VILLEROY Mademoiselle de

Catégorie: Portraits
Année : 1693

 

*P.327

Huile sur toile
Dimensions inconnues [buste]
Localisation actuelle inconnue

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1693 pour 122 livres et 10 sols (ms. 624, f° 8 v° : « Mad[demoise]lle de Villeroy [rajout :] Villeroi »).

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 34 ; Perreau, 2013, cat. *P.327, p. 104 ; James-Sarazin, 2016, II, cat. *P.361, p. 127.

Roman proposait pour ce modèle, l’une des filles du second maréchal-duc de Villeroy, seules candidates possibles de la famille : Marie-Thérèse Madeleine de Neuville (1666-1723), supérieure des carmélites de Lyon ou Catherine-Anne de Neuville (1674-1715), supérieure du calvaire à Paris1. La troisème sœur, Françoise-Madeleine (morte le 18 juillet 1730) ne portrait plus le qualificatif de demoiselle de Villeroy depuis son mariage, en 1688, avec le comte de Souza-Prado, peint par Rigaud en 1695.

La première fille s’était faite Carmélite assez tôt en entrant, dès 1682, au couvent de Pontoise où elle prit l’habit de l’ordre sous le nom de Madeleine-Éléonore de Jésus2. Elle se lia d’amitié avec la Mère Madeleine-Thérèse de Jésus, nommée dans le monde d’Amours d’Us, et qui avait dirigé ses débuts dans la vie religieuse. C'est alors que les Carmélites de Lyon émettèrent le désir d'avoir dans leur congrégation cette petite-fille de leurs fondateurs, Charles de Neuville (1566-1642) et Jacqueline de Harlay (morte le 15 mars 1618). Pour y parvenir, les religieuses élurent la Mère Madeleine-Thérèse de Jésus prieure de leur monastère, et la Mère Madeleine-Éléonore de Jésus, âgée de vingt-quatre ans seulement, sous-prieure avant de devenir à son tour prieure lorsque que la révérente Mère de Jésus partit pour Marseille.

Pendant le triorat de Madeleine-Éléonore de Villeroy, qui débuta le 13 septembre 1690, le monastère de Notre-Dame de la Compassion atteignit son apogé avec la reconstruction des bâtiments claustraux sur un plan grandiose et momumental. Mademoiselle de Villeroy avait fait bâtir une imposante chapelle au Sacré-Cœur, auquel elle avait une grande dévotion et bénéficia de fonds donnés par son père, le second marchal de Villeroy.

Remarquable par ses libéralités envers les malheureux, elle redistribuait chaque année les nombreuses offrandes réalisées par Consulat de la ville. Les objets qui entraient dans leur composition et dont l'usage était interdit aux Carmélites, n'étaient acceptés que dans le but de procurer quelques adoucissements aux malades ou pour être donnés en aumônes. On compte qu'elle reçu plus de 17000 livres en sucre, café et autres bougies de la part des échevins lyonnais3.

Ainsi, chaque nouvel an, une députation était chargée d'aller complimenter Madame de Villeroy aux Carmélites et de lui offrir des présents de la part de la Ville comme en ce vendredi 1er janvier 1717 :

« À Madame De Villeroy Religieuse aux Carmélites, pour lui souhaiter une heureuse année. Ce n'est pas assés pour combler de Gloire le Nom de VILLEROY d'avoir donné à l'État, des Généraux d'Armées, des Maréchaux de France, des Gouverneurs de Nos Rois, des Chefs des Conseils, des Primats des Gaules ; Ce n'est pas assés, dis-je, que de grands Emplois, que des Faveurs continuelles de Sa Majesté, soient successivement et en survivance accordés à sa postérité. Vous en faites, Madame, encore le Lustre, en cachant sous le Voile de l'Humilité, et sous un Habit pauvre, des Vertus qui ne vous distinguent pas moins, que les Titres les plus relevés de vôtre Naissance.

Pénétrés du plus profond respect pour Vôtre Illustre nom, du plus sincère attachement pour vôtre personne, de la plus haute admiration pour vos vertus, nous ne cessons de faire des vœux pour vôtre conservation ; Vœux qui ne sont pas de ces hommages superficiels, que l'usage seul autorise, ce sont des sentiments animés, qui naissent du fond de nos cœurs, et qui sont mille fois plus vifs et plus forts que toutes nos paroles. S'ils sont exaucés et si la voix publique est écoutée du Ciel, il éternisera sur la terre ces jours précieux qui ne sont pas seulement le modèle d'une éminante Charité ; mais encore une source intarissable de Grâces et de Bienfaits, qui rejaillissent sans cesse, sur les Citovens de cette grande Ville. »

La religieuse mourut le 26 avril 1723, à l’âge de cinquante-sept ans.

La seconde fille du méréchal de Villeroy, Catherine de Neuville (1674-1715), fut donc religieuse au couvent du Calvaire au Marais à Paris avant d'en devenir supérieure. « Fille de grand mérite » selon le marquis de Dangeau4, elle mourut au couvent de la petite vérole et fut également peinte par Joseph Vivien5.

Dans une de ses lettres adressées à Madame de Maintenon, le vieux maréchal s'inquiétait de l'état de santé de sa fille et gardait espoir : « Mon petit fils a été à l'extrémité jusque à hier soir par une petite vérole [...]. Deux jours après qu'elle eu paru, ma fille du Calvaire fut attaquée du même mal : elle commence aussi à se mieux porter6. » Quelques jours plus tard, le 30 décembre, le maréchal ne pourra hélas que se désoler de la disparition de la religieuse : « Ma fille vient de mourir, Madame : j'en suis inconsolable : je l'aimois tendrement : & elle me donnoit tous les jours de nouveaux sujets de l'aimer »

Voir en 1690 le double portrait de leurs frères.

 


1. James-Sarazin rectifie les prénoms des deux sœurs en Madeleine Éléonore et Catherine.

2. Adolphe Vachet, Les anciens couvents de Lyon, Emmanuel Vitte

3. Jacques-Jules Grisard, Documents pour servir à l'histoire du couvent des Carmélites de Notre-Dame de la Compassion de Lyon, Lyon, Pitrat, 1887 et Pierre Guichard, L'origine sociale des carmélites de Lyon aux XVIIe et XVIIIe siècles (1616-1689), mémoire de master I, histoire moderne, Université Jean Moulin, Lyon 3, 2012, p. 58-59.

4. Abrégé des mémoires ou journal du marquis de Dangeau [...] par le marquis de Genlis, 1817, t. 3, p. 386.

5. Voir Helmut Börsch-Supan, « Joseph Vivien als Hofmaler der Wittelsbacher », Münchner Jahrbuch der bildenden Kunst, XIV, 1963, pp. 129-212, no. 86 n.r. Cité par Neil Jeffares, dans son dictionnaire des pastellistes.

6. Lettres à Madame de Maintenon, La beaumelle, tome 8, 1758, p. 122-124.

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan