GUEIDAN Gaspard de

Catégorie: Portraits
Année : 1719

 

PC.1271

Âge du modèle : 31 ans

Huile sur toile
H. 110,3 ; L. 142,5 cm.
Aix-en-Provence, musée Granet. Inv. 880-1-21.

Sign. v° : « Fait par Hyacinthe Rigaud en 1719 ».

Historique :

Début de la confection du portrait inscrit aux livres de comptes en 1719 sans prix (ms. 624, f° 39 : « Autre Portrait de M[onsieu]r de Guesdan en grand ») ; mention de la livraison et du paiement en 1734 pour 3000 livres (f° 44 v°, 1734 : « Mons[ieu]r de Guedan avocat G[e]n[er]al président à mortier du Parlement de Provence [rajout :] hab[illement] rep[été]. »).

Bibliographie :

Gibert, 1890, p. 290-298 ; Roman, 1919, p. 187 ; Rosenfeld, 1981, p. 305 ; Brême, 2000, cat. 51, p. 50, 69 ; James-Sarazin, 2003/2, p. 312-313 ; James-Sarazin, 2003, p. 264-269 ; Perreau, 2004, p. 122-128 ; Perreau, 2013, cat. PC.1271, p. 257.

Œuvres en rapport :

  • 1. Pierre noire, estompe, lavis gris et rehauts de gouache blanche sur papier bleu (Rigaud et Cellony). H. 36,7 ; L. 28,7. Aix-en-Provence, musée Granet. Inv. C-002.2.1. Hist. : Galerie Prouté ; Acquis en 2004 par le musée dans cette galerie.

Copies et travaux :

  • 1720 : La Penaye reçoit 30 livres pour avoir « habillez le Portrait de M[onsieu]r Guédan Avocat Général au Parlement D’Aix or la draperie rouge et la main » (ms. 625, f° 33 v°).

Après un premier portrait, de Gaspard de Gueidan (1688-1767), exécuté en début d'année 1720, Rigaud entame immédiatement un second portrait « en grand » de son modèle. Comme l'indiquent les deux mentions successives des livres de comptes, ainsi que la nombreuse correspondance conservée entre le modèle, le peintre et Étienne de Lieutaud, la confection du second portrait s’échelonna sur plusieurs années et en différentes étapes. Le dessin de Joseph-André Cellony (1696-1746) témoigne précieusement des premières idées sur la compositions, notamment concernant la vêture, ce qui est attesté par une lettre de Rigaud datée de 1721 : « A l’égard du grand, j’ay commencé à en ebaucher les habillements. Je suis seur que vous scerez contant de l’attitude que je lui ay donnée ».

Dès 1720, La Penaye est chargé de poursuivre les ébauches. Rigaud avance vite mais il lui faut encore l’avis du modèle et de son ami. Le 18 juin 1723, l’artiste accuse réception de deux lettres successives ayant trait à un paiement de 1000 livres que lui a remis Lieutaud, sans doute une partie du prix du portrait en grand. Le 19 janvier 1724, une importante lettre parle d’un revirement assez net concernant l’agencement du tableau. Habilement et avec beaucoup de tact, le peintre repousse l’idée farfelue de Gueidan de substituer un banc de palais au fauteuil que l’on ne voit plus, pourtant, sur le tableau actuel. Quelques mois plus tard, le 17 mai 1724, les négociations se poursuivent et prouvent que Gueidan s’est finalement rangé à l’avis de son peintre. Rigaud remercie ensuite Gueidan pour la caisse de fruits et autres denrées arrivées chez lui alors qu’il était à table avec Collin de Blamont. Ils burent alors à la santé du généreux expéditeur et goûtèrent « aux olives et au reste ». Le 7 juillet 1724, nous apprenons que Gueidan est désormais marié et qu’il a commandé à Rigaud une miniature sur émail à placer sur un bracelet qu’il souhaite offrir à sa femme. Une fois n’est pas coutume, et de l’avis du peintre, retard est pris sur l’expédition du grand portrait. Le 12 février 1725, la nouvelle effigie est finalement prête à être envoyée à Aix, par l’intermédiaire du père Dumont, lequel doit passer chez Rigaud sous les quinze jours. Mais plus d’un mois se passe et notre catalan en est très contrarié, car « la peinture exécutée fraîchement, quand elle est trop longtemps privée d’air, court grand risque de s’altérer en poussant au noir, […] attendu qu’on a mis par dessus plusieurs feuilles de papier, collées les unes sur les autres, afin que la poussière et les ordures du bois ne s’y attachent point ». Devenu président à mortier au parlement de Provence, le modèle fit en effet repeindre son portrait en 1740 par un artiste inconnu (Arnulphy ?), pour le rendre conforme à sa fonction. La radiographie du tableau laisse apparaître trois états du tableau (Ély, 1988, p. 14) : une fleur de lys apparaît avant l’envoi fait à Gueidan, puis un état tel qu’il apparaît sur le dessin, et enfin tel qu’on le voit aujourd’hui : un fauteuil et un habit de président au parlement furent finalement remplacés par un vêtement de président à mortier et une table. On retrouve d’ailleurs sur le répertoire de mains de Montpellier, la main de Gueidan, telle qu’elle apparaît sur le dessin. Cette mise en scène n’est pas sans rappeler celle de parlementaires déjà passés chez Rigaud à l'instar de Cardin Le Bret ou Pierre de Bérulle.

Une pièce éparse inédite, issue de la correspondance publiée en grande partie par Gibert, est récemment réapparue à Drouot (Le Roux-Mathias), le 29 octobre 1981 (lot. 305). Rigaud y écrit à Gueidan qu’il vient de recevoir d’Étienne de Lieutaud des lettres « au sujet du payement de mil livres de votre portrait […] ». Il précise : « si j’eusse trouvé une occasion sœure pour vous l’envoyer, sans risques, je n’en aurois pas attendu le payement, je connois trop la noblesse de votre cœur, pour avoir manqué a votre égard, de ne pas donner au mien le plaisir d’aller au devant de ce qui vous en auroit pu faire, et je m’en feray certainement un très grand, de vous marquer en tout lieux l’estime que je fais de votre merite et de votre vertu. Vos sentimenz pour moy Monsieur, vont audela de ce que je puis valloir, aussy ma reconnoissance pour vous passe toutes expressions, quoy qu’il en soit, si l’application avec laquelle jay travaillé à votre portrait pouvoit s’exprimer par les traits de mon art, j’aurois la satisfaction de croire que vous vous appercevriés de la veneration particuliere que jay pour votre personne ». Il évoque ensuite un « Monsieur Rigaud » que Gueidan lui recommande : « Pour ce que vous me mandez de celuy que son nom a de la conformité au mien vous devez bien penser, que m’estant recommandé par vous, je le recevray comme le merite un homme de vertu ». Il s’agit peut-être d’un membre de la célèbre famille des Rigaud, imprimeurs à Lyon.

Voir un troisième du modèle travesti en céladon, peint en 1738.

Localisation de l´œuvre :

AIx-en-Provence, musée Granet, France

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan