CASTANIER D'AURIAC François I de

Catégorie: Portraits
Année : 1728

 

*P.1352

Âge du modèle : 54 ans

Huile sur toile
Dimensions inconnues [buste]
Paris, ancienne collection marquis de Lordat, v. 1950

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1728 pour 600 livres (ms. 624, f° 43 : « M[onsieu]r Castagnier L’oncle ») ; offert par le modèle à Louis de Lordat ; château de Saint-Gemme ; par descendance à Paris.

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 203 ; Portalis & Béraldi, 1880-1882, II, p. 221, 226 (n°33) ; Sarrand et Sarraute, 1955-56, p. 2-17 ; Perreau, 2004, p. 195-196 ; cat. Carcassonne, 2005, n° 63, p. 45-46 ; Perreau, 2013, cat. *P.1352, p. 278-279.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 79 ; L. 64 cm. Carcassonne, musée des Beaux-arts. Inv. 845-64-81. Ancienne collection Lannolier ; donné au musée en 1845. Exposé à Carcassonne en 1859 (n°176) ; 1938 (n°175).
  • 2. Gravé par Robert Gaillard en 1751, extrapolé avec marine et tenant une lettre marquée : « Cadix, / Monsieur, / Les […], / Jamais affaire ne pa […] / On vient de me remet […] / et que je vous destine […] / Je vous prie de le rec […] / mais comme un témoi […] / qui dira tout […] / Monsieur / Vo […] »). Dans le cartouche : « François Castanier ». En bas : « HANC CORDI ALTE IMPRESSAM CIVI ; BONOQUE REIPUBLICAE SEMPER CONSULTORI OFFEREBAT D*** / ANNO MDCCLI ». Sous le trait carré, respectivement à gauche et à droite : « Hyacinthe Rigaud Pinx. - R. Gaillard, sculp. »  

Frère cadet de Guillaume Castanier qui fut peint par Rigaud en 1718 [P.1264], François I Castanier d’Auriac (1674-1759), surnommé « le plus riche coquin de France » fut un homme d’affaire considéré comme génial au sens propre du terme, et qui sut s’élever par une intelligence extraordinaire à une situation prodigieuse. Il quitte Carcassonne pour Paris vers 1710 et y ouvre une banque. Castanier est bientôt nommé directeur de la Compagnie d’Occident et Inde Occidentales le 20 septembre 1717. En 1718, la banque générale sera transformée en Banque Royale avec Law comme directeur. Bien avant la banqueroute de ce dernier et l’effondrement de son système, François Castanier flaira le danger. On sait que le bénéfice qu’il tira de sa situation était déjà évalué à plus de 20 millions dans une lettre du 29 octobre 1719 ; bénéfice dont une partie fut dédié à l’achat de terres près de Carcassonne par l’intermédiaire de son frère Guillaume.

François était, aux dires de ses contemporains, un homme d’aspect sévère : « Son accueil a un froid qui glace et un air d’indifférence qui n’invite pas ». Il parlait rarement et répondait par monosyllabes. Vers la fin de sa vie, il fut choisi par Louis XV pour être surintendant des finances de la reine, fréquentant ainsi quotidiennement la cour de Versailles. C’est dans son hôtel, rue Neuve des Capucines (actuellement siège du Crédit Foncier de France) qu’il mourut le 15 octobre 1759. À Paris, il possédait plusieurs immeubles place Royale et avenue Gabriel.

La version du portrait peint par Rigaud qui est actuellement conservée au musée de Carcassonne diffère quelque peu de celle conservée chez le marquis de Lordat et que le Chanoine Sarraute décrit : « Il semble peut-être plus coloré, la perruque est légèrement moins haute, le visage un tout petit peu plus relevé, un peu moins souriant, un peu moins majestueux. Mais ce sont des nuances presque insaisissables. […] Celui de Paris semble à première vue mieux conservé, plus libre de facture ». La présence du tableau chez Lordat n’est pas un hasard. Son ancêtre, Louis de Lordat de Bram (mort en 1752) entrenait de profondes relations avec François Castanier1.

Lorsque Louis de Lordat se rendait à paris, il descendait chez Castanier. Son neveu, Joseph-Marie de Lordat, page de Louis XV donne ainsi de nombreuses nouvelles de la cour, parlant tour à tour de Castanier et de Guillaume II Castanier d’Auriac : « J’aime cent fois mieux l’oncle que le neveu, voire même que la nièce » (p. 346). Ainsi, le portrait de François Castanier, offert par le modèle à Louis de Lordat, trônait-il avant-guerre dans les salons du château de Saint-Gemme (entre la Leude et Villepinte ; château vendu en 1853), pour finir depuis 1945, avenue Bosquet à Paris, chez l’actuel marquis de Lordat (c’était le cas dans les années 1950).

Si l’on compare les traits de François Castanier dans sa version Carcassonne avec ceux de l’ovale que peint Rigaud dans son autoportrait de 1730, force est de constater que la version audoise paraît plus sèche : les rides d’expression sont figées, le sourire plus large et presque forcé, la perruque plus finement bouclée… Dans l’autoportrait au contraire, la face du modèle accuse une certaine liberté, un regard plus spirituel, une perruque plus légère. Que ce soit dans la gravure de Gaillard, ou dans les deux toiles précédentes, le vêtement du modèle est quasiment le même. Seuls sont absents du portrait de Carcassonne, les fameux boutons de la manche. La présence d’une colonne de fond qui remplace le rideau plus volant de l’ovale de 1730, serait-il une interprétation d’un aide d’atelier sur les instances de Castanier qui souhaitait offrir cette toile à un ami ou à sa famille ?

La gravure de Gaillard, quant à elle, extrapolant le modèle dans un décorum plus ostentatoire, fut sans doute réalisée à la demande du modèle pour marquer plus encore ses fonctions à la tête de la compagnie des Indes. Castanier y est figuré dans un décor considérablement riche et, pour le moment, totalement original dans l’art de Rigaud. Si l’on retrouve, en contrepartie, la posture générale vue dans le buste de Carcassonne, le graveur poursuivit l’attitude de son modèle par une main tenant une lettre (vers la droite), allusion probable à une heureuse transaction :

« Cadix, / Monsieur, / Les […], / Jamais affaire ne pa […] / On vient de me remet […] / et que je vous destine […] / Je vous prie de le rec […] / mais comme un témoi […] / qui dira tout […] / Monsieur / Vo […] ».

Campé à mi-corps devant une colonnade de pierre d’où s’échappe une perspective vers la mer, agrémentée d’un navire de commerce, Castanier fait commémorer par son portraitiste ses fonctions de directeur de la Compagnie des Indes comme en témoigne la présence d’une mapemonde à droite, posée sur une table sculptée. Une plume, son encrier, sa boîte à sable et une lame à décacheter en argent agrémentent la scène aux côtés de deux lettres fraîchement ouvertes. Il reste difficile de dire si Rigaud avait fourni un dessin du décorum en vue d'un tableau ou si Gaillard s'est inspiré de divers éléments pris dans d'autres œuvres. En effet, le drapé extérieur au cadre, par exemple, est très proche de celui vu dans l'estampe figurant le peintre Louis de Boullongne par Drevet d'après Rigaud... Quant aux bateaux au loin, ils ne sont pas sans faire référence à la marine peinte par Rigaud dans l'imposant portrait du banquier Samuel Bernard...


1. On retrouve ces témoignages dans un ouvrage, Un page de Louis XV (Plon, 1908), publié par Lordat et le Chanoine Charpentier.

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan