GUEIDAN Gaspard de

Catégorie: Portraits
Année : 1738

 

P.1416

Âge du modèle : 50 ans

Huile sur toile
H. 146,5 ; L. 113,7.
Aix-en-Provence, musée Granet. Inv. 880.1.23

Sign. v° : « Fait par Hyacinthe Rigaud, 1735 ».

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1738 pour 3000 livres (ms. 624, f° 45 v°, rajout de Hulst : « M. de Guedan, président à mortier du parlement de Provence en habit champêtre et jouant de la musette figure jusqu’aux genoux, entièrement originale ») ; ; transmis par héritage à Françoise-Joséphine, née Sibilot, marquise de Gueidan (1797-1882), et Louis-Joseph-Alphonse, marquis de Gueidan (1783-1853) ; legs marquise de Gueidan, 1880.

Bibliographie :

Gibert, 1890, n° VI, p. 291 ; Pontier, 1900, n° 154, p. 73 ; Gonse, 1900, p. 27 ; Lafenestre, 1900, p. 552 ; Roman, 1919, p. 216 ; Aude, 1921, p. 16 ; Réau, 1925, t. I, p. 60 ; Gillet, 1934, p. 89-90 ; Lossky, 1946, p. 39 ; Gallenkamp, 1956, p. 353 ; Billioud, 1956, p. 121 ; Vergnet-Ruiz et Laclotte, 1962, p. 67, 270 ; Thuillier et Châtelet, 1963, p. 136 ; Rosenberg, 1972, p. 13 ; cat. Toronto-Ottawa-Sans Francisco-NY, 1972, n° 23, p. 203-204 ; Colomer, 1973, p. 7, 34-35 ; Rosenfeld, 1979, p. 206 ; Rosenfeld, 1981, p. 304-307 ; Lefrançois, 1994, p. 309 ; Brême, 2000, p. 50 ; James-Sarazin, 2003/2, p. 269-27 ; James-Sarazin, 2003, p. 270-272 ; Perreau, 2004, p. 128-131 ; James-Sarazin, 2009/1, n° 49, p. 122 ; Kohle, 2009, p. 9-38.

Expositions :

Marseille, 1861, n°872 ; Paris (art français), 1900, n°4567 ; Paris, Carnavalet, 1933 (ne figure pas au catalogue) ; Paris, 1937 (id.) ; Paris, 1957-1958, n°74, p. 64-65, pl. VIII. ; Bordeaux, 1958, n°57, repr. ; Perpignan, 1959, n°3 ; Vienne, 1966, n° 59, fig. 2 ; Bordeaux, 1969, n°57, pl. 37 ; Bruxelles, 1975, n°18, p. 65, p. 59, repr. ; Perpignan, 2009, cat. 49.

Œuvres en rapport :

  • 1. Selon Roman et Boris Lossky, une réplique de ce portrait était conservée à Saint-Petersbourg, dans la collection de la famille Miatlev.
  • 2. Hsc d’après Rigaud, H. 26,5 ; L. 20. Collection particulière (vente Paris, hôtel Drouot, 3 juillet 1987, lot 35).
  • 3. Pierre noire, estompe et rehauts de craie blanche sur papier bleu, collé sur un support de papier, H. 30,5 ; L. 45,8. San Francisco, California Palace of the Legion of Honor. The Achenbach Foundation for Graphic Arts. Inv. 1953.34. (Hist. : Paris, Galerie Cailleux ; Don de Mr & Mrs Sidney M. Ehrman au musée en 1953. Bibl. : Mongan, 1954, n°10 ; Howe & Rambo, 1959, n°8 ; Howe, 1960, p. 56 (repr.) ; Hattis, 1977, n°108, p. 149, repr. p. 151 ; Johnson, 1980, p. 130-137, n°6, repr. p. 133 ; Rosenfeld, 1981, p. 304-307, repr. p. 307, fig. 64c ; Brême, 2000, repr. p. 50 ; James-Sarazin, (1999) 2003, p. 305, note 27 ; Perreau, 2004, p. 130, repr. fig. 98. Exp. : Kansas City, 1956, n°114, repr. ; Minneapolis, 1961, n°78 ; San Francisco, 1966 ; Sarasota, 1967 ; Berkeley, 1968, n°16, p. 27, repr. p. 93 ; Toronto-Ottawa-Sans Francisco-New York, 1972, n°23, p. 203-204 ; Berkeley, 1972 ; San Francisco, 1977 ; San Francisco, 1981).
  • 4. Pierre noire, suiveur de Rigaud (Charles Coypel).

Troisième et dernière effigie du marquis Gaspard de Gueidan qui, fraîchement marié depuis 1730, souhaitait faire réaliser un portrait de sa jeune femme et envisageait même à un nouveau portrait de lui-même (voir un premier portrait en buste suivi d’un autre à mi-corps). Tout naturellement, il s’adressa à son fidèle portraitiste, pour ces deux œuvres, mais Rigaud, surchargé de travail, lui conseilla plutôt Largillierre. Gueidan suivit les conseils du peintre mais Largillierre, débordé de travail, ne put s’engager que sur le portrait d’Adélaïde de Simiane, marquise de Gueidan en Flore (Aix-en-Provence, musée Granet). Même si Largillierre avait, dans un premier temps esquissé la possibilité de réaliser les vœux initiaux du marquis, il semble finalement que ce soit Rigaud qui ait emporté le marché du portrait masculin en 1735 puisqu’il livre à cette date un portrait de Gaspard de Gueidan en céladon totalement inédit et formidablement virtuose, dans lequel se résume tout l’art de notre catalan pour les textures et les jeux de couleur. En empruntant un thème à L’Astrée d’Honoré d’Urfé, Rigaud confectionne l’une de ses plus célèbres toiles où la qualité et la richesse de l’habit de ville du Président à Mortier n’ont d’égal que le somptueux rendu de la musette, toute de pompons et de broderies. La position des mains sur l’instrument de musique dénote un grand sens de l’observation que justifie une étude de mains sur une musette d’une grande délicatesse, effectuée pourtant d’après le portrait peint comme en témoigne l’étude de drapé qui l’accompagne. À l’instar de Van Dyck et son portrait de François Langlois[1], Rigaud semble dépasser son « maître » dans les jeux des lumières. Sur un sujet similaire, le tableau du Flamand reste moins ostentatoire dans la variété des coloris, mais rejoint celui du Français par la finesse psychologique du rendu facial et par la présence commune aux deux peintres du chien qui semble admirer sinon les prouesses de son maître, du moins lui témoigner sa fidélité.

Lors de son exposition à Marseille en 1861, le portrait de Gaspard de Gueidan en joueur de musette fit sensation. Léon Lagrange, qui décrit quelques-uns des quatorze tableaux exposés de l'artiste, parle avec enphase de l'œuvre (Gazette des Beaux-arts, tome 11e, 1861, p. 543): 

« Rigaud a rarement atteint à autant de distinction, rarement aussi il a produit une œuvre plus ridiculement belle ou plus superbement ridicule que le portrait d'un membre de la famille de Gueidan en Joueur de cornemuse. Imaginez un berger vêtu de satin, portant une cornemuse et une panetière de velours bleu de ciel brodé d'argent, et, sur ce déguisement grotesque, placez la tête d'un grave président en perruque poudrée. L'exécution du costume, des accessoires et du paysage paraît d'autant plus prodigieuse qu'un nettoyage récent a rendu à la toile la fraîcheur de son premier jour; mais ce nettoyage a enlevé les glacis de la tête et des mains, et par là détruit l'harmonie d'un tableau qui devait être le plus bizarre chef-d'œuvre de son auteur. »

Preuve du succès de ce tableau, nous en connaissons une petite esquisse, initialement sur bois puis transposée sur toile (Collection particulière) et dont la faible qualité empêche cependant de l’attribuer à Rigaud. Par contre, un dessin à l’encre de Chine, rehaussé de blanc et de crayon bleu sur papier gris réalisé par Charles-Antoine Coypel (1694-1752) vers 1738-1740, aurait servi de base à la gravure connue de Louis Surugue Père d’un Daphnis littéralement inspiré du portrait de Gueidan en céladon[2]. Thierry Lefrançois émet l’idée d’une commande de cette gravure par une dame de qualité apparentée à la famille de Simiane (de laquelle est issue Mme de Gueidan) afin d’obtenir « un pastiche humoristique de ce portrait badin d’un président à mortier au Parlement de Provence dont les vaniteux désirs de parvenu étaient jugés inconvenants et inadmissibles ». L’étude conservée à San Francisco montre également une étude de buste typique des hommes peints par Rigaud dans les années. L’agencement du drapé renvoie plus spécifiquement au portrait de Laurent Mazade.


[1] Londres, National Gallery & Birmingham, Barber Institut of Fine Arts.

[2] Lefrançois, 1994, partie du cat. n°P.193, p. 309, repr.

Localisation de l´œuvre :

Aix-en-Provence, musée Granet, France

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan