SAXE Frédéric Auguste II de

Catégorie: Portraits
Année : 1715

 

P.1226

Âge du modèle : 19 ans

Huile sur toile
H. 250 ; L. 173.
Dresde, Staatlische Kunstsammlungen Dresden, Gemälde Gal. Alte Meister. Inv. N° 760.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1715 pour 4000 livres (ms. 624, f° 36 v° : « M[onsieu]r le Prince Electoral de Saxe fils du Roy de Pologne ») ; collections des Saxe.

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 122 ; cat. Dresde, 1782, p. 229, n° 528 ; Pichon, 1880, II, p. 227-278 ; Portalis et Béraldi, 1880-1882, I, p. 73-75, 80 (n° 12) ; Montaiglon, 1875-1892, VI (1885), p. 159 ; Belleudy, 1913, p. 231-264 ; Roman, 1919, p. 175, 179, 184 ; Réau, 1925, p. 61 ; cat. Dresde, 1929, p. 367-369 ; Posse, 1937, p. 84 ; Wilenski, 1949, p. 88 ; Colomer, 1973, p. 131 ; Rosenfeld, 1981, p. 293 ; cat. Dresde, 1992, p. 322 ; cat. Dijon, 2001, p. 136-148 ; James-Sarazin, 2001, p. 136 ; Perreau, 2004, p. 207-209 ; Rosenberg et Mandrella, 2005, n°958, p. 164 ; Marcheteau de Quincay, 2006, p. 23 ; Perreau, 2013, cat. P.1226, p. 245.

Œuvres en rapport :

  • 1. Gravure de Jean-Jacques Balechou, 1747. Selon Portalis : « chef-d’œuvre de science et de force, destiné à figurer en tête de la Galerie de Dresde ». Portalis poursuit son commentaire en estimant que l’estampe « place Balechou au rang des meilleurs burinistes du XVIIIe siècle, et même de toute l’Ecole Française ». H. 73,5 ; L. 51 cm. Sous l'image la lettre suivante : « Auguste III Roi de pologne / électeur de saxe. / peint comme prince royal et electoral pendant son sejour a paris, en 1715, par le chevalier hiacinthe rigaud / peint par hiacinthe rigaud/ gravé par J. J. Balechou natif d’arles et presente a l’academie / royale de peinture et sculpture pour son agrement »[1].
  • 2. Huile sur toile, suiveur de Rigaud (esqisse), H. 24,7 ; L. 18,3 cm. Collection particulière (vente Paris, hôtel Drouot, Beaussant-Lefèvre, 28 juin 2002, lot 15). Esquisse sur préparation rouge, fixant juste les traits du prince et son attitude à moins qu’il ne s’agisse que d’un exercice d’élève. Exposé à Houston en 1973-1975, n°74 (comme Rigaud).
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 138,2 ; L. 108,9 cm. Anciennement collections Wettin ; offert par la famille au Palais Potocki à Krakau où il demeure jusqu’en 1960 ; Galerie Seilerg ; acquis par Curt L. Weigl, le 5 septembre 1972 ; Vente Christie’s Amsterdam, 29 juin 2005, lot. 560. Ancien numéro « 452 » au dos. Toile coupée aux genoux, réduite sur les côtés, le jeune serviteur absent, probablement d’origine royale et familiale.
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud Château de Moritzburg.
  • 5. Huile sur toile d'après Rigaud (restaurations anciennes, usures) H. 65.5 ; L. 46. Biarritz enchères, 18 décembre 2016, lot. 257.

Copies et travaux :

  • 1715 : « Une [copie] en pied de M[onsieu]r le prince électoral de Saxe, et trois sur toile de quatre francs » pour 3000 livres (ms. 624 f°37 v°).
  • 1717 : La Penaye reçoit 210 livres pour « ce que j’ai fait aux quatre coppies du prince électoral de Saxe », sans doute sur une copie à mi-corps (ms. 625, f°32 v°).

Depuis Marly, le 31 juillet 1714, le marquis de Dangeau note dans son Journal : « Le prince électoral de Saxe vient à Paris ; on a nouvelle qu’il a déjà passé Bruxelles, et on lui a loué une maison à Paris »[2]. Fils de Frédéric-Auguste 1er (1670-1733), roi de Pologne sous le nom d’Auguste II, dit « Auguste Le Fort » et d’Eberhardine de Brandebourg (1671-1727), Frédéric-Auguste II, prince électeur de Saxe (1696-1763) prince électeur, futur roi de Pologne sous le nom d’Auguste III, naît en août 1696 à Dresde (Saxe-Anhalt). Il épousera le 20 août 1719, à Vienne, l’archiduchesse Maria-Josepha (1699-1757), fille de l’empereur d’Autriche Joseph 1er de Habsbourg (1678-1711) et d’Amalia-Wilhelmine von Braunschweig-Lüneburg (1673-1742). Le jeune couple aura sept enfants. Frédéric-Auguste II de Saxe ravit, en 1733 le trône de Pologne à Stanislas 1er Leszcynski, grâce à l’appui de la Russie et est élu roi de Pologne le 17 janvier 1734 à Varsovie.

C’est lors de son séjour parisien de 1715, sous le nom de Comte de Lusace et accompagné de sa suite (dont le baron von Haguen), que le prince électoral se fait représenter par Rigaud, en pied, « en grand manteau royal frappé aux insignes de l’ordre de l’Eléphant de Danemark, flanqué d’un maure habillé à la houssarde ». Malgré les 4000 livres qu'on versa à l'artiste, le comte de Hoym jugera que Rigaud ne fut pas récompensé de l’ampleur de son travail car « proportionnellement à ce qu’il a eu d’ailleurs en semblables occasions, […] les autres princes dont il a fait les portraits, […] luy ont donné de plus fortes preuves de leur satisfaction. J’ose dire que fâché des procédés que par de petites intrigues particulières certaines gens ont avec luy [Rigaud], j’ay déjà été tenté quelquefois d’y suppléer moy-même, et je l’aurois fait si je n’avois cru qu’il convenoit d’en laisser le mérite tout entier à celuy qui est si digne de faire toute sorte de bonne actions »[3]. Le 27 juillet 1726, l'artiste recevra par surcroît une médaille d’or à l’effigie d’Auguste II faite par Heinrich Peter Grosskurt (v.1694-1734), « sur le revers de laquelle sont deux épées en sautoir et une couronne en chef avec un sceptre au-dessous portant pour devise pro regni custodia pezant unze onces et demy »[4]. Cette médaille fut léguée par Rigaud à l’Académie Royale de peinture et de sculpture, en vertu de son testament du 11 février 1731[5] puis à son filleul Hyacinthe Collin de Vermont[6], « avec sa boîte de chagrin à charnière d’or que Rigaud avait fait faire spécialement afin de conserver un tel don avec le soin et l’attention qu’il mérite »[7].

C’est ensuite Balechou qui convient, dès le 27 juin 1746, d’un marché avec Théodore Le Leu (agent de Frédéric-Auguste à Paris), par lequel il s’engage à graver entièrement au burin le portrait « de S. M. le roi de Pologne, électeur de Saxe, conformément à l’original qui [lui] en a été remis, peint par Rigaud, sur une planche de cuivre de la hauteur de deux pied quatre lignes sur un pied cinq pouce quatre lignes de large, dans l’espace de deux ans […] pour le prix de 5000 livres ». Frédéric-Auguste étant devenu roi, Balechou substitue alors à la croix de l’ordre de l’Éléphant de Danemark (visible sur la peinture) celle de l’ordre de l’aigle blanc de Pologne. Balechou est agréé le 29 mars 1749 à l’Académie grâce à ce burin. Les relations entre Rigaud et Auguste III furent des plus fructueuses car le peintre fut sollicité pour l’accroissement des collections royales et ce, jusqu’en 1744 puisque l’on conserve un Etat des tableaux choisis par M. Rigaud pour sa majesté le roy[8] décrivant douze toiles de Maratta, Trevisiani, Véronèse, Wouwerman, Poelenburgh, Berchem, Bamboche et Van Ostade. Auguste III, pour remercier Rigaud de son zèle, lui offrit deux médailles d’or commémorant son couronnement : « une autre du roy de Pologne régnant dont le revers représente le sacre de Sa Majesté avec cette devise concordibus liberae gentis suffragis et la dernière portant pour revers un cheval galopant et pour devise tramitem sequitur rectum, ces deux dernières médailles pezantes cinq onces un gros[9]. À cela s’ajouta une « garniture de cheminées composée de sept vases de différente formes, deux écuelles couvertes sur leurs assiettes, le tout de porcelaine de Saxe avec cartouches représentans des figures et paysages »[10] dont parle d’Argenville[11] et que Brühl conseillait d’échanger plutôt contre des tableaux (lettre à De Brais). Les versions [P.1226-3 & 4], coupées aux genoux et réduites sur les côtés (le jeune serviteur a été supprimé), sont probablement d’origine royale et familiale. En 1717, La Penaye est rétribué 50 livres pour avoir « Habillé en grand un seigneur Saxon de la Suite du prince Electoral de Saxe »[12].


[1] Montaiglon, 1875-1892, VI (1885), p. 159.

[2] Dussieux, 1858, t. XV, p. 201.

[3] Lettre de Hyom au baron Gautier, secrétaire de cabinet du roi de Pologne, 4 mars 1726.

[4] Inventaire après décès de Rigaud, n°248.

[5] Arch. Nat. Minutier central, ET/ LIII/256.

[6] ibid. testament du 29 septembre 1735, ET/LIII/275.

[7] ibid., testament du 11 février 1731, ET/LIII/256.

[8] HSTA, vol. XVI, archives de la direction générale des collections royales, chap. VIIa, f°5.

[9] Inventaire après décès de Rigaud, n°248.

[10] Ibid., n°90.

[11] Abrégé, p. 410.

[12] ms. 625, f°32 v° ; Roman, 1919, p. 184.

Localisation de l´œuvre :

Dresde, gemälder Galerie alte meister, Germany

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan