BOURBON CONTI François Louis de

Catégorie: Portraits
Année : 1697

 

*P.490

Âge du modèle : 33 ans

Huile sur toile
H. 2,88 ; L. ?cm  [en pied]
Localisation actuelle inconnue.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1697 pour 2000 livres (ms. 624, f° 13 : « Mons[ieu]r le prince de Conty [rajout : Conti] ») ; collection du prince de Conti au château d’Issy (d’après D’Argenville et Huslt) ; l’original se  serait trouvé par tradition au château d’Eu.

Bibliographie :

Rigaud, 1716 p. 117 ; Anselme, 1726, I, p. 347 ; Hulst/2, p. 164 ; Hulst/3, p. 178 ; Dezallier d’Argenville, 1745, II, p. 315 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 46 v°, n°39, VII, f ° 7 ; Basan, 1767, p. 174 ; Lelong, 1775, p. 155, n°5 ; Huber, 1787, II, p. 670 ; Huber & Rost, 1797, VIII, p. 4 ; Paignon-Dijonval, 1810, 7470 ; Nagler, 1836, III, p. 476 ; Le Blanc, 1856, II, P. Dr., n°42 ; Firmin-Didot, 1876, P. Dr., n°66 ; Firmin-Didot, 1875-1877, P. Dr., n°445 ; Portalis et Béraldi, 1881, II, p. 17, n°14 ; Bellier et Auvray, 1882, I, p. 446 ; Mireur, 1910, II, p. 535, 539-540 ; Thieme & Becker, 1913, IX, p. 559 ; Soulange-Bodin, 1914, pp. 6-49  ; Audin & Vial, 1919, p. 287 ; Roman, 1919, p. 56, 60, 61, 75, 76, 112, 142, 180 ; La Force, 1948, p. 136-145 ; Bouvy, 1929, p. 72-LIII, pl. 84 ; IFFXVIIIe 1951, VII, P. Dr.,n°35 ; Constans, 1980, 113  ; Constans, 1995, p. 768, 4531 ; Thieme & Becker-Saur, 2001, XXIX, p. 409 ; Perreau, 2004, p. 89-90, repr. p. 89, fig. 63 (pour la gravure de Drevet) ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 167, 202 ; Ibid. II, p. 74, 75, 376, cat. P. Dr. n°30 ; Marcheteau de Quincay, 2006, p. 25, repr. fig. 32 (pour la gravure de Drevet) ; Perreau, 2013, cat. *P.490, p. 127 ; James-Sarazin, 2016, II, cat. *P.515, p. 171-173.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile ovale d’après Rigaud [buste]. Ribeaute-les-Tavernes, château de Ribeauté. Inv. CNMHS, PM3 0000791 (Don du prince de Conti à M. Deshours de Mandajor, administrateur du comté d’Alais).
  • 2. Huile sur toile ovale, suiveur de Rigaud [buste], H. 75 ; L.60. Salamanca, musée des Beaux-arts. Inv. P.2156 (dépôt du musée du Prado, Madrid).
  • 3. Plume, encre noire et lavis gris, suiveur de Rigaud (sans le serviteur), H. 18,5 ; L. 13. Collection particulière (vente Alençon, hôtel des ventes, 20 novembre 2011, lot 29 [=gentilhomme suiveur de F. de Troy].
  • 4a. Gravé par Pierre Drevet, en pied, et en 1700 selon Hulst. H. 63 ; L. 49,1 cm. Au-dessous du trait carré, de part et d’autre d’une composition aux armes : « François Louis de Bourbon, Prince de Conti / Présenté à SON ALTESSE SERENISSIME par son très humble et très obéissant serviteur Drevet. » Sous le trait carré à gauche : « Hyacinth.us Rigaud pinxit ; à droite : Petr.us Drevet sculpsit. » En bas à droite : « Se vend à Paris, chez P. Drevet rue du Foin / devant le grand portail des Mathurins. »
  • 4b. Gravé par Simon Tardieu après 1709 pour le fond Odieuvre. H. 15,1 ; L. 11. Buste dans un ovale de pierre. Dessous, dans le piètement, la lettre suivante : « Franc.s Louis de Bourbon / Prince de Conty / Né le 30 Avril 1664. Mort le 22 Février 1709. » Sur le plat du socle, de part et d’autre de l’ovale : « H. Rigaud. Pinx. – S. Tardieu fils. Sculp. » En bas de l’estampe : « Se vend à Paris chez Odieuvre, Md. d’Estampes, quai de l’Ecole, vis-à-vis la Samarite à la Belle-Image. »;
  • 4c. Gravé par Simon Thomassin en 1697. Buste armé tourné vers la doite, dans un ovale de pierre décoré d’attributs militaires. Seule la tête semble avoir été reprise d’après le tableau de Rigaud. Dans la bordure de l’ovale : « François Louis de Bourbon prince de Conty / offerebat humilibus et obsequentissimus servus Simon Thomassin. » Dans la bordure inférieure : « Dessiné et gravé par Simon Thomassin, graveur du roi – 1697. » C. P. R. ;
  • 4d. Gravé par Étienne Jehandiers Desrochers en 1698. Dans un ovale tourné à droite : « FRANCOIS LOUIS DE BOURBON PRINCE DE CONTI ». Sous l'ovale, les vers d'Horace : « Saepe dat indignis » (« aveugle en ses faveurs »). Sur la tablette à droite : « Gravé par E. Desrochers 1698 ». Dessous : « Et se vend chez luy A Paris rüe St Jacques devant les Mathurins ». Dans le socle : « Ce Prince a cent talens pour porter la Couronne, / Mais si le sort qui la donne / La luy refuse aujourd'huy : / Je ne vois au monde personne / Plus propre a s'en passer que luy. ».
  • 4e. Gravé par P. Dautel.
  • 4f. Gravé par Roger.
  • 4g. Gravé par Maria Sibylla Mérian (vers 1700), en buste à gauche dans un ovale. H. 22,2 ; L. 15,7 cm. « François Louis de Bourbon / prince de Conti / Merian exc. » ;
  • 4h. Gravé par C. Weigel, v. 1700.
  • 4i. Huile sur toile d'après Rigaud (Jean Ranc ?). Collection privée. Le prince est vu à la taille avec une seule main posée sur son heaume.

Copies et travaux :

Un chapitre spécial est dédié aux copies en cette année 1697 : « Coppie de m[onsieu] le prince de Conty de la meme année »

  • 1697 : « Une [copie] en grand » pour 150 livres (ms. 624, f°13 v°).
  • 1697 : « Une [copie] en buste » pour 50 livres (ms. 624, f°13 v°).
  • 1697 : « Une [copie] en buste » pour 50 livres (ms. 624, f°13 v°).
  • 1697 : « Une [copie] pour Mons[ieu]r Milon » pour 150 livres (ms. 624, f°14).
  • 1697 : « Trois bustes » pour 150 livres (ms. 624, f°14).
  • 1697 : « Une pour m[onsieu]r Le Duc de la foeüillade » pour 150 livres (ms. 624, f°14). 
  • 1697 : « Une en buste pour m[onsieu]r le Comte de marsan » pour 50 livres (ms. 624, f°14).
  • 1697 : « Une pour m[onsieu]r le president de même » pour 150 livres (ms. 624, f°14). 
  • 1697 : « Une en buste pour la pologne » pour 50 livres (ms. 624, f°14).
  • 1697 : « Une pour mons[ieu]r paparel » pour 150 livres (ms. 624, f°14). Le destinataire est Claude-François Paparel (1659-1725), trésorier général de l’ordinaire des guerres.

Viennent ensuite divers travaux et copies :

  • 1697 : Jean Ranc reçoit 35 livres « pour une copie de M[onsieu]r le prince de Conty » (ms. 625, f°4 v°).
  • 1697 : Jean Ranc reçoit 24 livres « pour trois tetes de M[onsieu]r le prince de Conty ébauchées » (ms. 625, f°4 v°).
  • 1697 : « Deux [copies] en buste du même prince » par Jean Ranc pour 32 livres (ms. 625, f°4 v°).
  • 1697 : « Une copie de M[onsieu]r le prince de Conty en petit en pied » par Jean Ranc pour 30 livres (ms. 625, f°4 v°).
  • 1697 : « Plus deux [copies] de M[onsieu]r le prince de Conty » par Jean Ranc pour 60 livres (ms. 625, f°4 v°).
  • 1699 : « deux [copies] de m[onsieu]r Le prince de Conty » pour 140 livres (ms. 624, f°17).
  • 1699 : « deux [copies] de m[onsieu]r le prince de Conty » pour 140 livres (ms. 624, f°17).
  • 1699 : Adrien Leprieur reçoit 35 livres pour « une Copie de Monsieur Le Prince de Conty en grand ébauchée or la teste » (ms. 625, f°7 v°).
  • 1700 : Leprieur reçoit 6 livres complémentaires « pour [une copie de] M[onsieu]r Le prince de Conty » (ms. 625, f°7 v°).
  • 1704 : De Launay reçoit 6 livres pour avoir « habillé M[onsieu]r le prince de Conty, Fait [en] 1703 » (ms. 625, f°17 v°).
  • 1708 : Monmorency est rétribué 10 livres pour « une Coppie entiere de m[onsieu]r le prince de Conty » par (ms. 625, f°24).
  • 1715 : La Penaye reçoit 12 livres pour avoir « habillé le buste du prince de Conty » (ms. 625, f°37).

La tradition a voulu que le formidable succès du portrait du prince de Conti, attesté par les nombreuses copies qui en furent immédiatement réalisées, acheva de faire venir chez Rigaud les plus importants personnages du royaume et assit encore davantage sa réputation. François-Louis de Bourbon, prince de Conti (1664-1709), Prince de La Roche-sur-Yon, Grand Capitaine était surnommé « le Grand Conti ». Neveu du Grand Condé et petit-fils d’Henri II de Bourbon (1588-1646), prince de Condé, notre modèle a bénéficié d’un portrait littéraire fait par le duc de Saint Simon le 21 février 1709 (au décès du prince), et dans lequel semble se dessiner le tableau de Rigaud :

« Sa figure avait été charmante. Jusqu’aux défauts de son corps et de son esprit avaient des grâces infinies : des épaules trop hautes, la tête un peu penchée de côté, un rire qui eût tenu du braire dans un autre, [...]. Galant avec toutes les femmes, amoureux de plusieurs, bien traité de beaucoup, il était encore coquet avec tous les hommes [...]. C’était un très bel esprit, lumineux, juste, exact, vaste, étendu, d’une lecture infinie, qui n’oubliait rien, qui possédait les histoires générales et particulières, qui connaissait les généalogies, leurs chimères et leurs réalités, qui savait où il avait appris chaque chose et chaque fait, qui en discernait les sources, et qui retenait et jugeait de même tout ce que la conversation lui avait appris, sans confusion, sans mélange, sans méprise, avec une singulière netteté. […] Doux jusqu’à être complaisant dans le commerce, extrêmement poli, mais d’une politesse distinguée selon le rang, l’âge, le mérite, et mesuré avec tous, il ne dérobait rien à personne. […] Cet homme si aimable, si charmant, si délicieux, n’aimait rien. Il avait et voulait des amis comme on veut et qu’on a des meubles ».

Seule la magnifique gravure de Drevet peut nous donner une idée de la disposition générale du tableau original que D’Argenville situait au château d’Issy : « M. le prince de Conti, étant appellé, en 1697, par les Polonois pour être leur Roi, se fit peindre par Rigaud avant que de partir. Ce portrait en pied est dans le château d'Issy, appartenant à ce prince. » Ce récit est confirmé par Rigaud lui-même dans son autobiographie :

« M. le prince de Conti, ayant été nommé roi de Pologne en 1697, voulut avant que de partir pour ce royaume, se faire peintre par Rigaud. Ce portrait a neuf pieds de haut ; le prince y est peint en pied, la composition en est riche. Madame la princesse de Conti a fait mettre ce tableau dans sa maison de plaisance à Issy, distant d’une demie-lieue de Paris. »

Dans une lettre à la raugrave Louise datée du 15 octobre 1719, la princesse Palatine attestait quant elle avoir reçu un exemplaire, sans doute en buste (Briefe der Herzogin Elisabeth Charlotte von Orléans. hrsg. von Wilhelm Ludwig Holland. Stuttgart [u.a.], Bibliothek des Litterarischen vereins in Stuttgart, 88, 107, 132, IV, lettre n°1063, p. 270). Les différentes copies connues tendent à prouver que l’estampe fut réalisée dans le même sens que la toile. Le prince est présenté debout, dans un environnement palatial, le casque et le bâton de commandement qu’il tient, disposés sur une lourde table dont les pieds figurent des atlantes. Un jeune serviteur maure soutient le manteau de Conti. Notons qu’en 1699, notre modèle passera commande à Rigaud d’une copie du portrait du Grand Dauphin, estimée à 140 livres (Roman, p. 74) et dont Adrien Leprieur fut chargé de retoucher la tête, la perruque et le fond (6 livres).

L’effigie du prince de Conti est ainsi la première, par son importance, d'une suite de grandes compositions que Rigaud réalisera des princes de la famille royale. Le succès fut tel qu’un chapitre spécial des livres de comptes de l’artiste fut dédié aux copies de ce portrait pour l’année 1697, réalisées dans leur majorité par Jean Ranc. On note certains commanditaires connus tels Alexandre Milon, le duc de La Feuillade [*P.226], le trésorier Paparel (dont l’épouse se fait peindre en 1697 [*P.517]) et le président de Mesmes [*P.195]. Une copie est destinée « pour la Pologne ». Selon Roman (1919), plusieurs copies auraient été conservées aux musées de Versailles, de Bourges et de Munich. Ces deux derniers musées n’ont cependant pas pu corroborer ces localisations. Quant à Versailles, on y voit quelques copies du XIXe siècle notamment celle commandée à Jean-Pierre Franque (1774-1860), en 1839 et agrandie de motifs décoratifs peints par Jean Alaux (H. 64 ; L. 54 cm / H. 94 ; L. 55). Elle est aujourd’hui mise en dépôt au ministère de la défense à Paris (Inv. 4617 6, MV7409, LP 4222. Voir Constans, 1995, I, p. 332, n°1874.). Une autre, partiellement en buste, a été commandée un an plus tôt à Louis-Joseph Fanelli-Semah (1804-1875), également pour le musée de Versailles (H. 114 ; L. 80 ; Inv. 4364, MV3601, LP 3605. Voir Constans, 1995, I, p. 303, n°1694).

L’esquisse du tableau original apparaît en filigrane de la toile figurée sur la gravure d’Édelinck d’après l’autoportrait de Rigaud « au manteau rouge » [P.307-3]. De nombreux exemplaires du portrait de son épouse seront produits dans les années 1700-1705. Quant à l’estampe de Drevet, elle fut pastichée en contrepartie, vers 1762, par H. T. de Bligny et à destination d'un portrait de Luis I d’Espagne. Le prince de Conti fut également un bon client de Rigaud, lui payant 140 livres en 1699 pour une réplique de l’effigie du Grand Dauphin (« une de m[on]s]ei]g[neu]r p[ou]r m[onsieu]r le prince de Conty », ms. 624, f°17).

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan