ORLÉANS Élisabeth Charlotte d'

Catégorie: Portraits
Année : 1713

 

P.1193

Âge du modèle : 61 ans

Huile sur toile
H. 144 ; L. 112 cm
Berlin, Deutsches Historisches Museum. Inv. GM 96/37.

Sign. : « [fait] par… / Hy… : R… g… d. / 17… »

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1713 pour 6000 livres (ms. 624, f° 34 v° :« Madame douairière d’Orléans ») ; ancienne collection comte de Paris [sa marque L.P.O. couronné] ; Bruxelles, manoir d’Anjou, salon de musique ; coll. comte de Paris à la Quinta de Anjinho à Sintra ; sa vente, Monaco, Sotheby’s, 3 juillet 1993 [annulée], lot 11 ; vente Monaco, Sotheby’s, 15 décembre 1996, lot 11) ; acquit à cette date par le musée.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 121 ; Hulst/3, 191 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 47 v °, n° 69, VII, f° 17 ; Lelong, 1775, p. 243, n° 6 ; Holland, 1867-1881, I, p. 113 ; ibid. II, p. 314 ; ibid. IV, p. 270, 274 ; Jouin, 1878, p. 38 ; Portalis et Béraldi, 1880-1882, I, p. 497 ; Bodemann, 1895, I, p. 380 ; Roman, 1919, p. 168, 170, 173, 183 ; cat. Gripsholm, 1951, p. 166 ; Gallenkamp ; 1956, p. 320 ; Amiel, 1981, p. 224, 429-430 ; Van der Cruysse, 1988, p. 370, 559 ; cat. Brünswick 1993, p. 30 ; Grate, 1994, p. 300, cat. 272 ; Constans, 1995, II, p. 757, n° 4270 ; cat. Berlin, 1997, I, p. 149 ; cat. Berlin, 2001, p. 244 ; Rosenberg, 2005, n° 953, 960, 989, p. 164-165, 168 ; Perreau, 2004, p. 162-164 [MV2084] ; Rosenberg, 2005, p. 164-165, n° 953, 956 ; Perreau, 2013, cat. P.1193, . 239-240 ; James-Sazarin, 2016, P. 1265, p. 419-423.

Exposition :

1878, Paris, n°171.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile. H. 146 ; L. 114 cm. Brünswick, Herzog Anton Ulrich museum. Inv. GG 524. Daté au dos : 1713. Entré dans les collections avant 1716. Cat. Brünswick 1900, p. 366, n°524 ; Cat. Brünswick 1975, p. 10, repr. n°9 ; Cat. Brünswick 1976, p. 49 ; Cat. Brünswick 1991, p. 28 ; Cat. Brünswick 1993, p. 30 ; Cat. Genf 1996, p. 242, repr. ; Rosenberg 2005, p. 164, n°956, repr. p. 165.
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 132 ; L. 109 cm. Versailles, musée national du château. Inv. 7521, MV2084, LP 637. Variation dans le décor avec une seule colonne peinte sur les deux initialement. Ancienne collection d’Orléans. Mentionné au château de Saint-Cloud puis au Palais-Royal. Entré à Versailles sous Louis-Philippe (1834). Voir Soulié 1880, n°2084 ; Constans 1980, n°5833 ; Constans, 1995, II, p. 757, n°4270.
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 147 ; L. 116 cm. Genève, musée d’Art et d’histoire. Inv. 1843-3. Offert en 1718 par la duchesse au peintre suisse Jacques-Antoine Arlaud (1668-1743) ; entré à sa mort dans les collections de la bibliothèque de Genève ; déposé en 1843 au musée Rath ; entré au musée d’art et d’histoire en 1910. Arlaud, peintre en miniature était un ami de Rigaud et de Largillierre dont il copiait en petit les portraits.
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 124,5 ; L. 95 cm. Vente Paris, hôtel Drouot (Cornette de Saint-Cyr), 14 décembre 1992, lot. 14, repr. ; vente Versailles, hôtel des Chevaux-légers, 14 mai 1995 (Perrin-Royere-Lajeunesse), lot 50 (repr.). En provenance du château d’Eu, collection de Louis Philippe, tronqué comme à Versailles. Voir Jean Vatout, Le château d’Eu, Paris, Félix Malteste, 1836, t. III, p. 259. Lors de la dernière vente on signalait une signature « Peint par Hyacinthe Rigaud 17.. ».
  • 5. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 82 ; L. 64 cm. Stockholm, National museum. Grh 1175. Voir Grate, 1994, p. 300, cat. 272, repr. Version en buste, avec l’inscription suivante : Madame d’Orléans Princesse Palatine du Rhin, &/ Mère de Philippe Régent de France. Ancienne collection de la reine Sophia Dorothea de Prusse, palais de Monbijou ; Sophia Dorothea 1758, n°28 ; par héritage à la reine Louisa Ulrica ; probablement sa sœur, la princesse Sophia Albertina puis à la comtesse Stenbock, née Lolotte Forsberg qui légua le portrait à la gallerie Gripsholm en 1829 (voir Sturnegj 1853, p. 177 ; Göthe 1925, p. 310-11 ; Grh Catalogue 1951, p. 166).
  • 6. Huile sur toile d’après Rigaud, 145,5 x 110,5 cm. Collection particulière (vente Londres, Sotheby’s, 6 décembre 1980, lot 49).
  • 7. Huile sur toile d’après Rigaud Château d’Haroué.
  • 8. Huile sur toile d’après Rigaud Château de Vaux-le-Vicomte.
  • 9. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, 1714 (Guillemard). Londres, The Royal Collection Trust.
  • 10. Huile sur toile d’après Rigaud [buste]. H. 81 ; L. 65 cm. Vente Neuilly-sur-Seine, Aguttes, 23 juin 1998, lot 8 (non vendu).
  • 11. Huile sur toile, suiveur de Rigaud et Drevet, v. 1722 ? (buste ; var.), 82 x 65 cm. Collection particulière (vente Paris, hôtel Drouot, Tajan, 14 décembre 2009, lot 59).
  • 12. Huile sur toile (d’après Rigaud ?). H. 146 ; L. 113 cm. Heidelberg, Kurpfälzisches Museum der Stadt Heidelberg Inv. G 1821. Inscription à gauche : « HYACINTHE RIGAUD ». Ancienne collection Alphonse de Rothschild au château de Ferrières ; coll. priv. Berlin vers 1900 ; coll. Waldemar Distelrath, Güs/Mosel ; acquis avant 1952. Voir Poensgen 1952, p. 53-57, repr. ; Poensgen 1965, p. 20, repr. n°21 ; Rosenberg 2005, n°960, p. 164.
  • 13. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 149,6 ; L. 115,3 cm. Munich, Alte Pinakothek (Bayerische Staatsgemäldesammlungen) Inv. N° WAF 835. Provenance inconnue. Voir Rosenberg 2005, n°989, p. 168, repr.
  • 14a. Gravé par Charles Simonneau en 1714 selon Hulst (épreuve et contre-épreuve de cette estampes dans le recueil de l’école des Beaux-arts), figure jusqu’aux genoux. H. 46,1 ; 33,8 cm. Sous le trait carré : « Peint par Hyacinthe Rigaud - Gravé par Ch. Simonneau l’aîné Gravr Ordr du Roy ». En bas de l’estampe, de part et d’autre d’une composition aux armes : « Elisabeth Charlotte - Palatine du Rhin / Duchesse d’Orléans ».
  • 14b. Gravé par Marie-Anne Hortemels et Charles Simonneau, 1714. Dans la bordure : « Peint par Hyacinthe Rigaud - Gravé par Marie Hortemels ». En bas de l’estampe, de part et d’autre d’une composition aux armes : « Elisabeth Charlotte - Palatine du Rhin / Duchesse d’Orléans ». Dessous : « A Paris chez Marie Hortemels, rue S. Jacques au Mecenas ».
  • 14c. Gravé par Philippe Simonneau (fils de Charles), dans un médaillon au sein d’une mise en scène imaginée par Claude-Guy Hallé.
  • 14d. Gravé par Pierre-Imbert Drevet, petit buste sans mains « enchâssé dans une composition de vignette » pour être placé en tête de l’Oraison funèbre de la princesse par le père S. J. Cathalan : Oraison Funèbre de très-haute, très-puissante et très-excellente Princesse Madame Elisabeth-Charlotte Palatine de Bavière, Duchesse Douairière d'Orléans. Prononcée dans l'Eglise de Laôn, le 18 mars 1723, Paris, veuve Mazières, 1723. H. 9,2 ; L. 13,5 cm. selon Hulst et Mariette « La tête d’après celle du grand tableau, la draperie ajustée par M. Rigaud pour la place ». Sous le trait carré à gauche et à droite : « Hyacints. Rigaud Pinxit. - Petrs. Drevet Sculpsit ».
  • 14e. Gravé par François Guibert (Graveur en taille-douce, fin du XVIIIe siècle). A mi-jambes, assise de face, la tête tournée à gauche. H. 20,8 ; L. 16,1 cm. Au bas de l'image la lettre suivante : « Charlotte Elisabeth de Bavière, Duchesse d'Orléans [la Princesse Palatine] ». Sous le trait carré : « Peint par H. Rigaud — Gravé par Guibert ». Voir Roux, 1931, p. 97, n°9. 9. 
  • 14f. Charles Simonneau et Rigaud ? Sanguine reprise au crayon noir sur papier blanc finement texturé. H. 41 ; L. 32 cm. Oxford, Ashmolean museum. Inv. WA.B.II.453.3. Don en 1837 par Mme A.H. Sutherland. Présenté comme œuvre de Simonneau.

Copies et travaux :

  • 1713 : « Deux [copies] de Madame de la même grandeur que l’original » pour 2000 livres (ms. 624 f°35 v°).
  • 1713 : Bailleul reçoit 400 livres pour « deux [copies] de Madame », sans doute celles de l'année (ms. 625, f°30).
  • 1714 : Bailleul reçoit 400 livres pour « deux copies de Madame D’orleans d’oriere » (ms. 625, f°30 v°).
  • 1714 : La Penaye reçoit 12 livres pour « une teste de Madame Douairiere » (ms. 625, f°30 v°).
  • 1716 : La Penaye reçoit 24 livres pour « une coppie de Made que je n’ay pas entièremt finie » (ms. 625, f°31 v°).

Princesse Palatine du Rhin, seconde épouse de « Monsieur » [*P.147]. Voir le portrait de son fils, Régent de France, peint alors qu’il était duc de Chartres [P.152]. Désiré Lebœuf décrivait en 1844 les anciens tableaux de la collection d’Orléans rassemblés par Louis-Philippe au château d’Eu à partir de 1821 (Désiré Lebœuf, La ville d’Eu, Eu, 1844, p. 519-612). Le portrait de la Palatine se trouvait dans le cabinet de Louis-Philippe ce que confirme Vatout (Jean Vatout, Le château d’Eu, Paris, Félix Malteste, 1836, t. III, p. 259).

Nous sommes aujourd'hui assez bien documentés sur le portrait d’Élisabeth-Charlotte von Wittelsbach-Simmern, duchesse d’Orléans (1652-1722), duchesse d’Orléans, dite « Madame », princesse Palatine du Rhin, seconde épouse du frère de Louis XIV, Philippe d’Orléans (1640-1701), après le décès d’Henriette-Anne Stuart dite Henriette d’Angleterre (1644-1670). Rigaud, en tout premier lieu, nous relate les circonstances de la création de l’œuvre : « Madame la duchesse douairière d’Orléans, princesse palatine de Bavière, ordonna en 1713, à M. Foucault, conseiller d’état et chef de son conseil, auquel cette princesse avoit promis son portrait, d’amener Rigaud à Marly pour le commencer. Le roi fut si frappé de la ressemblance et de la magnificence des ajustements de cet ouvrage, qu’il dit à cette princesse, qu’il vouloit qu’elle le gardât pour elle, et qu’elle en fit faire une copie pour celui à qui elle l’avoit destiné, ce qui fut exécuté. Ce grand prince ajouta que cet ouvrage faisoit honneur à son auteur et qu’il lui en feroit dans tous les temps. » Assise sur un fauteuil à accotoir de feuilles d'acanthes, la princesse pose dans une somptueuse robe de brocart, un lourd manteau de velours bleu piqué de fleurs de lys et doublé d'hermine sur ses épaules. Sa coiffure est agrémentée d'un voile de gaze noir, signe du veuvage, retombant sur le devant de la poitrine et retenu par une main déjà vue dans plusieurs autres portraits, à l'instar de celui du marquis d'Herbault. Elle pose l'autre sur une couronne, signe de son rang, présentée sur une table recouverte d'un velours rouge. Le portrait, sans concession fut, de l'avis de son modèle et de ses contemporains, jugé très ressemblant et révolutionna quelque peu l'iconographie de la belle soeur de Louis XIV, jusqu'ici trop idéalisée.

Fille de Karl Ludwig von Wittelsbach et de Charlotte, lanfgrafin von Hessen-Kassel, arrachée à son pays natal, le Palatinat, Madame fut parachutée à la cour de France où sa rusticité et son franc parlé fit d’elle une amie d’un Louis XIV amusé mais aussi la risée d’une cour fortement attachée à ses valeurs. En plus de son caractère rieur, enjoué, blagueur, et parfois outrancier, Madame apparaît dans le portrait de Rigaud telle qu’elle était, sans idéalisation, sans cette demi-teinte qui apparaît dans le portrait de Largillierre (Chantilly) où l’on a du mal à la reconnaître. Certes, Rigaud n’est pas le moins du monde complaisant, mais il va faire siens, les préceptes de Madame elle-même qui livre son propre portrait à deux reprises. Une première fois dans une lettre à Amelise (22 août 1698) : « J’ai toujours été laide et le suis devenue encore plus depuis la variole. Ma taille est de plus d’une grosseur monstrueuse ; je suis carré comme un dé. Ma peau est d’un rouge tacheté de jaune, je commence à grisonner et mes cheveux sont poivre et sel, mon front et mes yeux tout ridés, mon nez toujours aussi de travers mais très brodé par la variole, ainsi que mes deux joues. J’ai les joues plates, un double menton, les dents gâtées [...]. Voici, chère Amelise, ma jolie figure ». L’année suivante (10 octobre 1699), écrivant à Sophie de Hannovre, elle achève son portrait : « Ma graisse est mal placée, de sorte qu’elle me va mal. J’ai, sauf votre respect, un derrière effroyable, un ventre, des hanches et des épaules énormes, la gorge et la poitrine très plates. A vrai dire, je suis une figure affreuse [eine wüste hessliche Figur], mais j’ai le bonheur de ne pas m’en soucier, car je ne souhaite pas que quelqu’un tombe amoureux de moi. Je suis persuadée que mes bons amis ne regarderont que mon caractère, pas ma figure [...] ».

Le portrait que fit Saint-Simon de la princesse palatine suit assez bien le tableau fait par Rigaud : « Madame tenait en tout beaucoup plus de l’homme que de la femme. Elle était forte, courageuse, allemande au dernier point, franche, droite, bonne et bienfaisante, noble et grande dans toutes ses manières, et petite au dernier point sur tout ce qui regardait ce qui lui était dû. Elle était sauvage, toujours enfermée à écrire hors les courts temps de cour chez elle ; du reste seule avec ses dames ; dure, rude, se prenant aisément d’aversion et redoutable par les sorties qu’elle faisait quelquefois et sur quiconque ; nulle complaisance ; nul tour de l’esprit quoiqu’elle ne manquât pas d’esprit ; nulle flexibilité ; jalouse, comme on l’a dit, jusqu’à la dernière petitesse, de tout ce qui lui était dû ; la figure et le rustre d’un Suisse, capable avec cela d’une amitié tendre et inviolable ». Il poursuit ainsi : « Madame était une princesse de l’ancien temps, attachée à l’honneur, à la vertu, au rang, à la grandeur, inexorable sur les bienséances. Elle ne manquait point d’esprit, et ce qu’elle voyait, elle le voyait très bien. Bonne et fidèle amie, sûre, vraie, droite, aisée à prévenir et à choquer, fort difficile à ramener ; grossière, dangereuse à faire des sorties publiques, fort allemande dans toutes ses mœurs et franche, ignorant toute commodité et toute délicatesse pour soi et pour les autres, sobre, sauvage et ayant ses fantaisies. […] Elle aimait passionnément monsieur son fils, on peut dire follement le duc de Lorraine[1] et ses enfants, parce que cela avait trait à l’Allemagne, et singulièrement sa nation et tous ses parents, qu’elle n’avait jamais vus ».

Dans une lettre datée du 17 août 1710, la veuve de Monsieur, prend le temps de signaler à la duchesse de Hanovre l’existence du peinte catalan : « Il y a un peintre ici, Rigo, qui bégaye si horriblement qu’il lui faut un quart d’heure pour chaque mot. Il chante dans la perfection et en chantant il ne begaye pas le moins du monde. » Dans une autre missive adressée à sa demi-sœur, la raugrave Louise, elle parle de son portrait par Rigaud : « Il m’a si parfaitement reproduite que cela en est étonnant ; vous verrez, chère Louise, à quel point j’ai vieilli ». Visiblement satisfaite du travail de l'artiste, la princesse avait bien vite oublié les griefs qu’elle entretenait avec les artistes chargés de la représenter : « Ce n’est pas ma faute si vous n’avez pas encore reçu mon portrait ni celui de mes enfants. J’avais donné ordre à mon surintendant de faire faire ces portraits en toute diligence, mais je n’ai pas voulu qu’on les expédie sans que je les aie vus. Quand on me les montra, je les trouvai affreux : il ne valaient absolument rien. » Mais elle concède que « on trouve qu’il est difficile de faire mon portrait, car je n’ai pas la patience de poser convenablement »[2].

L’exemplaire récemment acquis par le musée de Berlin, et en provenance de la famille d’Orléans, semble constituer l’original que la princesse garda. Celui de Brünswick est sans aucun doute l’une des deux grandes répliques payées en cette même année 1713 (2000 livres) et offerte en 1716 au duc August Wilhelm von Wolfenbüttel (1662-1731), fils d’Anton Ulrich von Brunswick-Lunebourg (1633-1714), qui visitait la France dans le cadre de son Grand Tour en 1701 en se faisant peindre d’ailleurs par Largillierre[3]. Le duc remercia la princesse qui répondit qu’on lui avait fait trop d’honneur en accrochant son portrait dans le beau château de Salzdahlum. La copie de Versailles, quant à elle, tronquée sur les côtés et dans sa hauteur semble constituer une commande d’Etat et ne présente qu'une des colonnes en arrière fond. La princesse résidant, au terme de sa vie, au château de Saint-Cloud qui, comme l’on sait, fut détruit en 1871, on peut penser qu’elle avait gardé son effigie dans ses appartements mais qu’elle fit partie des œuvres d’art qui purent être décrochées avant le désastre. Par héritage, la version du comte de Paris constituerait donc l’original. En effet, la signature en partie effacée à même la toile, témoignerait de la tradition de Rigaud à signer certains de ses grands originaux sur le devant.

L’estampe de Simonneau plut tant au Régent qu’il ordonna d’en tirer 400 exemplaires afin de les envoyer à Georges 1er, le prince et la princesse de Galles, ainsi que les principaux membres des États Généraux des Provinces-Unies. Le dessin conservé par l'Ashmolean d'Oxford, aux dimensions assez voisines de l'estampe de Simonneau passe selon divers auteurs et selon le musée, comme feuille préparatoire à la planche du graveur qui aurait pu être retrouchée par Rigaud. Cette dernière hypothèse est cependant difficile à soutenir compte tenu de la relative sécheresse du dessin. 

La composition de Claude-Guy Hallé rejoint celle de Drevet. La princesse est vue en médaillon. Hallé, qui sera le modèle de Legros, disciple de Rigaud, rappelons-le, choisit un thème d’histoire. Drevet, lui, dont la mine est plus délicate, introduit des cornes d’abondance. La drapé que semble avoir inventé Rigaud, et que cite Hulst et Mariette, fait référence à l’hermine du manteau de la princesse, agencé de manière plus serré.

Voir le portrait du fils de la modèle, le futur Régent, peint dès 1689.

 


[1] Léopold, duc de Lorraine en 1697, gendre de Monsieur.

[2] Lettre à Amelise du 26 mars 1698.

[3] Hanovre, Herrenhausen-Museum ; repr. dans Rosenberg 2005, p. 77.

Localisation de l´œuvre :

Berlin, Deutsches Historisches Museum, France

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan