PARDAILLAN DE GONDRIN D'ANTIN Louis-Antoine de

Catégorie: Portraits
Année : 1710

 

P.1108

Âge du modèle : 45 ans

Huile sur toile
H. 145 ; L. 114 cm
Collection particulière

Historique :

Absent des livres de comptes ; peint entre 1708 et 1710 selon les sources écrites et copies réalisées à cette époque par l'atelier ; Venise, Isola di Torcello, coll. Piccoli ; sa vente, Vienne, Dorotheum, 16 octobre 2007, lot 90 ; vente Münich, Hampel Kunstauktionen, 5 décembre 2008, lot 302 ; ibid., 28 mars 2009, lot 931 ; ibid., 4 décembre 2009, lot 355 ; ibid., 23 mars 2010, lot 336.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 120 ; Hulst/3, p. 192 ; Montaiglon, 1875-1892, IV (1881), p. 62-63 ; Portalis et Béraldi, 1880-1882, I, p. 51, 53 (n° 3), 379 ; ibid. III, p. 583 (n° 10) ; cat. Châteauroux [Beulay], 1910, p. 7, n° 13 ; Roman, 1919, p. 153, 154, 160, 166, 167, 170, 184, 186, 188, 205 ; Constans, 1995, II, p. 760 (n° 4287), p. 763 (n° 4301), p. 764 (n° 4308) ; Perreau, 2004, p. 196-197 ; Marcheteau de Quincay, 2006, p. 22, 23 ; Perreau, 2013, cat. P.1108, p. 223-224.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 138 ; L. 103. Versailles, musée national du château (salle 85, exposé). MV5555, Inv. 7559, B 2157. Légué par Rigaud en 1719 à l’Académie. Mentionné au dépôt de Nesle en 1796. Ancienne collection, mentionné dans les réserves du Louvre en 1824. Entré à Versailles sous Louis-Philippe (1833). Voir Constans, 1995, II, p. 764, n°4308.
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 120 ; L. 91 (avec variantes car la main droite est sensiblement différente, reposant sur un bâton de commandement plus court), Versailles, musée national du château. MV4333, Inv. 7560, B 2081. Anciennement à l’Académie royale de peinture. Peut-être s’agit-il de l’exemplaire offert en 1719 par Rigaud à cette institution. Ancienne collection ; entré à Versailles sous Louis Philippe ; en dépôt au musée de Metz. Voir Soulié 1880, n°4333 ; Constans 1980, n°5872 ; Constans, 1995, II, p. 763, n°4301.
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 135 ; L. 104 cm. Versailles, musée national du château. MV3673, inv. 7557 ; MR 2403. Ancienne collection du château, entré à Versailles sous la Restauration en provenance du musée du Louvre. Voir Constans, 1995, II, p. 760, n°4287.
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 138 ; L. 104. Châteauroux, musée Hôtel-Bertrand. Inv. D-1214 (dépôt du Louvre, 1872). Voir cat. du musée [Beulay], 1910, p. 7, n°13.
  • 5. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 101 ; L. 129. Paris, coll. duc d’Uzès.
  • 6. Huile sur toile d’après Rigaud, 1718 (var. ; buste ; La Penaye ?), H. 80 ; L. 65,1 cm. Collection particulière (Vente Londres, Christie’s, 4 mars 2004, lot 370, n°6806, « collection Madame X » (invendu), repr. p. 41 du cat. ; vente Londres, Christie’s, 22 avril 2005, lot 121, cat. p. 145, repr.).
  • 7a. Gravé par Nicolas-Henri Tardieu dans le même sens que la toile, figure jusqu’aux genoux, pour sa réception à l’Académie le 29 novembre 1720. H. 47,5 ; L. 34,2. En bas, la lettre suivante, de part et d’autre d’une composition aux armes : « Louis Antoine de - Pardaillan de Gondrin, / Duc d’Antin, Pair de France, Lieutenant Général - des Armées du Roy et de la haute et basse Alsace, / Gouverneur et Lieutenant Général pour sa Majesté - des villes et Duché d’Orléans et Pays Orléanois, / et de la ville et Château d’Amboise, Surintendant - et Ordonnateur général des Bâtimens et Jardins / du Roy, Arts et Manufactures, Académies Royales - et Conseiller du Conseil de Régence / Peint par Hyacinthe Rigaud et gravé par Nic. Tardieu - pour sa réception à l’Académie en 1720. » Trois états (avant la lettre, sans l’ordre du Saint-Esprit, avec l’ordre du Saint-Esprit).
  • 7b. Gravé par François Chéreau (selon Hulst), « d’après le même tableau [sans aucun changement d'après Tardieu], pour sa réception [à l'Académie] en 1724. H. 59 ; L. 43,3. Second état « augmentée seulement du cordon et de la croix du Saint-Esprit » en 1724.
  • 7c. Gravé par Jean Audran en 1716, « buste sans mains, dont la tête d’après le même tableau et le surplus de l’attitude et des draperies composé exprès pour cette forme ». H. 45,3 ; L. 33,1.
  • 7d. Gravé par Martin Bernigeroth en 1724, en buste dans un ovale. H. 14,3 ; L. 9.
  • 7e. Huile sur toile d'après Rigaud (atelier). H. 61 ; L. 47 cm. Allemagne, collection privée ; vente Cologne, Lempertz Kunsthaus, 20 septembre 2017, lot. 68. Toile cadrée au visage et au début du buste dans sa version, après 1724, avec le ruban bleu de l'ordre du Saint Esprit. Ancienne inscription en haut à droite et à gauche : « LE - MAISON ».

Copies et travaux :

  • 1710 : « une [copie] de M[onsieu]r le duc d’Antin p[ou]r m[onsieu]r Le Fevre » contre 75 livres (ms. 624, f° 31 v°).
  • 1710 : Leprieur reçoit 24 livres pour « deux teste de M[onsieu]r le marquis d’Antin » (ms. 625, f°26 v°).
  • 1711 : Leprieur reçoit 24 livres pour « deux bustes de M[onsieu]r le duc d’Antin », 12 autres pour « Un habillement de M[onsieu]r le duc d’Antin » (ms. 625, f°27 v°).
  • 1711 : Bailleul reçoit 3 livres pour avoir « ébauché l’habillement du marquis d’Antin, un jo[u]r » (ms. 625, f°28) et 20 autres pour « un buste du duc d’Antin » (ms. 625, f°28 v°).
  • 1711 : Vialy reçoit 3 livres pour avoir fait « un habillement d’un buste hors la draperie d’après de M[onsieu]r le Duc d’Antin » (ms. 625, f°29).
  • 1713 : Bailleul reçoit 12 livres pour « une teste de M[onsieu]r le duc d’Antin » (ms. 625, f°30).
  • 1717 : La Penaye reçoit 70 livres pour « une coppie en grand du duc d’Antin » (ms. 625, f°32 v°).
  • 1718 : La Penaye reçoit 28 livres pour avoir « retouché une grande copie de M[onsieu]r l[e] D[uc] Dantin faite par S[ieu]t le Comte ou jay demeuré 17 j[ou]r. »; 20 livres pour « une tête de M[onsieu]r L[e] Duc D’Antin dun Buste dont Jay retouché l’habillement » et 10 autres pour « une autre tete de M[onsieu]r L[e] D[uc] DAntin dont Jay retouché l’habillement » (ms. 625, f°32 v°).
  • 1719 : « Une [copie] de M[onsieu]r le duc d’Antin pour M[onsieu]r Adam » pour 150 livres et « une [copie] de M[onsieu]r le duc d’Antin pour le duc d’Antin » pour 500 livres (ms. 624, f°39 v°).
  • 1729 : « Une copie de M[onsieu]r le duc d’Antin p[ou]r M[onsieu]r Adam » sans prix (ms. 624, f°43 v°).

Descriptif :

« En cette même année [1708], messieurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture, ayant pris pour protecteur M. le duc d’Antin, devenu surintendant des bâtiments par la mort de M. Mansard, Rigaud fut choisi par cet illustre corps pour faire le portrait de ce seigneur, pour être placé dans la salle où ils tiennents leurs assemblées, et lorsqu’il eut fini, il leur en fit présent, orné de la bordure. Ce portrait est sur une toile de quatre pieds et demi ». Grâce à ce témoignage de Rigaud lui-même, relayé par les Procès-verbaux de l’Académie Royale, nous savons que l’effigie de Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin (1665-1736), duc d’Antin, éclatant de couleurs et d’emphase, fut commandée dès 1708 et achevée en 1719, date à laquelle l’artiste en fit don à l’Académie (ce qui expliquerait son absence de notation en tant qu'original dans les comptes). Notons que Hulst, dans son catalogue des gravures d’après Rigaud, donne la date de 1713 pour la confection du tableau. La verve générale de la composition prouve que Rigaud fut particulièrement attentif aux désirs de représentation de son modèle, ce qu’attestent les relations étroites qui existaient entre eux : « L’Académie chargea ensuite Rigaud de peindre le Duc d’Antin son protecteur, pour être placé dans la salle d’assemblée : Rigaud y employa tout son sçavoir & en fit présent à l’Académie. […] Le Duc d’Antin, Surintendant des bâtimens de Sa Majesté, faisait un grand cas d’Hyacinthe Rigaud » (D’Argenville, op. cit.).

Le tableau semble avoir connu un véritable succès au sein des portraits du même genre, peints après lui [portrait du comte d’Hoym ou celui du prince de Lichtenstein] quoique exécutés d’après un prototype remontant dès 1704 avec l’effigie du maréchal de Villars. Dater la version originale s'avère toutefois complexe. En effet, si les premiers travaux des aides de l’atelier remontent à 1710, on sait que le Duché-Pairie d’Antin ne fut érigé qu’en 1711 à partir du Marquisat d’Antin et des Baronnies, terres et Seigneuries de Bellisle, Mieslan, Tuilerie de Pis et Certias. Or, l’ensemble de l’iconographie du duc d’Antin chez Rigaud présente le modèle vêtu de son manteau de Pair de France. Si les premiers états de la gravure de Tardieu (1720) ne figurent logiquement pas le cordon de chevalier du Saint-Esprit que d’Antin reçoit le 7 juin 1724, toutes les copies connues du portrait n’oublient pas la décoration. D’ailleurs, la majorité d’entre elles montrent le ruban bleu de l’ordre, glissé sous les doigts de la main gauche de d’Antin alors que la copie vénitienne trahi un évident rajout de ce cordon, assez maladroitement peint d’ailleurs, contournant la main. Cette dernière version serait la plus ancienne connue, englobant davantage de paysage sur les côtés de la composition. Dans la version en buste de la vente Christie’s de mars 2004, seule la tête du duc est conforme au tableau d’origine : le drapé est très différent (voir le portrait du comte de Kaunitz par exemple) ainsi que l’aspect de l’armure.

Louis-Antoine de Pardaillan est resté célèbre dans l’histoire par sa filiation : il était le fils de Louis-Henry de Pardaillan de Gondrin (v. 1640-1702), marquis d’Antin et de Montespan et de Françoise-Athénaïs de Rochechouart (1640-1707), cette dernière devenant bientôt l’une des plus célèbres maîtresses de Louis XIV, avec qui elle aura sept enfants illégitimes. Je jeune duc d’Antin pouvait donc se targuer d’être le beau-fils du roi par la main gauche ; semi parenté royale qui lui valu de grands honneurs : lieutenant général des armées, directeur général des Bâtiments de 1708 à 1726, président du Conseil du Dedans puis membre du Conseil de régence. Si Saint-Simon le qualifie de poltron et le Régent d’homme sans humeur et sans honneur, ses talents d’organisateur et de meneur d’hommes sont toutefois salués. D’Antin avait épousé le 26 août 1686, Julie Françoise de Crussol (née vers 1670), fille d’Emmanuel de Crussol, 5e duc d’Uzès (1642-1692), gouverneur de Saintonge et d’Angoumois et de Marie-Julie de Sainte-Maure-Montausier. Le fameux littérateur achève ici le portrait de d’Antin, parfaitement reproduit par Rigaud : « Né avec beaucoup d’esprit naturel, il tenait de ce langage charmant de sa mère et du gascon de son père, mais avec un tour et des grâces naturelles qui prévenaient toujours. Beau comme le jour étant jeune, il en conserva de grands restes jusqu’à la fin de sa vie, mais une beauté mâle et une physionomie d’esprit. Personne n’avait ni plus d’agréments, de mémoire, de lumière, de connaissance des hommes et de chacun, d’art et de ménagement pour savoir les prendre, plaire, s’insinuer, et parler toutes sortes de langages ; beaucoup de connaissances et des talents sans nombre qui le rendaient propre à tout, avec quelque lecture. Un corps robuste et qui sans peine fournissait à tout, répondait au génie, et, quoique peu à peu devenu fort gros, il ne lui refusait ni veilles ni fatigues. Brutal par tempérament, doux, poli par jugement, accueillant, empressé à plaire, jamais il ne lui arrivait de dire mal de personne. Il sacrifia tout à l’ambition et aux richesses, quoique prodigue, et fut le plus habile et le plus raffiné courtisan de son temps, comme le plus incompréhensiblement, assidu : application sans relâche, fatigues incroyables pour se trouver partout à la fois, assiduité prodigieuse en tous lieux différents […]. Sa table, ses équipages, toute sa dépense était prodigieuse, et la fut dans tous les temps. Son jeu furieux le fit subsister longtemps : il y était prompt, exact en comptes, bon payeur, sans incidents, les jouait tous fort bien, heureux à ceux de hasard, et avec tout cela fort accusé d’aider la fortune. Sa servitude fut extrême à l’égard des enfants de sa mère, sa patience infinie aux rebuts. On a vu celui qu’ils [le duc du Maine et le comte de Toulouse, soutenus par le duc d’Orléans] essuyèrent pour lui lorsqu’à la mort de son père ils demandèrent tous au Roi de le faire duc, et, si le dénouement qui se verra bientôt n’eût découvert ce qui avait rendu tant d’années et de ressorts inutiles, on ne pourrait le concevoir. On eût peut-être difficilement trouvé un homme plus propre que lui à commander les armées : il avait les vues vastes, justes, exactes, de grandes parties de général, un talent singulier pour les marches, les détails de troupes, de fourrages, de subsistances, pour ce qui fait le meilleur intendant d’armée, pour la discipline sans pédanterie et allant droit au but et au fait, une soif d’être instruit de tout qui lui donnait une peine infinie et lui coûtait cher en espions. Avec tant de vues, de soins, d’applications différentes à la cour et à la guerre, toujours à soi, toujours la tête libre et fraîche, despotique sur son corps et sur son esprit, d’une société charmante, sans tracasserie, sans embarras, avec de la gaieté et un agrément, tout particulier, affable aux officiers, aimable aux troupes à qui il était prodigue, avec art et avec goût, naturellement éloquent et parlant à chacun sa propre langue, aisé en tout, aplanissant tout, fécond en expédients, et capable à fond de toutes sortes d’affaires. C’était un homme certainement très rare ».

La version [P.1112-6] est sans doute celle relevée dans les comptes de Rigaud à la date de 1718 pour 20 livres (ms. 625, f°33 : « une tête de Mr l. D. d’Antin, d’un buste dont j’ai retouché l’habillement »), gravée par Audran et décrite par Hulst : « buste sans mains, dont la tête d’après le même tableau et le surplus de l’attitude et des draperies composé exprès pour cette forme ».

 

mise à jour 20 août 2017

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan