FOUQUET DE BELLE-ISLE Charles Louis Auguste

Catégorie: Portraits
Année : 1713

 

PC.1186

Âge du modèle : 29 ans

Huile sur toile
H 134 ; L. 103 cm
Manom, château de La Grange.

Inscription apocryphe en haut à droite : « LOUIS AUGUSTE DE FOUQUET / ML DUC DE BELLEISLLE 1741 ».

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1713 pour 500 livres (ms. 624, f° 34 v° : « M[onsieu]r le Comte de Bellisle [rajout :] h[abillement r[épété] ») ; selon Roman, l’original existait en 1919 chez M. le comte de Bertier de Sauvigny à Paris et en répétition, provenant de Mgr Fouquet, archevêque d’Embrun, chez Mme Isoard à Embrun.

Bibliographie :

Hulst/3, p. 191-192 ; Le Blanc, 1847, n° 120, p. 94 ; Duplessis, 1857, p. 71-74 et 106-109 ; Portalis et Béraldi, 1880-1882, III, p. 664-666, 704 (n° 35) ; Roman, 1919, p. 168, 173 ; Perreau, 2004, p. 208, 210 ; Marcheteau de Quincay, 2006, p. 23-24, 31 ; Perreau, « Version Belle-Isle remaniée à Chatellerault », [en ligne], 12 décembre 2010, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com ; Perreau, 2013, cat. PC.1186, p. 237-238.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud [buste]. Metz, palais du gouverneur.
  • 2. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 139 ; L. 105 cm (vente anonyme, Paris, 4 mars 1897).
  • 3. Huile sur toile d’après Rigaud Loc. inc. (anc. coll, Le Roy frères v. 1904 ; Exp. Bruxelles, L’art français au xviiie s., janv.-mars 1904, n° 58, p. 144, 147).
  • 4. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 91,4 ; L. 73 cm. Ancienne collection William Thuillier ; vente Londres, Philips, 20 avril 1993, lot 73 (invendu) ; vente Londres, Philips, 26 octobre 1993, lot. 15, repr. p. 9 du cat. (invendu) ; vente Luzern, Fischer, 19 mai 1994, lot 2068 (comme portrait du duc de Gisors), repr. p. 121 du cat. ; vente Londres, Christie’s, 21 juin 1999, lot 649 (comme portrait du duc de Broglie) ; vente New-York, Christie’s, 15 avril 2008, lot. 309. Variante à mi-corps du portrait original. Une seule main est visible et le poignet est cassé.
  • 5. Huile sur toile, suiveur de Rigaud [buste], Metz, musée de la Cour d’or.
  • 6. Pastel, suiveur de Rigaud, H. 76 ; L. 60 cm (buste ; Vialy ?). Collection particulière (vente Chatellerault, 5 décembre 2010, lot 411).
  • 7a. Gravé par Johann Georg Wille en 1743 : « Figure jusqu’aux genoux, les ordres de chevalerie et les fleurs de lis sur le bâton ajoutés par M. Rigaud à lancien portrait, ce qui au fond forme une espèce d’anachronisme ». Paris, Bibl. nat. de Fr. Est. Dans le même sens que la toile. En bas de l’estampe, de part et d’autre d’une composition aux armes, la lettre suivante : « Charles Louis Auguste - Foucquet de Belle-isle / Duc de Gisors, Prince du St Empire, Maréchal de Fr[an]ce - Chevalier des Ordres du Roi, et de la Toison d’Or, / Gouverneur de Metz, et Pays Messin, Gén[é]ral des Armées du Roi, - Ambassadeur extraord. près l’Emp[ereu]r et Plénip[otentiai]re en Allemagne / Présenté à Monseigneur le MARECHAL DE BELLE-ISLE - par son très humble et très obéissant serviteur Wille ». Sous le trait carré : « Peint par Hy[cin]the Rigaud, Ecuier Chev. De l’Ordre de St. Michel - Et Gravé par Johann Georges Will, à Paris, 1743 ».
  • 7b. Gravé par Étienne Jehandiers Desrochers sans date, en contrepartie de la gravure de Wille, manière noire. En buste à droite dans un ovale de pierre à cartouche : « Charles Louis Auguste / Foucquet, Comte de Belleisle / Mestre de Camp Général des Dragons de France / Gouvernr de Metz, Lieutet Genel des Armées du Roy et / Chevalier de ses ordres en 1735. Maréchal de France en 1741 ». Sur le plat du socle, de part et d’autre de l’ovale : « Desrochers ». En bas : « Tout à tout ce guerrier / sert Minerve et Bellonne ».
  • 7c. Gravé par Johann Martin Bernigeroth, s.d.

Copies et travaux :

  • 1714 : La Penaye reçoit 58 livres pour avoir « habillé le portrait en grand de M[onsieur] le comte de Belisle » (ms. 625, f° 31).

Malgré l’indication « habillement répété », aucune attitude antérieure n’est connue. L’agencement eut ensuite un franc succès comme le prouvent le portrait du duc de Saint-Aignan [P.1301], celui de Charles XII de Suède [P.1245] et la copie extrapolée de l’effigie d’Erik Sparre [PC.1257-1].  Le succès de la première épreuve de l’estampe de Wille le fit pressentir pour une seconde, finalement non réalisée : « le portrait de M. le duc de Belle-Isle me fut proposé, mais j’ay recommandé MM. Daullé, Gaillard, Tardieu » (Duplessis, 1857, p. 114). Le cuivre a été acquis en 2008 par le musée des Beaux-arts de Caen. Hulst décrivait l’estampe ainsi : « Figure jusqu’aux genoux, les ordres de chevalerie et les fleurs de lis sur le bâton ajoutés par M. Rigaud à l’ancien portrait, ce qui au fond forme une espère d’anachronisme ».

Né à Villefranche-de-Rouergue le 22 septembre 1684, Charles-Louis-Auguste Fouquet de Belle-Isle, petit-fils du surintendant Fouquet, est le fils de Louis Foucquet, marquis de Belle-Isle (1661-1738), lequel fut protégé de Mme de Maintenon mais longtemps écarté par Louis XIV qui voyait en lui le surintendant frondeur. Louis Foucquet avait épousé, en 1686, Catherine-Agnès de Lévis-Charlus (1659-1729), sœur de Charles-Eugène, duc de Lévis (1723). Selon Saint-Simon, « sa femme n’avait rien, et sa famille, bien loin de lui donner, fut plus de vingt ans sans vouloir ouïr parler ni d’elle ni de son mari. Ils furent réduits à vivre chez l’évêque d’Agde [Louis Foucquet, évêque en 1659, mort en 1702], frère de M. Foucquet, longues années exilé hors de son diocèse. Revenus enfin à Paris, au por [sic] de Mme Foucquet [Marie-Madeleine de Castille, seconde femme du surintendant, morte au Val-de-Grâce en 1716], mère de Belle-Isle jusqu’à la mort de cette espèce de sainte, ils se trouvèrent bien à l’étroit ». C’est à l’âge de 56 ans que notre modèle accède à un rôle Historique. Chef du parti belliciste, il force la main du roi et, par ses initiatives diplomatiques, entraîne la France dans la guerre. Nommé maréchal de France et ambassadeur à Francfort (11 février 1741), il avait pour seule consigne de faire élire empereur l’Electeur Charles-Albert de Bavière. Il outrepasse les instructions reçues et conclut avec le roi de Prusse un accord défensif contre Marie-Thérèse (guerre de Succession d’Autriche). Ses deux campagnes d’Allemagne (1741-1743) et d’Italie (1746) lui apportent la gloire et on vante sa retraite de Bohème (1742). Assiégé dans Prague par une armée bien supérieure en nombre, il réussit à s’échapper avec 15 000 hommes et à gagner Egra en 10 jours de marches forcées au milieu d’un pays hostile (15-25 décembre 1742). Devenu héros national, jouissant de la protection de Mme de Pompadour, Belle-Isle est élevé aux plus hautes dignités : duc de Gisors et Pair (1748), ministre d’Etat (1750) puis secrétaire d’Etat à la Guerre (3 mars 1758). Il meurt à Versailles le 26 janvier 1761. Saint-Simon lui accorde « de la douceur, de la figure, toutes sortes de langages, de la grâce en tout, un entregent, une facilité, une liberté à se retourner, un air naturel à tout, de la gaieté, de la légèreté, aimable avec les dames et en bagatelles, prenant l’unisson avec hommes et femmes, et le découvrant d’abord ». Belle-Isle épousa le 10 mai 1721, Henriette-Françoise de Durfort de Civrac (fille de Claude, marquis de Civrac et d’Angélique Acarie du Bourdet) puis, en secondes noces, Marie-Casimire de Béthune, marquise de Grancey (1709-1755), veuve de François Rouxel de Médavy.

Selon la mention d’habillement répété noté aux livres de comptes, il ne s’agirait donc pas ici d’un premier type de posture, aux genoux, cuirassé et les mains appuyées sur un bâton de commandement selon un modèle que nous rencontreront en 1715 avec ceux de Charles XII de Suède, puis, en 1722, avec l’effigie du duc de Saint-Aignan… Ce tableau est d’ailleurs à confronter avec l’étude de mains et fleurs de Rouen, où l’on retrouve l’attitude des mains de Belle-Isle ainsi que la cravate. Initialement, en 1713, Rigaud choisit de représenter Belle-Isle en simple chef des armées, sans le bâton fleurdelisé de maréchal de France ce que reprend fidèlement le graveur Wille. Il y a encore discussion pour savoir si le tableau conservé au château de Manom (seul exemplaire connu à ce jour) est ou non l'original. Nous avons néanmoins choisi de le garder comme tel dans l'attente de nouveaux éléments. 

Plusieurs artistes se sont également inspirés de l’attitude tel Anne-Baptiste Nivelon (fl 1750-1764) qui adapta la tête faite au pastel par Maurice Quentin de La Tour, sur l’attitude primitive de Belle-Isle (huile sur toile. H. 128 ; L. 96 cm. Versailles, musée national du château. MV3829. En dépôt à l’hôtel Matignon à Paris. Voir Constans, 1995, II, p. 684, n°3850. Cette toile reprend l’attitude générale du tableau de Rigaud et réactualise la tête d’après le visage de Belle-Isle peint par Maurice Quentin de La Tour (Pastel. H. 60 ; L. 49, Vente Monaco, Sotheby’s, 18 juin 1992, lot 60, p. 74, repr. p. 75 ; voir Debrie & Salmon, 2000, p. 132). Un autre version toujours par Nivelon présente le duc extrapolé en pied (Huile sur toile. H. 215 ; L. 140 cm. Versailles, musée national du château. Inv. 6936, MV1085, B 2158. Voir Constans, 1995, II, p. 684, n°3847). Enfin une réplique du XIXe siècle, assez fidèle dans le décorum mais présentant un visage grossier est passée en vente à Paris, hôtel Drouot (Rieunier), le 19 octobre 2007 (lot 7, invendu) puis, le 7 avril 2008, lot 44 (H. 144 ; L. 113 cm).

Grâce à la rédaction de ses Mémoires, le jeune graveur Wille, protégé de Rigaud, nous a laissé quelques témoignages sur la genèse de sa gravure d’après l’œuvre du catalan. Ce dernier, après avoir examiné deux estampes réalisées par l’artiste allemand d’après des portraits de Largillierre lui aurait dit : « Votre courage à entreprendre et l’amour que vous faites paraître de votre art me font également plaisir. Je veux vous être utile. Voici le portrait du maréchal de Belle-Isle sur ce chevalet, auquel je dois retoucher quelque chose […]. Venez me voir au bout de huit jours. En attendant, je tâcherai d’obtenir de M. le Duc la permission de vous remettre son portrait, afin que vous l’exécutiez soigneusement en gravure. Ce seigneur ne doit-il pas en être flatté ? Au reste, laissez-moi faire. Je conduirai le tout à votre avantage, soyez-en persuadé ». Lorsque Wille revient après le temps convenu pour solliciter Belle-Isle et, alors qu’il empoignait vivement l’œuvre, Rigaud lui aurait lancé : « Doucement ! La vivacité est bonne, mais un peu de patience l’est aussi quelquefois ; voicy mon valet de chambre qui apporte le café, nous le prendrons ensemble si vous le voulez bien », ce qui montre que Rigaud aimait à cultiver son goût pour les réceptions intimes. Wille nous confirme qu’il réalisa en premier lieu un dessin correspondant avant de se lancer, à ses frais, dans la gravure « avec autant de châleur que de prudence ». Il vendit pour cela à Odieuvre ses planches figurant l’autoportrait de Largillierre (1738), de Cromwell et du prince d’Anhalt-Dessau. Sur les conseils de Rigaud, Wille alla présenter son travail au duc qui en fut fort satisfait et l’engagea à se faire payer 600 livres auprès de son trésorier, M. de La Monce, auxquelles s’ajoutèrent 300 livres pour une centaine d’épreuves. Le succès de l’estampe fut tel qu’on sollicita à nouveau l’artiste en 1759. Le 13 juin, en effet, Wille note dans son journal : « le portrait de M. le duc de Belle-Isle me fut proposé, mais j’ay recommandé MM. Daullé, Gaillard, Tardieu » (p. 114).

Localisation de l´œuvre :

Manom, château de La grange, France

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan