ROLL MONTPELLIER Jean-Louis de

Catégorie: Portraits
Année : 1713

 

P.1201

Âge du modèle : 24 ans

Huile sur toile
H. 93 ; L. 74.
Collection particulière

Signé et daté au dos : « Fait par Hyacinthe Rigaud, 1713 »

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1713 pour 400 livres (ms. 624, f° 35 : « M[onsieu]r Roll le fils ») ; Bayonne, Collection Roll-Montpellier au château de Montpellier ; vente Paris, hôtel Drouot, Rieunier-Bailly-Pommery, 11 décembre 1989, lot 21 ; Londres, gal. Colnaghi ; coll. priv. ; vente, NY, Christie’s, 15 avril 2008, lot 63).

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 169 [f] ; Ribeton, 1999, p. 76 ; Perreau, 2004, p. 241 ; Ribeton, 2010, p. 140 ; Perreau, 2013, cat. P.1201, p. 241.

Si Roman identifiait à tort ce modèle comme comme Jean-Georges, baron de Roll, seigneur d’Emmenholtz, trésorier général du canton de Soleure, nous savons que Rigaud peignit Jean-Louis de Roll-Montpellier (Bayonne, 19 septembre 1689 – Bayonne, 15 novembre 1761). Fils de Jean de Roll (1659-1719) et de Marie-Monique de Bruix, de six ans sa cadette, il était titré seigneur et baron de Lasse. Conseiller du roi, notre modèle devint premier échevin de sa ville entre 1738 et 1740. Décoré de l’ordre de Saint-Michel en 1740, il choisit de se faire peindre par Rigaud au moment de son mariage avec Agnès Anne de Miniague, le 11 septembre 1713. Son épouse, née le 6 janvier 1693 à Bayonne, était la fille de Jean de Nimiague et de sa seconde épouse, Jeanne Darrèche.

La pose choisie ici est un condensé de plusieurs formules, à l’instar de celle utilisée pour le portrait de Boyer de Lantenay en cette même année 1713. On y retrouve un drapé équivalent, débordant sur un entablement de pierre peint au premier plan. Rigaud rajoute cependant une main tenant le revers galonné d’or du manteau bleu, ce qui a pour effet de grossir le prix de 100 livres supplémentaires par rapport à celui du président au Parlement de Bourgogne.

Bourgeois et marchand de Bayonne, partageant son temps de négociant avec un poste de Jurat et de trésorier, le père de notre modèle, Jean, s’était porté acquéreur, le 2 octobre 1699, d’une terre appartenant à l’avocat Jean-Louis de Bruix (1661-1729), son beau-frère, et sise Saint-Laurent-de-Gosse, sur les bords de l’Adour, face à la commune d’Urt. Ce cadre enchanteur, épousant les courbes larges du fleuve, vit rapidement la construction d’un château, demeure cossue de campagne, dont la cour pavée de galets anciens est aujourd’hui classée. Les lourdes portes ouvrent encore sur un petit perron menant directement à un débarcadère dont les dernières pierres se perdent dans l’Adour. Là, devaient sans doute accoster les tonneaux de vin et autres denrées que le propriétaire des lieux amenait avec lui.

S'il ne reste que peu de chose des décors intérieurs, ainsi que nous avons pu le constater lors de notre visite du château, la famille de Roll avait souhaité orner les murs des salons grâce aux productions de portraitistes de renom tel Robert Gabriel Gence ou Jean Ranc. Ainsi, les jardins à la française du château de Roll-Montpellier, aux roseraies délicates, furent immortalisés par Robert Gabriel Gence (Paris, ? – Bayonne, 1728), peintre local fortement influencé par le style de Rigaud et de Ranc, dans l’un de ses portraits du petit-fils de Jean de Roll, Jean-Baptiste (12 novembre 1718 – 22 février 1770), agé d'environ dix ans, figuré en pied, vêtu d’un élégant costume de velours marron à brandebourgs et boutons dorés, doublé de satin rose. Il se tient dignement au sommet des marches d'un escalier probablement placé dans le parc du château, bordé au fond par les Pyrénées[1].

Gence, dont l'essentiel de sa carrière s’effectua à Bayonne en tant que peintre ordinaire de Marie-Anne de Neubourg (1667-1740), princesse de Bavière et sa seconde épouse du roi Charles II d'Espagne qui s’y était exilée, avait exécuté un portrait de la souveraine dont Laborde et Roll souhaitèrent une extrapolation des mains de Rigaud en 1738[2].

Quant à Jean-Louis de Roll, il sollicita également Jean Ranc pour un vaste portrait en chasseur (voir Perreau, 2012, p. 71).


[1] Vente Paris, Christie’s, 22 juin 2006, lot 1, huile sur toile, H. 175 ; L. 130 cm. Donné par erreur à l’entourage de Jean Ranc.

[2] Archives municipales de Bayonne. AA 42, pièce n°11. Ribeton, 1999, p. 43, note 7.

 

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan