SANTEUIL Jean de

Catégorie: Portraits
Année : 1703

 

P.827

Âge du modèle : 73 ans

Huile sur toile ovale
H. 81 ; L. 65.
Magny-les-Hameaux, musée national des Granges de Port-Royal. Inv. PR. P.61

Historique :

Absent des livres de comptes ; salon de 1704 (« M. de Santeuil, poète ») ; collection Rigaud, 1703 [estimé 200 livres] ; collection Coustard ; coll. marquise d’Anjorrant ; vente Paris, hôtel Drouot, 27 juin 1990, n° 83 ; acq. 1990.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 116 ; Titon du Tillet, 1734, p. 447 ; Dezallier d’Argenville, 1745, II, p. 407 ; Guiffrey, 1869, p. 39 ; Guiffrey, 1891, p. 50-74 ; Le Leyzour, 1990, p. 489-490 ; Mérot, 1994, p. 204-205 ; Constans, 1995, II, p. 765, n° 4316 ; Coquery, 1997, p. 68, n° 80, p. 239-240 [James] ; Perreau, 2004, p. 212-213 ; James-Sarazin, 2008/1, n° 22, p. 104-107 ; James-Sarazin, 2009/2, n° 75, p. 144, 150 ; Brême & Lanoe, 2013, p. 80 ; Perreau, 2013, cat. P.827, p. 180-181.

Expositions :

Nantes-Toulouse, 1997-1998,  cat. 80, repr. p. 68, note p. 239-240 ; Perpignan, 2009, cat. 75. 

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 65 ; L. 54. Versailles, musée national du château. MV2906, inv. 9561, B 1041, (agrandi sous Louis-Philippe, anc. Dimensions. H. 44 ; L. 35). Entré à Versailles sous Louis-Philippe. Voir Constans, 1995, II, p. 765, n°4316. 

Selon Saint Simon, Jean de Santeuil (1630-1697), « le plus grand poète latin qui eût paru depuis plusieurs siècles, était, comme le mystérieux La Grange, chanoine régulier de l’abbaye Saint Victor ; mais il était également lié aux milieux jansénistes, ami de la famille Arnauld et protégé des Condé. On sait que la duchesse de Longueville, sœur de Grand Condé fut jusqu’à sa mort en 1679 la protectrice la plus ardente de Port-Royal ».

Santeuil fut l’un des derniers tenants de la poésie néo-latine, auteur des Hymni sacri (1685) et d’Opera poetica (1698). En 1694, il fut sollicité par les religieuses du monastère des Champs pour rédiger l’épitaphe latine qui devait orner le réceptacle contenant le cœur du Grand Arnauld, mort en exil à Bruxelles. Le duc de Saint-Simon poursuit le portrait de cet homme attachant qu’il juge « plein d'esprit, de feu, de caprices les plus plaisants, qui le rendaient d'excellente compagnie ; bon convive surtout, aimant le vin et la bonne chère, mais sans débauche, quoique cela fût fort déplacé dans un homme de son état, et qui avec un esprit et des talents aussi peu propres au cloître, était pourtant au fond aussi bon religieux qu'avec un tel esprit il pouvait l'être. […] c’était de toute la maison de Condé à qui l'aimait le mieux, et des assauts continuels avec lui de pièces d'esprit en prose et en vers, et de toutes sortes d'amusements, de badinages et de plaisanteries. » Le littérateur rapporte ensuite les circonstance du décès de Santeul, aussi curieuses qu’invérifiables : « Un soir que M. le Duc soupait chez lui, il se divertit à pousser Santeul de vin de Champagne, et de gaieté en gaieté, il trouva plaisant de verser sa tabatière pleine de tabac d'Espagne dans un grand verre de vin et de le faire boire à Santeul pour voir ce qui en arriverait. Il ne fut pas longtemps à en être éclairci : les vomissements et la fièvre le prirent, et en deux fois vingt-quatre heures, le malheureux mourut dans des douleurs de damné, mais dans les sentiments d'une grande pénitence, avec lesquels il reçut les sacrements et édifia autant qu'il fut regretté d'une compagnie peu portée à l'édification, mais qui détesta une si cruelle expérience (Mémoires, II, 3). »

Si le portrait de La Fontaine, daté de 1690 par les livres de comptes, présente un poète vieilli et abattu, Santeul paraît plus jeune qu’il ne le faudrait si l’on émet l’hypothèse que les deux tableaux aient été peints en même temps. Rien n’est moins sûr. Enfin, Rigaud, en peignant ces modèles, se serait-il considéré en communion de pensée avec ces messieurs de Port-Royal ? Dans l’inventaire de sa bibliothèque, on note des œuvres à fort caractère janséniste : Sébastien Le Nain de Tillemont, Arnauld D’Andilly, Isaac Lemaistre de Sacy, l’abbé Duguet, le Nouveau Testament de Mons[1]. Si l’attribution à Rigaud n’est pas formellement attestée par les livres de comptes, elle est en revanche confirmée par le livret du salon de 1704 qui mentionne bien parmi les « onze tableaux de M. Rigaud, adjoint à professeur le portrait de M. de Santeul, poète ». En outre, il est intéressant de relever que le livret dresse la liste des tableaux ornant le trumeau de la cour et disposés, pour ce qui concerne le premier rang, dans un ordre évidemment symétrique qui associe au portrait de La Fontaine, celui de Santeul ; or les deux œuvres sont ovales et de mêmes dimensions. Enfin le contrat de mariage (avorté) de Rigaud (1703) avec Catherine de Chastillon cite ostensiblement les portraits de Santeul et de La Fontaine parmi « les tableaux de mes ouvrages sur le pied du prix ordinaire » avec une commune estimation de 200 livres. Le commanditaire des tableaux de Santeul et La Fontaine, serait, selon Titon du Tillet, Gabriel Coustard, contrôleur général à la Grande Chancellerie et son fils, conseiller au parlement de Paris. Contrairement à ce que Dezallier d’Argenville relate (à la suite d’Henri van Hulst d’ailleurs), Rigaud n’a pas peint les deux hommes gratuitement par admiration « par le seul cas qu’il fait du mérite et de la vertu ». 400 livres furent prévus à cet effet. En 1704, les Coustard père et fils commandent un portrait de Boileau qui allait rejoindre, dans le cabinet des commanditaires une trilogie poétique, exposée aux côtés des propres portraits des Coustard.

Il est curieux, voire déroutant, de constater que les gravures qui sont inspirées du portrait désignent, comme peintre soit un certain Lagrange ou de la Grange dont on sait seulement qu’il fut dessinateur amateur et chanoine de l’abbaye de Saint-Victor[2] soit un certain Du Mée[3]. Il convient cependant de souligner que la gravure de Habert et celle d’Édelinck d’après Du Mée offrent une image plus complexe que le tableau de Rigaud. Dans la première, Santeul tient de la main gauche, outre sa barrette de chanoine, le manuscrit de ses Hymnes sacrez portant ostensiblement la date de 1696. Dans la seconde, fidèlement au tableau de Chantilly, on voit Santeul assis dans une bibliothèque, tenant de la main gauche sa barrette et traçant de la main droite quelques vers des mêmes Hymnes. L’explication d’une telle complexité iconographique semble devoir être cherchée dans la personnalité très contestée du modèle.


[1] Condamné en 1667-68 par l’archevêque de Paris et le pape Clément IX.

[2] Voir celle figurant dans le tome II des Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (1700), gravée par Edelinck, ou celle de N. Habert.

[3] Ainsi une seconde gravure d’Édelinck, très proche d’un tableau du musée Condé de Chantilly.

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan