LA TOUR D'AUVERGNE Henri Oswald de

Catégorie: Portraits
Année : 1732

 

P.1368

Âge du modèle : 61 ans

Huile sur toile
H. 146 ; L. 112 cm
Collection particulière

Daté et signé en bas à gauche derrière le fauteuil : « Fait par Hyacinthe / Rigaud chevalier / de l’ordre [de] Saint Michel / 1735 ».

Au revers, sur le châssis, un numéro au crayon : n°498.

Historique : 

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1732 pour 3000 livres (ms. 624, f° 44 : « M[onsieu]r l’archevêque de vienne [rajout :] Depuis cardinal d’Auvergne ») ; coll. Henri Oswald de la Tour d’Auvergne, 1747 ; coll. Julie de La Tour d’Auvergne, duchesse de Bouillon et Montbazon, 1750 ; coll. Charles Godefroy de La Tour d’Auvergne, 5e duc de Bouillon, 1771 ; Godefroy Charles Henri de La Tour d’Auvergne, 6e duc de Bouillon, 1792 ; Jacques Léopold de La Tour d’Auvergne, 7e duc de Bouillon, 1802 ; Collection privée vers 1814 ; par descendance ; vente Paris, hôtel Drouot, Lhuillier svv, 4 avril 2016, lot. 60 [expertise Stéphan Perreau/cabinet Turquin].

Bibliographie :

Mercure de France, octobre 1749, p. 161 (gravure) ; Moreri, 1759, X, p. 282 (gravure) ; Basan, 1767, I, pp. 176-177 (gravure) ; Lelong, 1775, p. 275 (gravure) ; Roman, 1919, p. 208 [loc. inc.] ; Hugh Johnson, « Une histoire mondiale du vin », La renaissance du Bordeaux, 1989, p. 202 [=Arnaud de Pontac] ; Perreau, 2004, p. 112, 113, 155 (gravure) ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 145, 197, 206, 223, 229, 255, 260 ; ibid. II, p. 359-360, cat. C. Dr. n° 11 (gravure) ; Pontac, 2000, p. 30 [=Arnaud de Pontac] ; James-Sarazin, 2007/1, p. 64 [gravure ; tableau inconnu et non localisé] ; Perreau, « L’inventaire après décès de Madame Pierre Benevault », 1740, part II (ill.), [en ligne], 26 avril 2011, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com [tableau localisé] ; Perreau, « Belle moisson d’écoles de Rigaud en ce printemps 2012 », [en ligne], 29 avril 2012, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com [tableau localisé] ; Perreau, 2013, cat. P.1368, p. 284-285 [tableau localisé] ; Perreau, « Quand Hyacinthe Rigaud peint Monseigneur d'Auvergne ou genèse d'un chef d'œuvre », [en ligne], 16 mars 2016, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com.

Œuvres en rapport :

  • 1a. Gravé par Claude Drevet entre 1739 et 1749, H. 54 ; L. 45. Au dessous de l’image, sur la face du cadre striée horizontalement, de part et d’autre d’une composition aux armes : « Henri Oswald - Cardinal d’Auvergne / Archevêque de Vienne, - Abbé de Cluni, Chanoine et / Grand Prévôt de Strasbourg, - Commandeur de l’ordre du St. Esprit ». Sur le plat du cadre, en bas, respectivement à gauche et à droite : « Peint par Hyacinthe Rigaud, Chevalier de l’ordre de St. Michel - Gravé par C. Drevet 1749 ». Sous le trait carré : « Hanc effigiem, venerationis munumentum incidi curavit J. F. C. Vallant, regix utriusque aulx equestris, et equitatus gallix, madicus ordinarius, ac Eminentissimi Principis Clinicus ».
  • 1b. Gravé par Jérôme Ressi d'après Rigaud (var). Sous l'ovale la lettre suivante : « Henricus Osuvaldus a Tuerre ab Arvernia Bullionius / Gallus, Archiepiscopus Viennem in Delphinatu, S. R. E. / Presbyter Cardinalis creatus a SSme D. N. CLEMENTE XII / in Consistorio secreto die Decembris 1737 / Obiit die 23 Aprilis 1747 / Hieronymus Ressi sculp / Romae en Caligraphiea Jam de Rubeis, nune R.C.A apud Pedem Marmoreum ».
  • 2. Huile sur toile, suiveur de Rigaud [buste], H. 79 ; L. 54. Chapelle de l’hôpital de Bazas. L'archevêque y est travertit en Arnaud II de Pontac, évêque de Bazas. La façade de l'église de Bazas est reproduit en fond du portrait. Il existe une autre version au domaine de Hautbrion sous la même identité.
  • 3. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, H. 74 ; L. 59. Dijon, musée des Beaux-arts. Inv. 5068 (coll. H. Royer-Collard ; cat. 1976). Expositions : Strasbourg, ville libre royale 1681-1792 ; Strasbourg, Hôtel de Ville, 1981 (n°242)

Né le 5 novembre 1671 à Barcy (diocèse d’Anvers), Henri-Oswald de la Tour d’Auvergne était l’un des 13 enfants de Frédéric-Maurice de la Tour d’Auvergne (1642-1707), comte d’Auvergne et d’Oliergues, marquis de Lanquais, lieutenant-général et de sa première épouse, la princesse Henriette-Françoise von Hohenzollern-Hechingen (1642-1698), marquise de Bergen-op-Zoom. Il fit ses études à la Sorbonne où il obtint son doctorat de théologie en mai 1695. Dès lors, il poursuit une carrière ecclésiastique exemplaire : Vicaire général de l’archidiocèse de Vienne, chanoine de la cathédrale de Strasbourg (1684) puis de Liège, abbé commendataire de Redon de 1692 à 1740 puis de Conches (1694), vicaire général de son oncle (le futur cardinal de Bouillon, alors abbé de Cluny, Tournus et Saint-Martin), coadjuteur de Cluny (1697), abbé lui-même (1715) puis Grand-Prévôt de Strasbourg (1697). Archevêque (ou évêque suivant les sources) de Tours (1719, mais « ne s'installa pas » selon les notes de Boislisle aux Mémoires de Saint-Simon) puis de Vienne (1721), il assista à l’assemblée du clergé de 1723 et fut premier aumônier du roi de 1732 à 1742, charge qui motiva sans doute la commande de son portrait à Rigaud. Louis XV le fit commandeur de l’ordre du Saint-Esprit le 24 mai 1733 ; distinction qu’il porte d’ailleurs sur son effigie. Cardinal prêtre du Consistoire le 20 décembre 1737, Henri-Oswald participa également au conclave de 1740 et reçu ses insignes du cardinalat (ainsi que le titre de S. Callisto), le 16 septembre 1740.

L’infatigable Saint-Simon nous rapporte que le cardinal de Bouillon avait intrigué dès 1698 pour que son neveu devienne cardinal, ce à quoi Louis XIV s’opposa avec fermeté. Il finit pourtant par obtenir la distinction « au scandale public le plus éclatant et le plus éclaté » selon Saint Simon. Le mémorialiste n’avait aucune estime pour le nouveau cardinal, lui qui était très sensible à l’honorabilité et aux conventions, ne cachant pas son dégoût pour les nominations de complaisance. Il n’appréciait pas non plus le prélât par ce qu’il avait eu partie liée avec l'affaire de l’Histoire généalogique de la maison de Bouillon quelques dizaines d’années plutôt et surtout, parce que « l’abbé d’Auvergne » comme il se faisait nommer, avait un goût prononcé pour les frais valets :

« Lorsque l’abbé de Castries, sacré archevêque de Tours, passa peu après à l’archevêché d’Albi, l’abbé d’Auvergne eut celui de Tours. L’abbé de Thesut, secrétaire des commandements de M. le duc d’Orléans, qui avait alors la feuille, travaillant avec ce prince, fit un cri épouvantable quand il entendit cette nomination, dont il dit son avis par l’horreur qu’elle lui fit. Le régent convint de tout, y ajouta même le récit d’aventures de laquais fort étranges et assez nouvelles, et comme cet énorme genre de débauche n’était pas la sienne, il avoua à Thesut qu’il avait eu toutes les peines du monde à faire l’abbé d’Auvergne évêque, mais qu’il en était depuis longtemps si persécuté par les Bouillon, qu’il fallait à la fin se rédimer de vexation. Thesut insista encore, puis écrivit la nomination sur la feuille en haussant les épaules ; c’est lui-même qui me raconta ce fait deux jours après. Cela n’a pas empêché peu après la translation de l’abbé d’Auvergne, sacré archevêque de Tours à l’archevêché de Vienne, qu’il aima mieux. Tel fut le digne choix du cardinal Fleury pour la pourpre à la nomination du roi, dont le scandale fut si éclatant et si universel, que le cardinal Fleury n’en put cacher sa honte. On se contentera ici de ce mot pour achever de présenter la fortune de l’un et montrer le digne goût de l’autre, parce que cette promotion dépasse les bornes de ces Mémoires » (Saint-Simon, Mémoires, tome, chap. XVII, p.18, 1720).

Henri-Oswald mourut le 23 avril 1747. Le tableau original, longtemps oublié et identifié par une fausse tradition familiale comme Arnaud de Pontac, évêque de Bazas, fut redécouvert et réidentifié lors d'une visite que nous avions faite dans un château privé du Langonais. Représenté à mi-corps, dans toute la pompe de ses fonctions patriarcales, le modèle est assis dans un somptueux fauteuil de style rocaille. Il tient dans sa main droite sa barrette de velours à pompon et, de l’autre, froisse légèrement le pallium confié par le pape, élégamment disposée sur une table à droite de la composition. Revêtu d’une extraordinaire mozette d’hiver en fourrure, agrémentée de queue d’hermine, le cardinal porte également une ample soutane de grande dentelle à point d’aiguille. Comme il l’avait fait pour d’auyres modèles (on pense notamment à Louis XIV ou à l’abbé de La Trappe), Rigaud fixa les trait du modèle sur une petite toile carré pour réduire le temps de pose. Il la fixa ensuite sur une plus grande, élaborée dans le confort de son atelier et sans avoir besoin de la présence du modèle. On voit également très nettement la trace du marouflage de cette petite toile. La redécouverte de la signature autographe de l’artiste à même la toile, en bas à gauche dans l’imbre du fauteuil, montre que le tableau ne fut achevé qu’à cette époque, soit trois ans après sa commande et le paiement des 3000 livres demandées.

L’estampe de Claude Drevet quant à elle, fut confectionnée dès 1739, à la demande de Vallant, médecin de la faculté de Montpellier et des écuries du roi et également médecin personnel du modèle depuis 17 ans. Une supplique faite par le graveur au ministre Fleury afin de conserver les logement du Louvre vacant par la mort de son oncle et annotée du cardinal d’Auvergne  en témoigne : « Le Card.al d’Auvergne supplie tres instamment Votre Eminence de vouloir accorder audit Claude Drevet graveur le logement aux Galeries du Louvre qu’occupoit feu Drevet son oncle qui a gravé le portrait de V.E. qui en avoit accordé la survivance à son fils qui est mort ce matin. Ledit Claude Drevet logeoit avec son cousin et grave actuellement le portrait de Rigaud du Cardal. d’Auvergne » (28 avril 1739, A. N., Maison du Roi, O1 1088, fol. 80, cité par G. Levallois Clavel, 2005, vol. III, p. 46). On sait que Vallant avait initialement prévu l’apposition de vers en forme de quatrain au bas de l’estampe comme le prouvent des échanges entre le médecin et Voltaire. Une première lettre autographe de Vallant, datée du 15 septembre 1744, sollicata le poète : « Je serois bien flatté […] en réitérant la prière que j’eus l’honneur de vous faire dernièrement à Paris, au sujet de quatre vers que je voudrois placer au bas de l’estmape de feu monseigneur le cardinal d’Auvergne, laquelle par mes soins a été gravée par Drevet ; j’eus l’honneur de vous représenter, qu’ayant pendant plus de dix-sept années conservé la santé de ce seigneur, mon but actuellement étoit de le faire revivre dans la Postérité […]. » Voltaire refusa la commande par une réponse écrite à Lunevile le 30 septembre suivant : « Je vous conseille, monsieur, de mettre l’inscription la plus simple au bas du portrait du cardinal d’Auvergne ; tous les sujets ne sont pas propres pour les vers, ce n’est pas assez d’avoir été grand seigneur et cardinal, il faut avoir fait de grandes choses pour mériter les éloges de la postérité. Le cardinal d’Auvergne avoit un nom par sa naissance ; il avait des dignitez, mettez son nom et ses dignitez au bas de son estampe. Et pourquoi cette estampe ? Vanitas vanitatum. » Vexé, Vallant s’adressa finalement au poète et ennemi de Voltaire, Pierre-Charles Roy (1683-1764) qui proposa plusieurs versions d’un quatrain qui ne fut pas non plus ajouté à l’estampe (« Lettre inédite de Voltaire, le poète Roy et Vallant médecin des écuries du roi, » Revue du Nord, vol. 4, 2e année, Lille, 1835, p. 188-190).Au prix de quelques variantes dans les accessoires (la crosse archiépiscopale peinte sur tableau a fait place à une grande croix patriarcale ou « croix de Lorraine » et le prélât porte une bague au doigt, absente de l’estampe), la planche fut achevée en 1749 et annoncée dans le Mercure de France qui assurait alors que le graveur avait surpassé « par la douceur et la force de son burin les excellens morceaux qu’il a déjà donnés au public ».

Malheureusement, le portrait du cardinal n’est pas décrit dans son inventaire après décès, réalisé à l’hôtel d’Auvergne le 2 mai 1747 (Paris, archives Nationales, minutier central des notaires parisiens, étude de Pierre de May, CXVII/770). Son testament avait été également déposé chez Bateste le 19 janvier 1743 (CXVII/447). Le 6 juin 1747 les héritiers firent un désistement de legs chez De May (ibid. 770). Neveu donc du célèbre cardinal de Bouillon dont Rigaud réalisa une spectaculaire effigie en 1709, c’est à l’abbé d’Auvergne que revint la complexe tâche de clôturer l’épineux dossier du paiement au peintre Hyacinthe Rigaud du portrait de son oncle. Ainsi, une clause du huitième testament de Rigaud annulant le codicille en 1740 montre que le peintre avait finalement traité avec « Son Altesse Eminentissime Monseigneur le Cardinal d’Auvergne à laquelle il remettra le tableau fait et parfait de sa main de Son Altesse Monseigneur le Cardinal de Bouillon, quand ce tableau sera payé selon les termes de l’accord ». Dans l’acte terminal daté du 1er avril 1741, les titres du cardinal sont énoncés ainsi : « […] très haut et très puissant Prince Monseigneur Henry Oswald de la Tour d’Auvergne, cardinal prestre de la Sainte Eglise Romaine du titre de Saint Calixte, Archevêque et Comte de Vienne, Primat des Primats des Gaules, Vice-Gérent du Souverain Pontife dans la Province Viennoise et dans sept autres Provinces, Abbé Chef Supérieur Général et administrateur perpétuel de l’abbaye et de tout l’ordre de Cluny, Premier Aumonier du Roy et Commandeur de l’ordre du Saint Esprit, Chanoine et Gand Prévôt de l’Eglise Cathédrale de Strasbourg, Abbé de Saint Sauveur de Redon, de Saint-Pierre et Saint-Paul de Conches, de Notre-Dame de Valasse et de Saint-Martin d’Enay, Chanoine de Liège ». Certaines différences apparaissent entre la gravure et l’huile sur toile récemment retrouvée. Si dans cette dernière, l’archevêque tient bien dans l’une de ses mains l’écharpe de l’ordre de Malte posée sur une table, il porte cependant un anneau à la main droite absent de l’estampe. De plus, la grande croix de Lorraine visible dans le fond, est remplacée dans le tableau par la crosse archiépiscopale. Sans doute fit-on ces changements à l’occasion de la gravure. La version conservée à Dijon ne s’inspire de la toile de 1732 que pour le visage, reprenant dans sa vêture des portraits en buste de prélats habituels chez le catalan mais traité ici avec certaines maladresses, notamment dans les drapés.

Notons qu’en 1714, Rigaud fut amené à peindre la sœur de notre modèle, Élisabeth-Éléonore de la Tour d’Auvergne (v.1665-1746), abbesse de Thorigny (1702), démissionnaire en 1731. La cathédrale Saint-Maurice de Vienne conserve encore le Mausolée des archevêques de Vienne élevé de 1740 à 1747 par le sculpteur René-Michel Slodtz (1705-1764) pour notre modèle.

Pièces-Jointes

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan