JABACH Everhard

Catégorie: Portraits
Année : 1688

 

P.128

Âge du modèle : 70 ans

Huile sur toile inachevée
H. 135 ; L. 105,5.
Bussy-le-Grand, château de Bussy-Rabutin. Inv. PM21002829

Historique :

Absent des livres de comptes ; peint vers 1688 [projet à mi-corps] ; sans doute IAD Rigaud, n° 393, f° 51 (Antichambre donnant sur la rue Louis-le-Grand : « Item un Grand tableau peint sur toile Portrait de M. Jabac Ebauché dans sa bordure dorée numéroté cen trente prisé la somme de huit livres. ») ; vente La Live de Jully, 1770, n° 60 ; acq. en vente publique par le comte de Sarcus, 1821.

Bibliographie :

La Livre de Jully, 1770, n° 60 ; Roman, 1919, p. 15 ; Gallenkamp, 1956, p. 335, 359 ; Thuillier, 1961, p. 32-41 et 83 ; Vey, 1967, XXIX, p. 173-174 ; Pion, 1977, p. 47-63 ; cat. Cologne, 1986, p. 74 ; O’Neill, 1987, p. 23-27 ; Brême, 2000, p. 32 ; James-Sarazin, 2003/2, p. 304, 323 ; Perreau, 2004, p. 97-98 ; cat. Tournai, 2004 [Le Bailly de Tilleghem], p. 23 ; Rosenberg, 2005, n° 136, p. 419-420 ; James-Sarazin, 2009/2, p. 73-74, 116, 136 ; James-Sarazin, 2011/2, p. 38 ; Perreau, 2013, cat. P.128, p. 77-78.

Œuvres en rapport :

  • 1a. Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier beige, H. 33 ; L. 24. Berlin, Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz, Kupferstichkabinett. Inv. KdZ 1679. Inscription à la pierre noire au bas de la feuille : « Everard Jabach Directeur de la Compagnie des Indes. Dessiné par Charles Le Brun / ce Portrait m’a été donné à Cologne par Mr de Borsch le 20 […]. » Au verso : étude fragmentaire d’un nu masculin avec inscription en bas Le Brun et en haut, Rigaud. L’origine de ce dessin demeure incertaine d’autant plus que les fichiers du musée furent perdus durant la dernière guerre ; il fut probablement élaboré dès 1688. Voir Wallraf-Richartz Jahrbuch, 1967 ; Brême, 2000, p. 32, repr. p. 33 ; James-Sarazin, 2003, p. 304, note 22 ; Perreau, 2004, p. 97, et note 160 ; Rosenberg, 2005, partie du n°136, p. 178-179. Exp. Master drawings, 1984.
  • 2. Pastel sur papier, suiveur Rigaud, H. 59 ; L. 46. Vente Londres, Phillips, 15 décembre 1999, lot 24, repr. p. 14 du catalogue. 
  • 3. Huile sur toile ovale. H. 81 ; L. 65. Mulhouse, musée des Beaux-arts. Inv. 70.1.1 (don Dollfus à la Société Industrielle de Mulhouse, 1869-70 ; dépôt, 1970). Bibli. : Cat. 1879, n°70, p. 23 (« Rigaud, portrait du peintre De Troy ») ; Michel, 1883, p. 365 (copie de Rigaud) ; Cat. 1891, n°134, p. 43 (« Rigaud, portrait du peintre De Troy ») ; Grouchy, 1894, p. 225-292 ; Cat. 1897, n°236, p. 45 (« Rigaud, portrait du peintre De Troy ») ; Cat. 1907, n°57 (id.) ; Cat. 1922, n°55, p. 15 (« Rigaud, portrait du peintre De Troy »).
  • 4. Huile sur toile, H. 80 ; L. 62. Collection Mniezech ; sa vente Paris, 10 avril 1902 (« portrait de Jabach »). Les dimensions sont presque identiques à l’exemplaire de Mulhouse mais la toile est de format quadrangulaire.
  • 5. Huile sur toile. H. 78 ; L. 64. Pesaro, Palazzo Montani Antaldi, Fondazione Cassa di Risparmio (acq. 1988). Expositions : Ancône, 2000-2001 (notice de F. Lui), p. 238-240, n°26, repr. p. 239. Cette très belle version du portrait de Jabach, très proche de celle de Mulhouse par ses dimensions, offre cependant un aspect plus vigoureusement esquissé (dans le traitement de la perruque et du col de la chemise) propre à la version de Tournai. À Mulhouse, le trait est plus achevé, plus lourd, plus épais. Ici, Rigaud revient à ses « esquisse » en buste dont seuls les traits même du visage sont poussés à l’extrême de leur finition. James-Sarazin, dans une communication écrite à Pesaro, proposait de voir ici une seconde version d’après la toile de Mulhouse. Compte tenu de sa qualité, il s’agit en tout état de cause d’une œuvre autographe de Rigaud, sans doute préparatoire à la vaste composition de Bussy-Rabutin.
  • 6. Huile sur toile. H. 49 ; L. 38. Tournai, musée des Beaux-arts. Inv. 3/41. Bibl. : Cat. Tournai, 1971 [Pion], n°514 (« autoportrait de Rigaud ») ; Vey, p. 277, fig. 13 ; Pion, 1977, XXVI, p. 47 ; Cat. Tournai, 1989 [Le Bailly de Tilleghem], p. 57 ; Cat. Tournai, 2004 [Le Bailly de Tilleghem], p. 23 ; Perreau, 2004, p. 97-98, repr. p. 98, fig. 71 ; Rosenberg, 2005, partie du n°136, p. 178-179. Cette esquisse, reprenant les traits du modèle, est peut-être un nouveau jet pour le portrait conservé à Bussy-Rabutin, quoiqu’elle diffère assez fortement de celles de Mulhouse et de Cologne. La perruque est plus blonde et le col de la chemise différent. Selon David Mandrella, auteur de la notice sur le tableau de Cologne dans l’exposition de Paris (2005), le tableau de Tournai serait à rapprocher de celui de Mulhouse, tous deux distincts donc du projet terminal englobant la version de Bussy-Rabutin et l’esquisse de Cologne.
  • 7. Huile sur toile. H. 58,5 ; L. 47. Cologne, Wallraf-Richartz museum. Fondation Corboud. Inv. Nr. WRM 1066. Historique : coll. T. J. Tosetti, Cologne ; vente, Paris, 1er juin 1830, lot 71 ; coll. de l’avocat Adolf Nückel, Cologne ; coll. E. Schenk, 1848 ; don, 1860. Bibliographie : Vey, 1967, XXIX, p. 173-174 ; Klesse, 1973, p. 108-110, repr. fig. 75 ; Vey, 1973, XXXV, p. 277-280 ; Pion, 1977, p. 47-63 ; Czymmek, 1986, p. 194-195 ;  Cat. Cologne, 1986, p. 74 (repr. p. 240, n°494) ; O’Neill, 1987, p. 23-27 ; Brême, 2000, repr. p. 32 ; Perreau, 2004, p. 98, repr. fig. 72 ; Rosenberg & Mandrella, 2005, cat.964, repr. p. 167. Expositions : Paris, 1955, n°53 ; Rosenberg, 2005, cat. 136, p. 419-420, repr. p. 178.
  • 8. Huile sur toile. H. 56 ; L. 44. Loc. inc. (vente Paris, 28 décembre 1922 ; vente Paris, 23 janvier 1928).
  • 9. Huile sur toile. H. 78 ; L. 64,5. Cologne, Wallraf-Richartz museum. Fondation Corboud. Inv. Nr. WRM 3381. (Ancienne collection Dr. Hubert ; cat. 1980). Voir Vey, 1971, p. 221 ; Cat. Cologne, 1986, p. 74 ; Cat. Cologne, 1995, p. 89 ; Rosenberg & Mandrella, 2005, cat. 988, repr. p. 169.
  • 10. Huile sur toile. H. 77 ; L. 57. Collection particulière (Paris, cabinet Turquin, 2007).
  • 11. Huile sur toile d'après Rigaud (atelier ?). H. 47 ; L. 38. Collection particulière. Vente Paris, hôtel Drouot, Millon et associés, 16 mars 2018, lot 46 (« portrait d'homme, école anglaise du début du XVIIIe siècle », expert R. Millet). Cette version, de bonne qualité, se rapproche de l'exemplaire expertisé par la maison Turquin en 2007 par ce qu'elle présente le même ordonnancement dans  le drapé de la chemise. La composition est toutefois tronquée dans le bas [1].

Pour illustrer la mention des livres de comptes de l’artiste qui témoignait en 1688 de la confection d’un buste d’Everhard Jabach (1618-1695), on disposait jusque 2015 d’un ensemble d’images divisible en deux groupes, tous deux préparatoires à un grand portrait inachevé conservé au château de Bussy-Rabutin.

Le premier rassemble une série de trois études de visage, à un niveau plus ou moins grand d’avancement (Pesaro, Cologne et collection privée), avec un même port de tête, des couleurs sensiblement proches et une ordonnance similaire du col. Le second groupe comprend une étude de tête (Tournai) et celle d’un buste un peu plus achevé (Mulhouse), également préparatoires à une variante du portrait de Bussy-Rabutin dont seul un dessin global, esquissé à la pierre noire et aux rehauts de craie blanche sur un papier beige était le témoin (Berlin). Le corps du modèle se fait plus ondulant, suivant par sa courbe ce qui devait être un rebord de pierre sur lequel le bras gauche devait s’appuyer. L’affaissement de l’épaule qui en résulte rend le port de tête plus ramassé, la tête un peu moins tournée vers la droite mais le regard toujours extérieur à la composition.

Longtemps cataloguée comme « portrait d’homme aux gants gris », la composition de Bussy-Rabutin montre le banquier représenté jusqu’aux genoux, devant un socle d’architecture sur lequel vient se déposer le lourd drapé d’un manteau que l’on devine à peine. Sa main droite passée par dessus ce rebord tend un doigt vers le bas de la composition en un geste gracieux. La main gauche est gantée, tenant dans son poing le second gant ainsi que l’autre pan du manteau. On aperçoit en fond à droite, une colonne au fût ébréché et, à gauche, un ciel plus ou moins nuageux. Le visage de Jabach est assez proche de celui du tableau de Barcelone à ceci près que le modèle regarde à l’extérieur du tableau, offrant au spectateur une pose presque statuaire, coupant court à toute conversation possible. Anciennement dans la collection de l’introducteur des ambassadeurs et célèbre collectionneur Ange-Laurent La Live de Jully, le tableau avait été mesuré par son propriétaire lors de la publication du catalogue historique de son cabinet de peinture : « quatre pieds deux pouces de haut sur trois pieds deux pouces & demi de large » c’est à dire environ 135 par 105,5 cm (soit les dimensions actuelles du châssis de Bussy-Rabutin). Le considérant comme « du meilleur temps de Rigaud », ayant « tout l’effet & la fierté de la couleur d’un des plus beaux tableaux de Rimbrant », La Live de Jully disposa son tableau dans la seconde pièce ayant vue sur la cour de son hôtel particulier de la rue de Ménard, au coin de la rue de Richelieu. On retrouvait l’œuvre sous le numéro 60 du catalogue de sa vente après décès qui devait se tenir dans les salons de son hôtel le 5 mars 1770 et qui fut reportée aux 2-14 mai : « Jaback, grand Amateur de tableaux & de desseins, représenté à mi-corps de grandeur naturelle : il tient un gant d’une main, et a l’autre gantée [sic]. Ce portrait a une réputation méritée pour le dessin & l’intelligence de la couleur. Il est peint sur une toile qui porte 4 pieds 2 pouces de haut, sur 3 pieds 2 pouces 6 lignes de large. ». On sait que La Live de Jully avait lui-même fait l’acquisition ce grand portrait de la vente après décès de Rigaud comme le montre le descriptif de l’inventaire réalisé après la mort du peintre : « Antichambre donnant sur la rue Louis-le-Grand : Item un Grand tableau peint sur toile Portrait de M. Jabac Ebauche dans sa bordure dorée numéroté cent trente prisé la somme de huit livres ». Acheté 812 livres par l’expert et marchand Pierre Remy à la vente de 1770, on le retrouve dans une vente en 1821 où il est acquis par le comte Sarcus avant d’échoir au château de Bussy-Rabutin[2]. Rappelons ici que la margravine von Baden-Durlach (1723-1783), Caroline Louise, avait décidé d’acquérir dans la même vente La Live de Jully, l’autoportrait en ovale de Rigaud « dans son bon tems » selon le catalogue de la vente (n°59) et non le portrait de « Jaback […] qui m’est beaucoup moins intéressant, et que je n’avais choisi que sur la note du catal[ogue] ». Elle opta pour l’autoportrait « parce qu’il étoit de la grandeur de mon Largilliere ». Le tableau fut finalement vendu pour 59 livres au marchand Rémy.



[1] Mise à jour : 27 février 2018.

[2] On retrouva dans les collections Sarcus au château de Bussy de nombreux autres tableaux provenant de la vente La Live de Jully telle La Belle Strasbourgeoise de Largillière, aujourd’hui au musée des Beaux-arts de Strasbourg.

 

Localisation de l´œuvre :

Château de Bussy-Rabutin, France

Website: bussy-rabutin.monuments-nationaux.fr/

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan