JABACH Everhard

Catégorie: Portraits
Année : 1688

 

P.128b

Huile sur toile
H. 81 ; L. 64.
Collection particulière

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1688 pour 112 livres et 10 sols [buste] (ms. 624, f° 4 : « Mons[ieu]r Jabaque [rajout : Jabac] ») ; anc. coll. Antoine Joseph Essingh ; sa vente, Cologne, le 18 septembre 1865 (par J.M. Heberle), lot 268, p. 59 (« buste de grandeur naturelle d’Eberhard Jabach, le célèbre ami des arts, en perruque à queue, col négligemment boutonné, vêtement brun / vigoureuse peinture, frappante de vérité »), lithographie pl. XIV ; Barcelone, collection privée depuis 1965 ; vente Balclis, Barcelone, 8 juillet 2015, lot. 948.

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 15 (non localisé) ; Verzeichnis der Ausstellung von Gemälden der Meister älterer Zeit aus den Sammlungen kölnischer Kunstfreunde in dem auf dem Rathausplatze, dem Rathause gegenüber, gelegenen städischen Gebäude, DuMont-Schauberg, Cologne, 1840, n°95, p. 13 ; Comte Emmanuel-Henri de Grouchy, « Everard Jabach, collectionneur parisien », Mémoires de la société de l’histoire de Paris et de l’Ile de France, t. XXI, 1894, p. 242 ; Vey, 1967, p. 177, fig. 129 ; Perreau, « Everhard Jabach et Hyacinthe Rigaud, une iconographie retrouvée », [en ligne], www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com, 20 juillet 2015 ; James Sarazin, 2016, II, cat. PS.1, p. 649.

 

C’est probablement grâce à leur passion commune pour la peinture flamande et plus particulièrement pour l’œuvre de Van Dyck que le banquier Everhard Jabach (1618-1695) et Rigaud firent connaissance et que des liens d’amitiés se nouèrent entre eux. Directeur de la Compagnie des Indes Orientales et célèbre collectionneur, Jabach fut l’un des grands fournisseurs d’œuvres d’art pour les collections de Louis XIV, à l’exemple du portrait des princes palatins peint par Van Dyck en 1637 (Paris, musée du Louvre) acquis par le roi de France de Jabach en 1671 et dont Rigaud fit d’ailleurs une copie mentionnée dans l’inventaire de la collection du catalan dressé en 1703, dans son testament de 1735 et lors de la vente Collin de Vermont le 14 novembre 1761 (p. 7, n°37).

Certains historiens ont suggéré que le peintre Charles de La Fosse, ami de Jabach et ancien professeur de Rigaud à l’Académie, avait rapproché les deux hommes ce que semblerait appuyer un témoignage d’une Vie de Charles de La Fosse (Mémoires inédits, II, 1854, p. 7). Jusqu’ici, on avait tendence à voir dans le buste de 1688 l’une des versions d’un portrait de Jabach « en grand » confectionné par l'artiste à la même période mais resté inachevé. La réapparition du buste proposé par la maison de vente barcelonnaise est venue heureusement remettre en question cette hypothèse. La physionomie du modèle est assez proche des versions connues mais le regard de Jabach plonge cette fois dans celui du peintre, comme une marque de dialogue et de connivence que l’artiste a parfaitement su rendre. Loin de l’esquisse, le portrait est parfaitement achevé et l’étude psychologique poussée à l’extrême, sans concession, sublimant ce visage vieilli.

On peut aujourd’hui relier l’œuvre à celle ayant appartenu au célèbre rentier de Cologne, Anton Joseph Essingh (1787-1864), « qui joignait a un goût éclairé et sévère pour les arts, les moyens de satisfaire à toutes ses fantaisies » selon Siret (Revue de l’art chrétien, oct. 1865, p. 505). Si le portrait avait été lithographié par Ostewald pour servir de frontispice au catalogue de la vente du collectionneur en 1865, la mauvaise qualité de l’iconographie n’avait pas permis jusqu’ici d’inclure l’image de manière certaine au corpus de Rigaud. L’historique est désormais rétabli par la réapparition de cet original totalement autographe.

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan