MANTOUE Suzanne Henriette d'Elbeuf, duchesse de

Catégorie: Portraits
Année : 1705

 

PC.905

Âge du modèle : 41 ans

Huile sur toile
H. 172 ; L. 162
Newport, Marble House. Inv. PSNC. 871

Historique :

Mentionné dans les livres de comptes dès 1705 par les travaux réalisés par les aides d'atelier ; paiement final inscrit en 1709 pour 500 livres (ms. 624, f° 29 v° : « M[adam]e la Duchesse de Mantoue hab[illement] rep[été]. ») ; atelier Rigaud en 1705-1712 ; soldés par N. Durazzo [P.1170], 1712 ; Gènes, coll. Durazzo ; Rome, palais Ambrogio Doria (banque de Rome), 1773 [« deux portraits par Rigaud et un portrait du prince Charles de Lorraine, fait à paris par le célèbre Rigaud »] ; Paris, marché de l’art, v. 1890 ; achat Allard et fils pour W. K. Vanderbilt ; acq. F. H. Prince avec la Marble House, 1932).

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 119 ; Hulst/3, p. 185 ; Mariette, 1740-1770, VII, f ° 13 ; Moreri, 1759, VI, p. 405 ; Dussieux, 1856, p. 289 ; Blanc, 1857, I, p. 188 ; Roman, 1919, p. 117, 119, 126, 136, 145, 177 ; O’Neill, 1984, p. 187 et 193 ; Breteuil, 1992, p. 155-214 ; Caretta, 1999, 6, p. 64-73 ; Brême, 2000, p. 42-43 ; Sanguineti, 2001, p. 11-25, 39-67 ; James-Sarazin, 2003/2, p. 316, note 71 ; Widauer, 2004, F. 978, p. 195, Perreau, 2004, p. 118-19 ; Levallois-Calvel, 2005, II, p. 98, cat. P. Dr. n° 42 ; James-Sarazin, 2011/1, p. 50 ; Perreau, « Hyacinthe Rigaud et les portraits du duc et de la duchesse de Mantoue (1704-1712) » [en ligne], www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com, 18 septembre 2013 [inédit] ; Perreau, 2013, cat. PC.905, p. 195-196.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 152 ; L. 120. Collection particulière (IAD Rigaud, 1744, n° 316 (?) ; legs. à Collin de Vermont ; sa vente, 14 novembre 1761, n° 91 [« Un grand Portrait de femme tenant un chien, par idem », 50 livres] ; vente Bukowski, Stockholm, 24-26 novembre 1993, lot 490).
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 151 ; L. 119. Coll. priv. Anciennement au palais d’Ambrogio Doria (désormais Banque de Rome) en 1773, « deux portraits par Rigaud et un portrait du prince Charles de Lorraine, fait à paris par le célèbre Rigaud » ; Vente, Londres, Philipps, 5 février 1995, lot. 118 (repr. p. 133 du catalogue) ; Vente Heidelberg, Berlinghof, 14 décembre 1996, lot 72, repr. p. 16 du catalogue (12 854 euros). 
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 156 ; L. 115. Localisation actuelle inconnue. Vente Timonium, Richard Opfer Auxtioneering Incorporated, MD, en décembre 1999. (Voir Sanguineti, 2001, repr. p. 22, fig. 18). 
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 59 ; L. 50. Vente Amsterdam, Sotheby’s, en mai 1997. (Voir Sanguineti, 2001, repr. p. 23, fig. 19). Quelques variantes dans les drapés. 
  • 5. Pierre noire et rehauts de blanc sur papier bleu. H. 37,3 ; L. 28,5. Vienne, Graphische Sammlung Albertina. Inv. 11924. Inscription : « Hyacinthe Rigaud. / Portrait de la Duchesse de Mantoue. » eut-être la feuille réalisée par Monmorency en 1707. Voir Roman, 1919, p. 136 ; Brême, 2000, p. 42, repr. p. 43 ; Sanguineti, 2001, p. 16-17, repr. p. 16, fig. 4 ; James-Sarazin, (1999) 2003, p. 316, note 71 ; Perreau, 2004, p. 118-19, repr. p. 118, fig. 88. 
  • 5b. Pierre noire et rehauts de blanc sur papier bleu, vente Paris, ancien cabinet de la presidente de Bandeville, 3 décembre 1787, lot 82 « La duchesse de Mantoue, assise dans un fauteuil & tenant son chien sur elle, dessinée à la pierre noire & au crayon blanc, sur papier bleu, par Hyacinthe Rigaud. Ce dessin est commencé à être gravé dans l’œuvre de Rigaud qui sera vendu » (dessin adjugé 71 livres au marchand Remy). Au lot 166 de la même vente on note en effet : « Deux cents quatre-vingt-six Portraits, beaux d’épreuves, graves d’après Hyacinthe Rigaud, sur demi-feuille de grand aigle, renfermés dans deux porte-feuilles, in-fol. Velin vert » (adjugés 800 livres à Rémy).
  • 6a. Gravure (sans date) par Drevet d’après le portrait que Hulst juge peint en 1704 : « la planche n’a point été achevée ». Mariette indique également que « la planche n’a point été achevé et n’est inscrite ici qu’à fin di [sic] porter tout ce qui a été gravé d’après M[onsieu]r Rigaud ». Le décès successif et prématuré des duc et duchesse de Mantoue est probablement à l’origine de l’abandon du travail de gravure.
  • 6b. Gravé en manière noire d'après Rigaud par Schenk à Vienne (Bnf, Est. : N2, in-fol., portraits, Mf D203494).

Copies et travaux : 

  • 1705 : Delaunay touche 12 livres pour avoir fait « un buste de M[adam]e de Mantoü » (ms. 625, f° 18).
  • 1705 : Leprieur reçoit 12 livres pour « Une tête de M[adam]e la duchesse de Mantoü », la même somme pour une « autre [tête] de M[adam]e Demantou » et 58 autres pour avoir « habillé l’original » (ms. 625, f° 18 v°).
  • 1706 : Bailleul touche 60 livres pour « une coppie de la duchesse de Mantoue en grand » (ms. 625, f°21).
  • 1707 : Monmorency touche 6 livres pour « un dessein de M[adam]e La Duchesse de Mantoue » (ms. 625, f° 22 v°).
  • 1715 : La Penaye reçoit 6 livres pour avoir « fait un fond à un tableau de mad[am]e de Mantoue » (ms. 625, f° 31). 

Ce n'est que très récemment, à la faveur de nos deux publications de 2013 que l'original du portrait de Suzanne-Henriette de Lorraine-Elbeuf, duchesse de Mantoue (1665-1710) a pu être localisé à la Marble House de Newport. Auparavant, on ne pouvait évoquer la composition que par différentes copies connues en collection publiques et privées.

L'œuvre, toute d'ostentation fut entamée dès 1705 par la confection du visage et du buste de la duchesse, comme le prouvent les différentes copies qui en sont immédiatement réalisées. L'ensemble de la composition ne sera achevé que vers 1709, conjointement avec le portrait de son époux, Charles III Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue et de Montferrat (1652-1708), selon la technique de l’habillement répété. À cette date, après la mort du duc, le trésorier du duché signifie le paiement final des deux tableaux, de même que les effigies faites par François de Troy :

« Vous payerez des premiers Deniers de votre recette au Comte Truzzy Notre envoyé extraord[inai]re pres de S[a] M[ajes]té très chrestienne la somme de deux mil sept cent trente livres pour estre parluy employeé au payement des Portraits que nous avons fait faire pendant notre séjour a Paris par les S[ieu]rs De Troyes et Rigaud, tant de nous que de la Ser[énissi]me Duchesse nostre espouse » nous avoue le duc de Mantoue dans une lettre du 9 janvier 1705 à ses trésoriers[1].

Suzanne-Henriette, fille de Charles III de Lorraine, duc d’Elbeuf (mort en 1692) et de Françoise de Montaut, avait épousé en 1704 le duc de Mantoue, veuf d’Anne de Guastalla (morte en 1703), comme le prouve le contrat de mariage en français conservé aux archives d’Etat de Turin[2]. La rocambolesque union, rapportée par Saint-Simon dans ses Mémoires sous le titre de « conte de Lorraine et d’Italie : le mariage du duc de Mantoue », explique sans doute la proximité du premier portrait de la duchesse que les livres de comptes ne mentionnent pas. Le duc avait également sollicité François de Troy qui, semble-t-il, réalisa les bustes des époux et une composition plus vaste de la duchesse. Quant aux toiles de Rigaud, l’ambassadeur Truzzi les décrit ainsi dans une lettre du 20 juin 1705 : « Quelli di Rigaud sono due Originali grandi, uno di Vostra Altezza e l’altro della Serenissima Padrona, e parmi che questi ella volesse le fossero trasmetti in Italia. » En septembre de la même année, toujours chargé de régler des avances pour les portraits, Truzzi nous atteste que les toiles sont toujours chez l’artiste et inachevées : « Quanto a Rigaud gli ho fatto sapere la cagione del ritardo del suo Gioiello perché s’incoragisse sempre più a finire li due ritratti di Vostra Altezza e della Serenissima Padrona, che non sono per anche terminati, e che quasi prevedo non l’avranno sinché non sia giunto detto Gioiello. » Il semble que le duc, soucieux d’autres affaires plus importantes, se soit finalement désinteressé de ces œuvres. Dans l’abrégé de la vie de Rigaud, envoyé en 1716 au grand duc de Toscane, Rigaud semble témoigner du fait que les portraits restèrent dans ses collections au moins jusqu’en 1712, date à laquelle le comte Nicolò Durazzo sollicita le catalan pour sa propre effigie :

« En cette même année 1704, M. le duc de Mantoue lui ayant fait l’honneur de venir chez lui pour voir ses ouvrages, voulut aussi qu’il fît son portrait et celui de la princesse, sa femme. Ces deux portraits lui étant restés par la mort de ce prince de cette princesse, M. le comte Durasso, envoyé de la République de Gênes auprès du roi, s’étant fait peindre chez Rigaud, emporta ces deux portraits avec le sien, pour les mettre dans son palais, par la seule estime qu’il fait de ses ouvrages, à l’exemple de plusieurs Génois qui en ont grand nombre. »

Ce délai permit au peintre de réaliser de nombreuses copies, d’en faire réaliser des dessins et de faire achever le portrait de la duchesse par Prieur d’après un prototype remontant à 1701. La présence, dans la vente de Hyacinthe Collin de Vermont d’une version du portrait du duc de Mantoue (n°90, fol. 12-13), tend à interpréter cette autre mention comme une réplique de l’effigie de la duchesse (fol. 13) : « 91 – Un grand Portrait de femme tenant un chien, par idem. »


[1] Archivio di Stato di Mantova, Archivio Gonzaga, busta 701.

[2] Ducato di Monferrato, mazzo 47, 4 ; cité dans son entier dans Sanguineti, 2001, p. 26-28.

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan