MAGNIANIS Jean-Baptiste de

Catégorie: Portraits
Année : 1709

 

PC.1039

Âge du modèle : 35 ans

Huile sur toile
H. 91,2 ; L. 74 cm
Collection particulière

Historique :

ms. 624, f° 29 (« M[onsieu]r Magnanis, secrétaire de M[onsieu]r le duc de Vendome, [rajout :] Natif de Perpignan. Grand buste avec une main. Tout original ») ; Beziers, ancienne collection Bellaud-Dessalles ; Paris, gal. Marty de Cambières, 2011 ; acq. à la gal.).

Bibliographie :

Hulst/3, p. 188 ; Roman, 1919, p. 145, 155 ; Colomer, 1973, p. 67 (cit.) ; Perreau, « Le portrait inédit de Jean-Baptiste de Magnianis », [en ligne], 16 octobre 2011, http://hyacinthe-rigaud.over-blog.com ; Perreau, 2013, cat. PC.1039, p. 214-215.

Œuvres en rapport :

1. Gravure anonyme. s.d.

2. Miniature sur ivoire d'après Rigaud. H. 4,5 ; L. 5,5. Vente Besançon, Dufreche et HDV des Chaprais, 26 mars 2016, lot. 195.

Copies et travaux : 

  • 1710 : Bailleul reçoit 24 livres pour avoir « habillé M[onsieur] Magnanis, avec une main, toille de 30 s[ols] » (ms. 625, f° 26 v°).

Jean-Baptiste de Magnianis (Villefranche-de-Rouergue, 24 mars 1674 – Narbonne, 1741), dont l’orthographe du nom oscille, suivant les sources, entre  Magnani, Magnanis, Magniani, Magniany ou Magnianis, se fit connaître par son caractère ombrageux, tout entier dévolu au secrétariat du non moins pittoresque grand duc de Vendôme, Louis-Joseph de Bourbon (1654-1712), duc d’Etampes. Sous-secrétaire puis premier secrétaire des commandements de ce dernier, après que Jean Galbert de Campistron (1656-1723) se soit retiré, homme de confiance d’un maître dont il partageait, dit-on, les « débauches », Magnianis était le fils d’Antoine Magnianis, alias  Manuahnis, et de Françoise Salinhac. Il n’était donc pas natif de Perpignan mais y vécu dans sa jeunesse lorsque le grand duc, nommé commandant en Chef de l’Armée d’Espagne (1695), fut élu Vice-Roi de Catalogne en 1697. Il se disait aussi « Filleul de Pierre de Roussel, sieur de Pallayrel, et de Jeanne de Camboulas, femme de François Patras, procureur de Villefranche ».

À cette époque, Rigaud s’apprêtait à élaborer l’effigie de Vendôme (1698), sur le modèle de ces grands militaires tenant un bâton de commandement (agrémentés d'un fond de bataille par Joseph Parrocel) et achèvait, ainsi qu’en témoigne la marquise de Sévigné dans une des lettres à sa fille du 10 juin 1695, celle commencée en 1691 du gouverneur du Roussillon, Anne-Jules de Noailles (1650-1708) : « Voilà M. de Vendôme qui va commander en Catalogne, et M. de Noailles qui revient pour faire achever son portrait chez Rigaud ». Si Rigaud peint Magnianis en 1709, il fera de même en 1720 pour Laurent Ozon, citoyen noble de Perpignan et secrétaire de Noailles.

Mais le véritable fait d’armes de Magnianis est d’avoir été le principal protagoniste d’une anecdote survenue en 1705, et rapportée avec plus ou moins de précision par plusieurs littérateurs. Il y est principalement question de l’ascension du futur cardinal Jules Alberoni (1664-1752), alors simple abbé, soucieux de s’introduire dans le cercle de Vendôme, au grand dam de Magnianis.  Évoqué par Saint Simon dans ses Mémoires, l’épisode le fut aussi par le duc de Luynes :

« M. de Vendôme commandoit l’armée du Roi en Italie, en 1705 ; quelques discussions d’intérêts avec le duc de Parme donnèrent occasion à ce duc d’envoyer un homme de confiance à M. de Vendôme ; il jeta les yeux sur l’évêque de Saint-Donain. Cet évêque vint avec une assez grande suite d’ecclésiastiques, desquels étoit l’abbé Alberoni. M. de Vendôme, qui étoit toujours sur sa chaise percée, reçut dans cet état cette espèce d’ambassade, et après avoir traité l’affaire en question, il parla de sa santé ; il dit qu’il avoit beaucoup de boutons sur le corps et pour preuve les montra à la compagnie. Alberoni prétendit avoir été si touché de cette singulière marque de confiance de M. de Vendôme et de la bonté avec laquelle il leur avoit parlé, que de ce moment il désira de lui marquer beaucoup d’attachement. L'évêque de Saint-Donain ayant jugé à propos de laisser quelqu’un pour achever la négociation, Alberoni se présenta et eut la préférence. M. de Vendôme avoit alors pour secrétaires Campistron et Magnani qui avoient fait grande connoissance avec Alberoni et qui disposèrent M. de Vendôme à désirer de garder cet abbé auprès de lui. »

Saint Simon confirma quant à lui qu’Alberoni mit donc « le nez dans les lettres de M. de Vendôme, réussit à son gré, devint son principal secrétaire, et celui à qui il confiait tout ce qu’il avait de plus particulier et de plus secret. Cela déplut fort aux autres ; La jalousie s’y mit au point que, s’étant querellés dans une marche, [Magniani] le courut plus de mille pas à coups de bâton à la vue de toute l’armée. »

Magnianis assista le duc de Vendôme dans ses derniers instants ainsi que le rapporte l’amiral Du Casse, autre modèle de Rigaud, dans une lettre datée du 4 juillet 1712, depuis Madrid, et adressée au chancelier Pontchartrain : « Lorsqu’il [le duc] connu qu’il était mal, on songea à son testament qu’on dressa et M. Magnianis lui tenant la main, lui dit 'fort bien Monseigneur'. Le Prince tournant la tête vers Magnianis répondit 'fort mal, monsieur, fort mal'. Il dit ensuite à son chirurgien, 'il me semble que tu m’as mal expédié'. Il est certain que M. de Vendôme ne serait pas mort si on lui avait donné de l’émétique car il n’a jamais eu la fièvre »

Les archives du département des affaires étrangères conservent encore aujourd'hui un Procès-verbal de remise des papiers du feu duc de Vendôme par Magnianis (29 octobre) preuve de l’importance du secrétaire dans la succession du duc.

C’est sans doute grâce à la pension que lui laissa son maître, que Magnianis put envisager l’achat d’une charge de conseiller et secrétaire du roi dans laquelle il fut reçu le 22 décembre 1719, succédant ainsi à Charles-Nicolas Leschassier. Anobli la même année, il se fixa à Narbonne où il est référencé dans divers almanach et Etats de la France. C’est alors qu’en 1720, il reçut la croix de l’ordre de Saint-Michel. Deux ans plus tard, il exprima le souhait de devenir « habitant de Narbonne » et d’être exonéré du droit de subvention en sa qualité de secrétaire du roi aux Etats du Languedoc, ce qui donna lieu à de multiples réclamations. Comme le prouvent ses lettres de réception et celles de sa mère, le 7 décembre de la même année, il fut tout de même accepté en tant que « citoyen » et d’habitant de la ville, « pour jouir et user dorénavant des honneurs, privilèges et libertés des habitants », sous la condition de prêter serment de fidélité sur les saints Evangiles et de faire don à l’hôpital Saint Paul d’une somme de 19 livres 16 sols, paiement dont il s’acquitta en six écus blancs de trois livres six sols la pièce. Il partagea dès lors son temps entre la ville audoise et Paris, où il exerçait également ses fonctions de secrétaire royal rue des Blancs-Manteaux.

En 1727, on sait qu’il était devenu premier consul de Narbonne alors qu’il traite divers dossiers d’urbanisation, notamment des travaux urgents sur la conduite des eaux des fontaines dont « les tuyaux sont en si mauvais état qu’on ne les entretient qu’avec des travaux et des dépenses considérables, et que l’on court risque de les voir manquer tout à coup ». Il semble ne s’être jamais marié, se démit de sa charge de secrétaire du roi le 5 mai 1741, peut de temps avant de décéder et fut remplacé le 10 par Jean-Pierre Richard.

Le portrait de Magnianis par Rigaud est issu de la collection dans laquelle Roman le vit, en 1919, celle de la célèbre historienne Mathilde Bellaud-Dessalles (1859-1938), laquelle possédait également le portrait original de Valentin Esprit Fléchier, évêque de Nîmes, peint par Rigaud en 1690. Si Joseph Roman ignorait le prénom du modèle qu’il identifiait pourtant bien, c’est qu’il suivit la note des Mémoires du chevalier de Quincy en juillet 1704 : « N. Magnani ou Magnanis, né à Perpignan, secrétaire et compagnon de débauche de Vendôme, avait un frère aumônier du prince et un autre capitaine dans son régiment. »

Légèrement plus grand que les formats standards des effigies de l’époque, le portrait correspond bien à une toile de trente sols sur laquelle l’aide d’atelier Claude Bailleul réalisa le vêtement et en fut payé 24 livres en 1710. Au sein du corpus de l’Œuvre de Rigaud, le portrait de Magnianis renvoie indéniablement au portrait présumé de Pierre de Monthiers, en manteau brun doublé de brocard, vendu à Versailles en 1988.

En mars 2016, les commissaires priseurs Dufreche et HDV des Chaprais à Besançon ont mis en vente une miniature sur ivoire (lot 195, H. 4,5 ; L. 5,5 cm) dont l'identité n'était pas précisée. Une comparaison immédiate avec l'effigie de Magnianis permet de reconnaître le même modèle, notamment grâce à ses sourcis très prononcés et au noeud rouge dans la perruque.

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan