ANONYME

Catégorie: Dessins
Année : 1733

 

P.1382-1

Pierre noire et rehauts de gouache blanche sur papier bleu
H. 37,5 ; L. 29.
Collection particulière

Traces de mise au carreau

Historique :

Réalisé aux alentours de 1733 ; Bruxelles, Collection particulière, 1929 ; vente Bruxelles, Vanderkindere, 5-6 septembre 2006, lot 41 ; Paris, gal. Talabardon et Gautier, janvier 2007 ; Collection particulière Paris, galerie Baulme Fine arts 2012 ; Biennale internationale des antiquaires, Paris, Grand Palais, 14 Septembre 2012 - 23 Septembre 2012 [=évêque de Condom, notice d'Ariane James Sarazin] ; Paris, galerie Marty de Cambiaire, 2013 [=évêque de Condom, ibid.].

Bibliographie :

Perreau, 2004, p. 156 [évêque anonyme] ; Perreau, 2013, cat. *P.1382-1, p. 288 [évêque anonyme].

Ce dessin, représentant un évêque anonyme, est à confronter directement avec la gravure représentant Claude de Rouvroy de Saint-Simon, évêque de Metz. Le mobilier (pendule Boule notamment) est reproduit à l’identique chez Daullé mais le visage n’est pas le même. Compte tenu de la finesse des traits et leur individualité, nous pensons qu’il ne s’agit pas d’une figure de fantaisie. Sachant que la posture choisie pour Beauvau coûta 1000 livres, nous serions tentés de chercher une composition voisine dans les prix inscrits aux livres de comptes mais ceci reste bien aléatoire. Il est certain de toute façon que Daullé s’inspira de ce dessin pour élaborer la gravure de Saint-Simon. Dans notre Catalogue concis de l’œuvre de Rigaud, on trouvera de nombreux exemples de ces procédés des « pastiches », dont les produits trompèrent parfois les amateurs d’art exigeants et les passionnés[1].

C’est le cas de la planche, également « arrangée » par Jacques Nicolas Tardieu (1716-1791) en 1750, visant à « greffer » la tête anonyme de l’évêque de Boulogne, Pierre de Langle (1644-1724), dans le décorum choisi par Saint-Simon. Qu’importe pour le graveur s'il fallait coller une tête juvénile appartenant au siècle précédent, sur une posture où tout l’esprit du XVIIIe siècle s’imposait ! Qu’importe aussi que ce visage, un peu trop petit, n’ait pas été proportionnel aux mains du modèle originel, peint par Rigaud… Récemment, l’un de nos correspondants portugais a eu l’amabilité de nous faire parvenir un état très rare l’estampe, montrant le graveur en cours de transformation de son cuivre. On y voit a tête en « construction » et à peine esquissée de Monseigneur de Boulogne et, sur la droite, la lourde horloge Boulle à têtes de bronzes qui a disparu au profit d’une simple bibliothèque au rendu d’ailleurs beaucoup plus « plat » que les autres objets créés par Rigaud.

Ces deux œuvres de Daullé et Tardieu furent alors des indices suffisants pour prétendre, lors de la Biennale des Antiquaires de 2012, que le dessin pouvait être le portrait de Cossé Brissac, évêque de Condom, peint par Rigaud en 1736 pour seulement 600 livres. James Sarazin, auteur de la notice d'expertise pour la galerie Franck Baulme (et qui fut reprise de bonne foi par la galerie Marty de Cambiaire), expliquait alors que si le tarif de 600 livres équivalait à un simple buste, le dessin devait probablement être le résultat d’une extrapolation du buste de l'évêque comme le montraient les traces de mise au carreau encore visibles sur la feuille[2].

Mais c'était méconnaitre l’existence du véritable portrait de l’évêque de Condom dont nous avions redécouvert la trace au château de Brissac dès le mois septembre 2012 et dont son propriétaire nous assura qu'il n'en connaissait pas l'existence. Notre visite au chateau, quelques mois plus tard, leva tout doute en permettant de maintenir le beau dessin dans l'anonymat... 

Une feuille de même ordonnance, mais sur papier bleu, était passée en vente le 9 mars 1779 (lot 247), provenant du cabinet de de P***, montrant la popularité de ce type de pose : « le portrait d’un évêque, vù jusqu’aux genoux & assis dans un fauteuil ; il a la main gauche sur un livre & tourne de sa droite un feuillet ; il est à l’encre, rehausé de blanc, sur papier bleu, par Rigaud ».

 


[1] Perreau 2013, op. cit., « À l’école de Rigaud, pastiches et suiveurs », p. 42-48.

[2] Dans le cas de ces dessins au haut degré de finition (et donc non esquissés et préparatoires à une œuvre peinte), ce type de traces sont clairement des repères pour le dessin d’un cuivre en contrepartie.

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan