NEMOURS Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de

Catégorie: Portraits
Année : 1705

 

P.898

Âge du modèle : 80 ans

Huile sur toile
H. 147 ; L. 109 
Château de Dampierre, salon bas

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes pour 700 livres (ms. 624, f° 24 : « Mad[am]e la duchesse de Nemours »), anciennement à l’hôtel de Luynes à Paris ; coll. duc de Luynes.

Expositions :

1878, Paris, n°176.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 119 ; Hulst/3, p. 185 ; Mariette, 1740-1770, III, f° 47 r°, n°46, VII, f° 14 ; Basan, 1767, I, p. 174 ; Gori Gandinelli, 1771, I, p. 364 ; Lelong, 1775, p. 266 ; Fontenai, 1776, I, p. 527 ; Luc Vincent Thierry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, Paris, tome II, 1787, p. 527 (« dans la salle du dais,en face de la cheminée […] le portrait de Madame la Duchesse de Némours, par Hyacinthe Rigaud ») ; Huber & Rost, 1797, VIII, p. 4 ; Paignon-Dijonval, 1810, 7614 ; Joubert, 1821, I, p. 435 ; Nagler, 1836, III, p. 476 et 1843, XIII, p. 182  ; Michaud, 1843-1857, XXX, p. 310-311 ; Dussieux 1854, II, pp. 119, 185 ; Le Blanc, 1856, II, P. Dr., n°91 ; Firmin-Didot ,1876, P. Dr., n°115 ; Firmin-Didot, 1875-1877, P. Dr., n°481 ; Portalis & Béraldi, 1881, II, p. 19 n°37 ; Bellier & Auvray, 1882, I, p. 446 ; Rondot, 1896, p. 109 ; Bryan, 1813, I, p. 425 ; Mireur, 1910, II, p. 534-541 ; Thieme & Becker, 1913, IX, pp. 559-560 ; Soulange-Bodin,1914, p. 6-49 ; Roman, 1919, p. 116, 117, 125, 126, 129 ; Audin & Vial, 1919, p. 288 ; Duportal, 1926, n°6 p. 33, pl. V ; Thieme & Becker, 1934, XXVIII, pp. 349-351 ; Lossky, 1946, p. 39 ; IFFXVIIIe 1951, VII, P. Dr., n°76 ; Bachelin, 1878, p. 142-143  ; McAllister Johnson, 1982, p. 76, n°23 ; Préaud, 1982, p. 16-18, n°13 ; Coirault, 1983, Saint-Simon, I, p. 687 ; Thieme & Becker-Saur, 2001, XXIX, p. 408-410 ; Perreau, 2004, p. 166, note 263, repr. (pour la gravure) fig. 133 ; Levallois-Clavel, 2005, I, p. 72-73, 76-77, 161, 163, 220 ; Ibid. II, p. 76, cat. P. Dr., n°31.  ; Perreau, 2013, cat. P.898, p. 193.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 148 ; L. 115. Lausanne, musée cantonal des Beaux-arts. Inv. 55-3. Réplique en tous points identique à la version de Dampierre. Vente Paris, 26 mai 1909, lot 4 ; acheté à cette occasion puis légué en 1955 au musée par Mme Germaine Sevastopoulo. 
  • 2. Huile sur toile. H. 81 ; L. 64. Copie partielle d’après Rigaud. Neufchâtel, musée d’art et d’histoire. Inv. AP 778. Anc. Château de Beauregard ; Legs de Mme Ibbetson en 1907. 
  • 3. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, H. 73 ; L. 57. Magny-les-Hameaux, musée national des Granges de Port-Royal.
  • 4. Gravé par Pierre Drevet en 1707 selon Hulst et en contrepartie, « figure jusqu’aux genoux où cette dame, presque octogénaire, est représentée en habit de cour. Estampe de grandeur ordinaire. » H. 47 ; L. 33,3. En bas de l’estampe, de part et d’autre d’une composition aux armes, la lettre suivante : « Marie par la grâce - de Dieu, / Souveraine de - Neufchâtel et Vallangin, / Duchesse de Nemours ». Sous le trait carré à gauche : « Hiacinthe Rigaud pinxit » ; à droite : « Pet. Drevet sculpsit 1707 ».  

Copies et travaux :

  • 1705 : « Trois [copie] de Mad[am]e la duchesse de Nemours en grand » pour 750 livres (ms. 624, f°24, v°). Roman n'en relevait qu'une.
  • 1705 : « Une [copie] de Mad[am]e la duchesse de Nemours » pour 100 livres (ms. 624, f°24, v°).
  • 1706 : « Une [copie] de Mad[am]e la duchesse de Nemours p[ou]r Lambass[adeur] de moscovie » pour 100 livres (ms. 624, f°23 v°).
  • 1706 : Leprieur reçoit 70 livres pour avoir fait « l’habit de M[adam]e de Nemours » (ms. 625, f°19).
  • 1706 : Leprieur reçoit 70 livres pour « Une coppie de Mad[am]e la duchesse de Nemours en grand » (ms. 625, f°20 v°).
  • 1706 : Bailleul touche 60 livres pour « Une coppie de Mad[am]e la duchesse de Nemours en grand » et 24 autres pour « Un buste de ladicte avec une main » (ms. 625, f°21).
  • 1706 : Monmorency reçoit 14 livres pour « une coppie de Mad[am]e de Nemours » (ms. 625, f°21). 

« En 1705, M[ada]me la duchesse de Nemours de Longueville, souveraine de Neufchâtel et Valengrin, quoiqu’elle eût près de quatre-vingts ans, âge où l’amour-propre évite la fidélité d’un pinceau sans fard, voulut néanmoins être peinte aussi par Rigaud, et pour multiplier son portrait, cette princesse le fit graver par le sieur Drevet ; c’est l’un des plus parfaits morceaux que ce graveur ait faits ».

C'est en ces termes que la propre biographie de Rigaud, écrite en 1716, nous informe de la création du portrait de Marie d’Orléans de Longueville (1625-1707), duchesse de Nemours. Fille d’Henri II d’Orléans (1595-1663), duc de Longueville, d’Estouteville, prince de Neufchâtel, pair de France, chevalier des Ordres du Roi, gouverneur de Picardie puis de Normandie et de sa première femme Louise de Bourbon-Soissons (1603-1637), la duchesse de Nemours passait pour formidablement riche, héritant à dix-sept ans de tous les biens de sa maison après la mort de ses frères et instaura chez elle des habitudes de mécénat. Jouissant de son indépendance, elle recevait à l’Hôtel de Longueville et de Soissons la plupart des académiciens. Selon Micheline Cuénin, Mademoiselle de Longueville fut sans aucun doute possible la femme la plus instruite de France. Lors du décès, en 1707, de la duchesse, Saint-Simon ne manque pas d’esquisser le portrait de cette étrange figure : « M[ada]me de Nemours, avec une figure fort singulière, une façon de se mettre en tourière qui ne l’était pas moins, de gros yeux qui ne voyaient guère, et un tic qui lui faisait toujours aller une épaule, avec des cheveux blancs qui lui traînaient partout, avait l’air du monde le plus imposant. »

Rigaud choisit représenter sa modèle assise dans un large fauteuil au style récurrent dans ses portrait, devant un fond de rideau et, à gauche, d'un mur à pilastres ioniques. La duchesse, habillée de noir et coiffée d'un capuchon de taffetas de gaze de même couleur qu'elle retient d'une main, pose l'autre sur une couronne ducale présentée à droite sur un coussin de velours rouge disposé sur une table drapée. 

Suivant les préceptes édictés par Roger de Piles dans son Cours de peinture par principes (1708) et selon lesquels « il faut imiter les défauts comme les beautés » Rigaud ne marque aucune complaisance avec l'âge de son modèle, ne lui donnant que plus de vérité et de douceur. La version conservée au château de Dampierre, que nous avons pu examiner, passe pour l’original de Rigaud mais la version de Lausanne est également de très bonne qualité. 

Pour faire patienter l’Académie Royale qui attendait son morceau de réception (le burin du portrait de Robert de Cotte [P.1189-1]), Drevet offrit à ses pairs, le 3 mai 1710, la gravure d’après le portrait de la duchesse que Hulst décrit comme « figure jusqu’aux genoux où cette dame, presque octogénaire, est représentée en habit de cour. Estampe de grandeur ordinaire. »

Comme il était souvent d'usage, quelques personnalités de l'entourage de la duchesse passèrent eux-aussi dans l'atelier de Rigaud. Ainsi, on vit deux fois son trésorier, de même que le gouverneur de sa principauté.

Le XIXe poursuivit pour le musée du château de Versailles, la duplication de l'effigie avec celle d'Alexandre-Marie Colin (1798-1873). (H. 130 ; L. 107. Commandé par Louis-Philippe pour le musée Historique de Versailles en 1840. Versailles, musée national du château, MV4241, inv. 7574, LP 4488. Voir Constans, 1995, I, p. 173, n°964). Le musée conserve également un portrait de Françoise-Sybille de Saxe-Lawenbourg (1675-1733), princesse de Bade peint par Jean-Pierre Franque (1774-1860) sur le modèle de Rigaud (Constans, 1995, I, p. 324, n° 1825, MV4293). 

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan