MONTHIERS Pierre V de

Catégorie: Portraits
Année : 1709

 

PC.1046

Âge du modèle : 32 ans

Huile sur toile
H. 96 ; L. 65 cm
Collection particulière 

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1709 pour 300 livres (ms. 624, f° 29 v° : « M[onsieu]r De Montier, [rajout :] de Pontoise ») ; vente Paris, hôtel Drouot, 23 mai 1986, lot 17 [homme] ; vente Versailles, Palais des Congrès, 28 janvier 1988, lot 57 [homme] ; vente Paris, hôtel Drouot, Brissonneau-Daguerre, 16 novembre 2012, lot 52 [identification par Stéphan Perreau].

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 146 [aucune proposition pour le modèle], 155 ; James-Sarazin, 2003/4, I, n°902 [aucune proposition pour le modèle] ; Perreau, 2004, p. 185 [attribution du portrait à Rigaud mais aucune identification proposée] ; Perreau, « Pierre de Monthiers et Hyacinthe Rigaud ou Pontoise à l'honneur », [en ligne], 16 octobre 2011, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com [identification du portrait comme Pierre de monthiers] ; Perreau, 2013, cat. PC.1046, p. 215-216 ; James-Sarazin, 2016, II, cat. P.1098, p. 366 [reprise de notre proposition].

Copies et travaux :

  • 1710 : Bailleul reçoit 24 livres pour avoir « habillé M[onsieu]r de montiers avec une main, toile de 30 s[ols] » (ms. 625, f°27).

Malgré les réticences d'usage dues à l'absence d'un historique fiable de la toile1, il fut très tôt vraisemblable pour nous d'identifier le présent personnage avec Pierre de Monthiers (1677-1743). D’une ancienne famille originaire de la Beauce « où elle a possédé longtemps la terre de Monthiers de son nom et celle de la Folie-Herbault », Monthiers était le second fils de Pierre (1649-1713), seigneur de Saint-Martin, du Fay, Mardalin et Ripernelle, lieutenant général de Pontoise (1679), subdélégué (1680), lieutenant de police (1699), commissaire des guerres des Invalides par brevet 1er mars 1708 et de sa première épouse, Marie Angélique Hédoul (m.1680). 

La présence du portrait de Monthiers en 1709 dans les livres comptes de Rigaud n’est pas un hasard et correspond à un évènement particulier de la vie du modèle. Monthiers venait en effet d’épouser le 17 janvier 1708, en l’église Saint Maclou de Pontoise, Louise Le Maistre (1683-1756), fille de Jean-Baptiste (1650-1722), receveur du grenier à sel de la ville depuis le 23 janvier 1705. La jeune mariée était la récente veuve de Jean-Baptiste Oudaille (1667-1704), conseiller du roi, receveur du grenier à sel, auquel elle s’était unie le 19 novembre 1703. Elle venait d’accoucher de manière posthume d’une fille, Marie-Louise (1705-1748) et s’assurait ainsi une certaine stabilité. Dans son livre de raison, et à la date du 17 janvier 1708, Jean-Baptiste Le Maistre précisa que « monsieur du Fay », son nouveau gendre, avait « esté receu le jour d’auparavant en l’office de Conseiller du Roy, lieutenant particulier, assesseur civil et criminel, commissaire enquesteur et examinateur au baillage de Pontoise ».

Quelques années plus tard, le 14 mars 1714, Le Maistre témoigne de l’ascension de Pierre de Monthiers : « J’ai esté à Senlis avec Monsieur du Fay mon gendre où il a été receu en l’office de Président Lieutenant général civil et criminel de Pontoise le seize dudit mois et le 23 du mesme mois il a esté installé à Pontoise auxdits offices ». Partageant son temps entre la ville et Paris, Monthiers n’eut aucun enfant de son épouse. Il reporta toute son affection sur sa belle-fille, Marie-Louise, qui devait bientôt épouser le 16 juin 1721, Jean-Baptiste Maximilien Titon (1696-1768), conseiller en la grand’-chambre du parlement de Paris. L’union, célébrée en l’église Saint-Pierre de Pontoise, réunissait deux familles de hauts magistrats qui avaient sollicité les plus grands peintres de la capitale. En 1731, Pierre de Monthiers se démit de sa charge de président au profit de son unique frère, Jacques de Monthiers (1679-1754), alors procureur au parlement. Il se retira chez son « gendre », au château de Villotran où il mourut le 13 octobre 1743, enterré le lendemain dans le chœur de l’église, en présence de Titon et de Titon du Tillet qui fréquentaient régulièrement cette retraite giboyeuse. Quant à son épouse, elle mourut dans sa maison de la rue Basse, à Pontoise, le 5 août 1756 et fut enterrée à Saint-Maclou.

Monthiers, riche et quelque peu satisfait, opta donc volontiers en 1709 pour un portrait ostentatoire et ne manqua pas d’exiger manteau dont le velours lie-de-vin s’accordait parfaitement avec le riche revers de brocard tout à fait ostentatoire pour lequel l’aide d’atelier Claude Bailleul fut également payé 24 livres. La qualité du travail de cet aide, attestée par son portrait de l’évêque Fénelon, daté et signé sur le bureau « Bailleul p. 1718 » (Périgueux, musée d’art et d’archéologie. Inv. 72-2), montre le degré d’exigence de Rigaud envers ses collaborateurs les plus précieux, comme ce sera le cas pour Adrien Leprieur. La posture, déjà éprouvée par Rigaud pour plusieurs de ses portraits, renvoyait notamment à l'effigie de Jean-Baptiste de Magnianis, peinte la même année, à celle de Louis de Waubert et à celle du musicien Drouard de Bousset.

Il était en effet nécessaire que le tableau fisse son effet et, de manière illusionniste, ne laisse point deviner la seconde main qui aida un Rigaud débordé de travail mais qui retoucha probablement l’ensemble. On admirera le haut degré de finition des carnations, plus particulièrement dans la peau de la main au travers de laquelle on devine le réseau veiné sous-jacent. L’œil pétillant et plein de malice, Monthiers posait pour ce qui lui semblait probablement une heureuse postérité.

Le succès de la pose fit des émules. Elle sembla définitivement séduire Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), élève non moins fameux de Largillière, pour qu’il la singe sans état d’âme. Alors tout occupé à sa jeune carrière de portraitiste qu’il abandonnera après 1718 pour se consacrer à la peinture animalière, Oudry emprunta tout le vocabulaire Rigaud pour son portrait du marchand Le Camus. La comparaison est suffisamment confondante pour ne pas voir ici un lien de parenté évident entre la toile peinte par le Catalan et le tableau perdu d’Oudry, connu par un dessin de son Livre de raison conservé au Louvre (RF31101 recto).

 


1. Si James-Sarazin, dans son catalogue de 2016 conforte notre hypothèse expimée dans le catalogue de la vente de 2012, elle ajoute : « [...] nous ne sommes pas à l'abri d'autres identifications avec un ou des clients que les livres de comptes auraient omis d'enregistrer ».

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan