MESMES D'AVAUX Jean-Antoine III de

Catégorie: Portraits
Année : 1690

 

*P.195

Âge du modèle : 29 ans

Huile sur toile
Dimensions inconnues [à mi-corps]
Localisation actuelle inconnue

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1690 pour 345 livres (ms. 624, f° 5 v° : « Mons[ieu]r le président de Même [rajouts : Mesmes, Jean-Antoine] »).

Bibliographie :

Du Pradel, 1692 (1878), I, p. 56 ; Hulst/2, p. 151 ; Hulst/3, p. 172 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 93, n° 74, VII, f° 3 ; Moreri, 1759, VII, p. 496 ; Lelong, 1775, p. 231 ; Paignon-Dijonval, 1810, 7548 ; Nagler, 1836, III, p. 479  & 1843, XIII, p. 185 ; Michaud, 1843-1857, XXVIII, p. 94, 95 ; Le Blanc, 1856, II, P. Dr., n°87 ; Firmin-Didot, 1876, P. Dr., n°94 ; Firmin-Didot, 1875-1877, P. Dr., n°466 ; Portalis & Béraldi, 1880-1882, II, p. 16 ; Potier de Courcy, 1884-1890, Mireur, 1910, II, p. 539 ; Soulange-Bodin, 1914, p. 6-49 ; Roman, 1919, p. 22 ; Audin & Vial, 1919, p. 288 ; IFFXVIIIe1951, VII, P. Dr., n°90 ; Brême, 1997, p. 57 ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 67, 203 ; ibid. II, p. 181-182, cat. P. Dr. n°96 ; Perreau, 2013, cat. *P.195, p. 85

Œuvres en rapport :

  • 1a. Gravé par Pierre Drevet dès 1697, buste vu de trois quart vers la gauche, le visage de face, en habit de président au parlement. 51,2 x 40,6 cm. Cinq états connus. Dans la bordure de l’ovale, la lettre suivante pour le second état que nous avons consulté : « IN SUPREMO GALLIARUM SENATU PRAESES INFULATUS JOANES ANTOUS DE MESMES COMES D’AVAUX &c. » Sur le bord extérieur de l’ovale, de part et d’autre de la composition aux armes : « Offerebat Frater Stephanus Antonius - Montanier Minorita aquapersanus ». Sur le dessus du socle à gauche, « hyact. Rigaud Pinx » ; à droite, « P. Drevet Sculp. rue du Foin ».
  • 1b. Gravé par Desrochers en 1760. L’ovale surmonté d’un mortier de président. Au bas de l’estampe quatre vers français. Voir Paignon-Dijonval, 1810, 7548, p. 263.

À cinq reprises, Hyacinthe Rigaud eut à peindre les portraits de membres de la famille de Mesmes, importante dynastie de parlementaires issus de Guyenne dont Henri I de Mesmes (1532-1596), au service de François 1er, fut la première grande figure. La plupart de ces personnages furent maître des requêtes, conseillers d’État et, à partir d’Henri III de Mesmes (1586-1650), seigneur d’Irval, présidents à mortier au parlement de Paris. À ces charges, certains ajoutèrent celles d’ambassadeurs à l’exemple du frère du précédent, Claude (1595-1650), ennemi d’Abel Servien, qui excella en Hollande puis au traité de Munster (1648).

Notre présent modèle, Jean-Antoine III de Mesmes (1661-1723), était le petit-neveu de ces derniers, fils de Jean-Jacques III (1640-1688), comte d’Avaux, vicomte de Neufchastel, seigneur de Cramayel, président à mortier en 1672, Intendant à Soissons et prévôt et maître des cérémonies des Ordres du roi de 1671 à 1684. Il transmettra d’ailleurs cette dernière charge à son frère, Jean-Antoine II (1640-1709), le célèbre comte d’Avaux ambassadeur notamment en Hollande et en Suède qui, la vendit ensuite à son neveu, notre modèle, le 22 septembre 1703 (Saint-Simon, Mémoires, 1703, IV, 7). Jean-Antoine III, Chevalier, Comte d'Avaux, Marquis de Saint-Étienne, Vicomte de Neufchastel, Seigneur de Cramayel fut successivement substitut du procureur (1679), conseiller au parlement (décembre 1687), président à mortier (1688) puis premier Président en 1712 en remplacement de Louis Le Peletier [qui lui-même avait eut cette charge en 1689 de son père Claude Le Pelletier (1631-1711)]. Membre de l’Académie Française le 20 mars de la même année, suivant ainsi les pas de son père dans cette institution, le président de Mesmes était un intime de la cour de Sceaux et du duc et de la duchesse du Maine. Dépositaire du testament de Louis XIV par lequel le vieux monarque déclarait ses deux fils légitimés (dont le duc du Maine) aptes à régner, il en sera l’un des plus ardents défenseurs Mais malgré son appui le document est finalement cassé par le Régent. Critiquant vigoureusement l’élévation du cardinal Dubois à l’archevêché de Cambrai, Mesmes n’hésite pas également à dénoncer le système du financier Law. Suivit sur ce point par le parlement, il est exilé à Pontoise où il tient cependant table ouverte. Cet exil ouvrira néanmoins les yeux du public sur l’affaire Law, entraînera son examen puis sa chute. Le duc de Saint-Simon se faisait un devoir de détester le premier président car la fille que celui-ci avait eu de Marie-Thérèse Feydeau de Brou, fille d’un conseiller au Parlement de Paris, Marie Anne Antoinette de Mesmes (1696–1767), fit un mariage prestigieux en épousant le 14 décembre 1720, Guy Nicolas de Durfort (1683-1758), duc de Lorge, parent du littérateur. Or on sait combien Saint-Simon méprisait les mésalliances (Mémoires, 1721, XVII, 22)… Malgré un raccommodement de circonstance, Saint-Simon le décrit comme corrompu, détestable et méprisable à l’occasion de son décès et en dresse un portrait peu flatteur lors de sa nomination comme premier président en 1712, trois ans avant que le modèle ne repasse chez Rigaud : « […] beaucoup d'esprit, grande présence d’esprit, élocution facile, naturelle, agréable ; pénétration, reparties promptes et justes ; hardiesse jusqu’à l’effronterie ; ni âme, ni honneur, ni pudeur ; petit-maître en mœurs, en religion, en pratique ; habile à donner le change, à tromper, à s’en moquer, à tendre des pièges, à se jouer de paroles et d'amis, ou à leur être fidèle, selon qu'il convenait à ses intérêts ; d’ailleurs d’excellente compagnie, charmant convive, un goût exquis en meubles, en bijoux, en fêtes, en festins, et en tout ce qu'aime le monde ; grand brocanteur et panier percé sans s’embarrasser jamais de ses profusions, avec les mains toujours ouvertes, mais pour le gros, et l’imagination fertile à s'en procurer ; poli, affable, accueillant avec distinction, et suprêmement glorieux, quoique avec un air de respect pour la véritable seigneurie, et les plus bas ménagements pour les ministres et pour tout ce qui tenait à la cour » (Mémoires, 1723, XX, 2).

Compte tenu du prix plus élevé que celui du portrait du comte de Revel dont nous connaissons l’ordonnance, nous devrions avoir ici un portrait relativement inédit, jusqu’aux genoux, présentant le magistrat dans toute la pompe de sa fonction (il était Président à mortier au parlement de Paris depuis 1688), ce qui semble corroborer le témoignage de Hulst lorsqu’il décrit le burin correspondant de Drevet : « estampe de grandeur de thèse, a servi pour celle de Sébastien Regnault Ce portrait gravé n’est représenté qu’en buste, alors que dans le tableau, la figure va jusqu’aux genoux ». La dédicace se lit effectivement ainsi : « Offerebat F. Sebastianus Regnault - Minorita, Comitatûs Burgundiae », selon le 3e état offert en 1703 avec de nombreuses modifications tant dans l’image que dans l’inscription : ajout de la croix de l’Ordre du Saint-Esprit sur la poitrine ; modification des armoiries (suppression de la toque et des deux lions qui supportaient les armes) ; l’écu est entouré des colliers de l’ordre de Saint-Michel et du Saint-Esprit et surmonté d’une couronne princière ; quelques travaux sont visibles dans le bas du visage. Le second état de l’estampe ne présentait, par rapport au premier, que la suppression de l’adresse de Drevet et fut offert en 1697 par le frère mineur Étienne-Antoine Montanier. Quant au quatrième état, dont seule l’inscription sur le pourtour de l’ovale diffère, il fut commandé en 1703 par frère Jean-Charles Dacquet de Paris. Notons que le cuivre, avait été conservé par Pierre Drevet jusqu’en 1739 mais ne figure pas dans le catalogue de la vente de Claude (voir l’Inventaire après décès de Pierre-Imbert Drevet cité par Weigert, 1938, p. 238). Cependant Mme Levallois-Clavel dit que ce cuivre a été adjugé six livres seize sols à la vente de Claude Drevet… Si Hulst et Mariette datent l’estampe de Drevet de 1702, il faut plus probablement ramener la confection du premier état à 1697 tel que le fait Lelong. Ce n’est que le 22 septembre 1703 que Jean-Antoine III pourra arborer la croix de l’ordre du Saint-Esprit, ce qu’il fait rajouter à partir du troisième état de l’estampe de Drevet (« reg. ord. commend. »).

Rigaud ne déroge pas ici à la tradition des représentations de hauts magistrats à l’exemple de la posture choisie en 1697 par son collègue Largillierre dans son portrait de Charles-François de Montholon, premier président du parlement de Normandie ou de celle très proche du portrait de Claude Le Pelletier par Pierre Mignard, gravés tous deux par Drevet. La tête du président de Mesmes est très légèrement tournée de trois quarts vers la droite, son regard face au spectateur, le magistrat au corps à peine tourné vers la gauche est vêtu de la tenue emblématique de sa fonction : collet de fourrure et étole d’hermine. Il porte une longue et large perruque dont un côté descend sur l’épaule droite, recouvrant l’avant-bras. À juste titre, on peut sans doute rapprocher la composition de Rigaud de celle qui inspira Oudry et dont on concerve un dessin issu de son cahier de raison (Paris, musée du Louvre).

Voir le portrait de l'oncle du président de Mesmes, le comte d’Avaux, peint par Rigaud en 1700.

 

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan