SERRA Maria

Catégorie: Portraits
Année : 1695

 

P.437

Âge du modèle : 57 ans

Huile sur toile
H. 83 ; L. 103.
Paris, musée du Louvre. Inv. 7522

Historique :

Rajouté dans les livres de comptes l’artiste par Hulst (ms. 624, f° 11 v° : « Marie Serre ») ; coll. Rigaud 1703, « états de mes tableaux sur le prix ordinaire », Paris, Arch. nat., ET/XCV/31 [« deux testes de profil de M[ada]me Rigaud », 600 livres] ; Salon de 1704 (« Madame Rigaud la mère en trois différentes attitudes ») ; Inventaire après décès de Rigaud 1744, n° 254 (fol. 36) : « Item Premièrement les deux portraits en profil de la feüe Dame mère dud sieur Rigaud l’un à droite l’autre à gauche peints dans le même tableau par led Sieur Rigaud son fils, et les trois portraits de la famille du sieur Rigaud peints aussy par luy même dans un même tableau qui fait pendant & celuy cy dessus désigné avec lesd bordures de ces deux tableaux qui sont ovales, tous deux numérotés sous le memme numéro Premier, prisés ensemble la somme de trois mil livres » ; legs au roi, 1744 ; ancienne collection du musée du Louvre.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 117 ; Hulst/1, p. 129 ; Hulst/2, p. 162 ; Hulst/3, p. 176 ; Guiffrey, 1869, p 40 ; Gallenkamp, 1956, p. 173-176 ; Roman, 1919, p. 46 ; Revue de l’art ancien et moderne, 1913, XXXIV, n° 2, p. 97-101 ; Macé de Lépinay, 1971, p. 91-92 ; Colomer, 1973, p. 12-14, 44-45, 84, 126-127, 133 ; Valaison, 1993, p. 286 ; Mérot, 1994, p. 204 ; Coquery, 1997, p. 159, n° 83, p. 240 ; Perreau, 2004, p. 45-47 ; Perreau, 2005, p. 47-48 ; James-Sarazin, 2009/1, p. 136 ; James-Sarazin, 2009/2, p. 71, 73, 108 ; Brême & Lanoe, 2013, p. 80 ; Perreau, 2013, cat. P.437, p. 117.

 

Grâce à l’autobiographie de Rigaud, dictée en 1716 à son ami Hulst, on connaît depuis longtemps la genèse de ce célèbre double postrait « à la Van Dyck », destiné à aider le sculpteur Coysevox à fixer, depuis Paris, les traits de Maria Serra (1638-1721), mère de l’artiste, demeurée à Perpignan et qui, malgré une tradition encore parfois tenace, ne fit jamais le voyage dans la capitale :

« Pour marquer à sa mère sa reconnaissance filiale des obligations qu’il lui avait pour tous les soins qu’elle avait pris de son éducation, sa piété et sa tendresse pour elle le déterminèrent, à la fin de 1695, de quitter toutes ses occupations pour faire le voyage en Roussillon, et lui rendre chez elle ce qu’il lui devait. Une de ses principales vues, en faisant ce voyage, était de la peindre et remporter avec lui l’image de celle qui lui avait donné le jour. Son dessein était de faire exécuter ce portrait en marbre, c’est pourquoi il la peignit en trois différentes vues : une de face, l’autre de profil, et la troisième à trois quart, afin que M. Coysevox, son ami, un des plus habiles sculpteurs de France, qui devait faire en marbre ce portrait, eût plus de facilité à le perfectionner. Cet ouvrage fait l’ornement le plus précieux du cabinet de ce fils reconnaissant, et doit y rester jusqu’au temps qu’il a destiné de le consacrer à l’Académie de peinture ; et ne s’étant pas voulu tenir à cette seule marque d’amour pour elle, il l’a fait graver ensuite par le sieur Drevet, un des plus habiles graveurs au brin de ce temps, afin de multiplier et de reproduire en quelque façon à la postérité celle qui l’a mis qu monde. »

Très tôt, cette double effigie, le buste en marbre ainsi que le portrait en ovale furent des éléments majeurs et récurrents des testaments de l’artiste. Dès 1703, nous les retrouvons dans ses collections décrites lors de son contrat de mariage, et comme constituant des pièces maîtresses. Dans son premier testament du 30 mai 1707, il destine en premier lieu le marbre de Coysevox au fils du roi :

« Ledit sieur testateur suplie supplie Monseigneur le Dauphin de trouver bon qu’il luy présente le buste de marbre blanc de damoiselle Marie Serre, sa mère, fait par mr. Coisvox avec la guaisne ou le scabellon sur lequel il sera trouvé au jour du décès dudit sieur testateur qui espère de la bonté de Monseigneur qu’il accordera à ce buste une place dans la galerie de son château de Meudon, ou dans celle de Versailles. »

C’est ensuite à son neveu pense léguer le portrait aujourd’hui au Louvre :

« Ledit sieur testateur désirant inspirer le même respect et la vénération qu’il porte à lad damoiselle Marie serre sa mère, à Hyacinthe Rigaud son neveu, il luy donne, lègue et substituë le portrait de lad damoiselle sa mère en trois faces [sic] à la charge qu’il le conservera religieusement, et après luy à l’ainé de ses enfans mâles nés en légitime mariage, lequel ne pourra non plus s’en défaire qu’en faveur de son fils ainé, les ainés préférés aux cadets et les garcons aux filles pour la possession et conservation dudit portrait. » Le Grand Dauphin étant atteint de la petite vérole et n’ayant plus que quelques temps à vivre (il décèdera le 14 avril 1711), Rigaud se rend chez son notaire dès le mercredi 18 février de la même année, sur les 10 heures du matin, afin de léguer à l’Académie Royale le buste de Coysevox ainsi que le double portrait de sa mère, « à condition que le tout restera dans la salle ordinaire de l’Académie, sans en pouvoir à l’avenir être déplacé, vendu ni transporté ailleurs », faute de quoi le legs sera annulé et reviendra au plus proche héritier.

Le jeudi 29 septembre 1735, à l’occasion de son sixième testament, l’artiste, désirant sans doute augmenter son crédit auprès de Louis XV, il lui lègue finalement « les deux profils de Marie Serre sur un même tableau » ce qui fit entrer l’œuvre dans les collections royales puis dans celles du Louvre. Cette disposition fut respectée comme on le voit dans l’Inventaire après décès sous le numéro 253 (fol. 36) :

« Premièrement les deux portraits en profil de la feüe Dame mère dud sieur Rigaud l’un à droite l’autre à gauche peints dans le même tableau par led Sieur Rigaud son fils, et les trois portraits de la famille du sieur Rigaud peints aussy par luy même dans un même tableau qui fait pendant & celuy cy dessus désigné avec lesd bordures de ces deux tableaux qui sont ovales, tous deux numérotés sous le memme numéro Premier prisés ensemble la somme de trois mil livres. »

Quant au marbre, il apparaît sous le numéro 255 (Paris, musée du Louvre. Inv. L. P. 502). Il faut noter que le catalogue de la vente après décès de Collin de Vermont, le 14 novembre 1761 (p. 22), mentionne trois plâtres aujourd’hui disparus, dont un représentant Rigaud et celui qui servit probablement au marbre de Coysevox : « 14. un buste en plâtre. Tête d’homme sur sa gaîne de menuiserie peintre en marbre par M. Coysevox ; 15. Un autre pareil buste. Portrait de M. Rigaud par Coysevox ; 16. Un autre pareil buste. Portrait de Madame Rigaud la mere par M. Coysevox ».

Localisation de l´œuvre :

Paris, musée du Louvre, France

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan