôt laissait tomber de gros bourbillons, et cela était vrai de sa manière de rapporter et d’opiner. Il était avec cela fort bon homme, doux et poli dans le commerce, et de bonne compagnie ; mais bien glorieux et aisé à égarer, grand courtisan quoique non corrompu. »

Voir le portrait de son frère, l’abbé d'Estrées [*P.610].

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan