HÉNIN Claude

Catégorie: Portraits
Année : 1687

 

P.116

Âge du modèle : 44 ans

Huile sur toile
H. 110,5 ; L. 89. 
France, collection privée

Daté et signé au dos : « fait par Rigaud 1687 »

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1687 pour 337 livres et 10 sols  [à mi-corps] (ms. 624, f° 3 v° : « Mons[ieu]r Enin [rajout :] Hénin, père et fils ») ; collection Gaston des Varennes ; don au père du propriétaire actuel ; collection Cassin ; vente Artcurial, Paris, 26 mars 2014, lot. 129 (20 800 €).

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 13 [f] ; Perreau, 2013, cat. P.94 ; Perreau, « Le portrait retrouvé de Claude Hénin par Rigaud », www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com, 2 septembre 2013, Perreau, 2013, cat. P.116, p. 75.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile, H. 98,5 ; L. 78,5, vente Paris, Drouot, 12 décembre 1966, lot 166 [=attribuée à François de Troy] ; vente château de Miromesnil, De Wemaere et Beaupuis, 21 juillet 2013, lot. 99.

Copies et travaux :

  • 1687 : « une [copie] de Mons[ieu]r d’Enin » pour 67 livres et 10 sols (ms. 624, f° 3 v° ; Roman, 1919, p. 14).

Si pour la présente mention des comptes, Roman proposa Adrien-Joseph Hénin (mort en 1693), conseiller au parlement de Paris et son fils, Eustache Hénin, également conseiller au même parlement, nous avions plus volontiers opté dans notre catalogue concis de 2013 pour un membre d’une famille qui fréquentera régulièrement l’artiste : les Hénin de Cuvillers, liés aux Hénin-Liétard. Ainsi, il semblait assez logique, compte tenu des générations, d'opter ici pour une effigie de Nicolas de Hénin de Cuvilliers (1601-1698) et de l'un de ses fils, Claude (1643-1731), Nicolas II (1654-1737) ou Eustache (1656-1709). La présence dans les comptes de l'artiste en 1705 d'un portrait de « Monsieur Hénin le fils » aurait pu plaider pour une seconde effigie de l'un d'eux... Mais le prix très élevé pour l'époque de 337 livres et 10 sols était difficile à interpréter. La somme devait-elle être équitablement scindée en deux pour les effigies respectives d'un père et de son fils ? Ou sagissait-il seul tableau réunissant deux personnages ?

C'est alors qu'au commencement de l'année 2013, alors que notre catalogue était en cours d'impression, nous avons été contactés par un collectionneur privé nous soumettant un portrait de Claude Hénin de Cuvilliers (1643-1731), donné par tradition orale et familiale à Nicolas de Largillierre. Bien spolié par les allemands mais finalement restitué à la famille qui en fit don aux ancêtres du propriétaire, l'image n'était pas inconnue. Elle reprenait en bien plus qualitatif, une version déjà passée en vente publique, jusqu’ici faussement donné à François de Troy, et qui avait perdu toute identité avec le temps. Prudemment d'ailleurs, nous avions intégré cette dernière à notre catalogue sous le numéro P.94 et en le plaçant avec une certaine prémonition à la toute fin de l'année 1685 (désormais P.116-1).

L'identité du portrait original, inscrit de manière apocryphe à même la toile, dans le coin supérieur gauche (« Claude HÉNIN DE CUVILLIER CHEVALIER / CONSEILLER D'ÉTAT Né le 24 avril 1643 ») correspondait idéalement au modèle, contrôleur de l’augmentation du sceau, garde des rôles des offices de France, et qui devint effectivement conseiller d’État en 1675. En haut à droite, l'identification avait été complêtée par le blason de la famille, d'azur au lion d'or, lampassé de gueule, qui avait été reprise dès 1677 par Nicolas Hénin et son fis Claude comme marque de puinés (Nicolas Viton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, 1812, p. vol. 8, p. 44). En accord avec le propriétaire et persuadés qu'une restauration approfondie pouvait apporter une meilleure conservation au tableau, il fut décidé d'ôter l'ancien rentoilage de l'œuvre. Apparut alors la signature de Rigaud et la date de 1687, achevant le fixer la correspondance avec la mention des comptes de l'artiste pour cette année là. Cette découverte permit également de prouver que Rigaud avait initialement peint deux effigies et non une seule avec deux portraits.

La posture décontractée « à la Van Dyck », l’aspect vaporeux de la perruque applatie à son sommet, la nonchalence des drapés et la simplicité de leurs plis renvoyait à des prototypes bien connus de l'artiste en ce tout début de carrière. La main, alanguie, nonchalente et aux doigts sans phalanges apparentes comme Rigaud les aimait, renvoyait encore au portraitiste anglais que notre peintre admirait. 

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan