GOUY Élisabeth de

Catégorie: Portraits
Année : 1742

 

P.1437

Âge du modèle : 39 ans

Huile sur toile
H. 80 ; L. 65 cm
Perpignan, musée Rigaud. Inv. R.F. 10.

Historique :

Peint entre 1707 et 1742 ; Inventaire après le décès de Rigaud, 1744 ; legs Marguerite-Élisabeth Rigaud-Ranc, 1744 ; collection Marguerite Antoine Ranc, 1772 ; collection Antoinette Marguerite Françoise Soldini ; collection du peintre Constant Mongé-Misbach (1806-1871) ; son legs au Louvre, 1871 ; dépôt à la Mairie de Brionne, 1876 ; retourné au Louvre en 2004 ; dépôt du Louvre, 2009).

Bibliographie :

Hulst/3, p. 199 ; Le Blanc, 1847, n° 145, p. 114-115 ; Portalis et Béraldi, 1880-1882, III, p. 705 (n° 55) ; Guiffrey, 1883-1885, IV (1884), p. 58 ; Gallenkamp, 1956, p. 111 ; Colomer, 1973, p. 144, 150 ; Charles, 1979, n° 73, p. 11 ; Angrand, 1985, II, p. 114 ; Louvre, cat. som., V, 1986, p. 327 ; Perreau, 2004, p. 64-66 ; Perreau, 2005, p. 49 ; James-Sarazin, 2009/1, n° 64, p. 128 ; James-Sarazin, 2009/2, p. 72-73, 89 ; Perreau, 2013, cat. P.1437, p. 303.

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud, H. 71 ; L. 57. Localisation actuelle inconnue (vente, Paris, 13-15 avril 1905).
  • 2. Gravure de Johann Georg Wille datée de 1743. En buste, en contrepartie, dans une fenêtre de pierre décorée d’un drapé à gauche. Sous la fenêtre, sur un tissu en guise de rideau : « Elizabeth de Gouy / Femme d’hyacinthe Rigaud, / Ecuier noble cito.en de perpignan, / Ch.v.r de l'ordre de St Michel, / Rect.r et ancien Direct.r de l'Acad.e / Royale de peint.re Sculpture. » Sous le trait carré, respectivement à gauche et à droite : « peint par hyacinthe Rigaud, chev[alie]r de l’ordre de St. Michel – Gravé par Jean George Will à paris 1743. ».

Descriptif :

Longtemps oublié à la mairie de Brionne, le portrait d’Élisabeth de Gouy (1668-1743) a été redécouvert à l’occasion de sa réintégration au Louvre. Peint sans doute dans les années 1742, le tableau reproduit par Wille rejoint un autoportrait au portrait d’Élisabeth de Gouy de Rigaud gravé par Jean Daullé en 1742 d’après une effigie débutée en 1707-1708. On sait désormais, par comparaison avec la toile du Louvre, que Wille s’inspira du véritable portrait peint par Rigaud et dont les drapés fougueux attestent d’un style plutôt tardif : le manteau drapant Élisabeth est très élaboré, tout en soie sur-brodé, et laisse entrevoir un décolleté charmant d’où s’échappe la dentelle d’une délicate chemise. À l’arrière plan, deux pilastres nus meublent le mur de pierre tandis que le lourd rideau de velours rajouté sur la gauche, à quelques détails près, rappelle celui présent dans les gravures correspondant aux portraits de Louis de Boullongne, François de Castanier ou de la comtesse de Caylus. Cette mise en scène semble avoir été imaginée par l’artiste grâce à une esquisse sur toile que l’on retrouve décrite dans l’Arresté de compte ensuitte de l’exécution testamentaire dressé entre le 6 février et le 26 mars 17451 : « […] ledit portrait de la feue dite épouse du Sr Rigaud peint par luy d’après laquelle dite planche a esté gravée par le Sr Will, ensemble l’esquisse en toile sans bordure du cadre de l’estampe qui a esté gravée d’après ledit portrait. Ont été remis par le Sr Billeheu à la dame Ranc comme portraits de famille ». La veuve de Jean Ranc héritait ainsi du drapé imaginé par son oncle. Quant au portrait véritable, il échut à la belle-fille de Rigaud, Marguerite-Charlotte Le Juge qui souhaita garder les effigies de sa mère et de ses grands-parents : « les portraits de la feue dame épouse du Sr Rigaud avec lequel elle estoit non commune de biens, avant veuve du Sr Lejuge, et ceux des feus Sr et Dame de Gouy, père et mère de ladite dame Rigaud et ayeux maternels de la Dlle Marguerite-Charlotte Le Juge du Coudray qui estoient restés chez le Sr Rigaud ont été remis par le Sr Billeheu au Sr Dehillerin de Boitissandeau audit nom de procureur comme portraits de famille à elle appartenant en qualité de fille unique et seule héritière de ladite Dame Rigaud sa mère. »

Chez Daullé, le drapé du manteau sera beaucoup plus sobre et l’on note sur un fond de pierres de taille, la colonne cannelée chère aux jeunes années du peintre. Par ces détails, il se peut que ce prototype soit plus ancien que celui gravé par Wille. Une note de Hulst dans son inventaire des gravures d’après Rigaud semble nous donner les clefs de la confection de cette effigie : « Peint en 1742. Le corps de cet ouvrage s’entend, la tête étant de 1707 ou 1708 ». Il ajoute d’ailleurs : « Buste sans mains, que l’auteur n’a achevé que vers la fin de la vie de sa femme, plus de 30 ans après avoir fait la tête. » Il est donc probable que Rigaud ait confectionné le visage d’Élisabeth de Gouy à l’occasion de leur mariage en 1710 et qu’il ait gardé sur les murs de son hôtel le portrait inachevé. Lorsqu’il se décida à le faire graver, il prolongea la composition par des drapés dont le style est typique des dernières années de son art. Les registres de Saint-Roch (publiés par Jal) mentionnent ainsi le décès d’Élisabeth de Gouy : « Élisabeth de Gouix mourut le 15 mars 17432, rue Louis le grand, âgée d'environ 75 ans. Elle fut inhumée aux Jacobins en présence d'Hyacinthe de Vermont et de Louis Billeheu, notaire ». Son inventaire après décès fut réalisé le 28 novembre 1743.

Le procès-verbal d’apposition des scellés, après le décès de Rigaud, donne la date du contrat de mariage le 19 mai 1710 (Maître Cosson, notaire), sous le régime de la séparation des biens car « l’épouse ne possédait rien ». Rigaud précisera lui-même que « son épouse n’avait pas de bien ; il ne l’a prise que pour son mérite personnel » et déclare que la succession de la défunte ne consistait que dans ses hardes et linge en petite quantité, le tout enfermé dans une armoire en bibliothèque placée dans l’antichambre ; tout le reste du mobilier lui appartenant. Mademoiselle de Gouy avait au moins deux sœurs lors de l’apposition des scellés : Nicole de Gouy, veuve du sieur de Riberolle et Genevière-Angélique de Gouy (décédée à cette époque), épouse du sieur de Castrac du Péron. Le fils de ce dernier couple, Louis-Adrien du Perron de Castera (Paris, 1705 – Varsovie, 28 août 1752) était d’ailleurs présent avec sa tante lors de l’apposition des scellés3. Le 23 mars 1743, une nièce d’Élisabeth de Gouy, la demoiselle Saroy, veuve de Jean-Charles Giroux, bourgeois de Paris, fait opposition comme héritière de sa tante. Ce fut le 4 novembre seulement, car elle était absente, que la demoiselle Le Juge faisait constater ses droits de seule héritière et en conséquence faisait annuler les prétentions des autres parties. La femme de chambre de Madame Rigaud se nommait Marie-Madeleine Desjambes. On trouve plus loin la trace de la comparution de Me François-Robert Aubin de la Forest, procureur de Wille, « lequel a dit que les causes de l’opposition par luy formée à nosd. Scellez sont pour être payé de la somme de 2 000 livres à luy due pour avoir gravé d’après led. Feu s. Rigaud, et par son ordre, le portrait de la feue dame Rigaud, son épouse, il y a environ six mois ». Dans le 4e chapitre de l’Arrêté de compte ensuite de l’exécution testamentaire, cette somme semble avoir été ramenée à 1800 livres « après estimation par le Sieur Daullé graveur du Roi et de l’Académie Royale et Schmidt graveur à Paris nommés à cet effet ». Les responsables de la levée des scellés notent enfin : « Nous avons aussy levé et ôté les scellés apposés sur les deux volets d’une armoire de bois noircy à filets de cuivre étant dans l’antichambre dud. appartement de lad. dame deffunte, de laquelle ayant été faite ouverture, s’y sont trouvés plusieurs hardes et habits que le s. Geoffroy nous a déclaré appartenir entièrement à la demoiselle Margueritte-Charlotte Le Juge, fille majeure, demeurant au bourg de Saint-Pierre-de-Montchamp, en bas Poitou, diocèse de Luçon, en qualité de fille unique et seule héritière de feue dame Elisabeth de Gouy sa mère, à son déceds épouse non commune en biens dud. Feu s. Rigaud, avant veuve de M. Jean Le Juge, huissier au Grand Conseil, et être totalement compris et inventoriés en l’inventaire fait après le déceds de lad. dame Rigaud […] ».

Voir un premier portrait en 1707-1710 [*P.1060] et ceux de ses parents en 1694, Jérôme de Gouy et Marguerite Mallet [*P.571 et *P.572]. Élisabeth figure également dans l’effigie de la famille Le Juge en 1699 [P.645]. Le tableau fut remis le 21 décembre 1744 suivant quittance n° 23 dans laquelle la veuve de Jean Ranc reçoit le portrait, la planche gravée et une esquisse peinte par Rigaud du décorum de l’estampe : « la planche de cuivre gravée par le sieur Will d’après le portrait de la feue dame épouse dudit sieur Rigaud peint par luy qui a esté remise audit sieur Billeheu par ledit sieur Will par la quittance du payement qu’il luy a fait du coust pour la graveure et ladite planche du vingt trois juin dernier, estant au présent cahier ; Et le portrait de ladite feue Dame épouse dudit sieur Rigaud peint par luy sur toile sur une de vingt cinq sols sans bordure, d’après lequel ladit planche a esté gravée par ledit sieur Wille, Ensemble l’esquisse en toile sans bordure du cadre de l’estampe qui a esté gravée d’après ledit portrait, laquelle planche et ledit portrait d’après lequel elle a esté gravée sont aussi remis à ladit dame Ranc comme portrait de famille estant celuy de la feüe dame sa tante »4.


111e chapitre ; Paris, Arch. Nat., Minutier Central, ET/LIII/319.

2Le samedi 16 mars dans la matinée selon Guiffrey.

3Résident de France à Varsovie, moine cistercien du couvent Santa Maria de Alcobaça au Portugal, Louis-Hadrien du Perron de Castera a publié des romans (Aventures de Léonidas et de Sophronie, 1722 ; Le théâtre des passions et de la fortune ou les Amours infortunés de Rosamidor et de Théoglaphire, 1731), une comédie (Le phenix, comédie en un acte, avec un Divertissement, par M. de Castera. Représentée pour la premiere fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le mardi 5. novembre 1731, Paris, Briasson, 1731) puis des traductions : Les amours de Leucippe et Clitophon / traduites du grec d'Achilles Tatius, avec des notes historiques et critiques, par Louis-Adrien de Perron de Castera (1733), La Lusiade du Camoens : poeme heroique sur la découverte des Indes Orientales (1735), Le Newtonianisme pour les dames ou entretiens sur la lumière, les couleurs et l’attraction, traduit de l’italien de M. [Francesco] Algarotti par M. DuPerron de Castera, Paris, Montalant (1738) ainsi qu’un volume de Théâtre espagnol, avec des fragments traduits de Lope de Vega (1738). On lui doit aussi une Histoire du Mont Vésuve, avec l'explication des phenomenes qui ont coûtume d'accompagner les embrasements de cette montagne. Le tout traduit de l'italien de l'Académie des sciences de Naples. Par M. Duperron de Castera, Dédié à Monseigneur le Dauphin, Paris, Huart, 1741. Voir Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, 1814, XII, p. 264.

4Paris, archives nationales, minutier central, étude LXXIX, 44.

Pièces-Jointes

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan